La réouverture de l’hôtel d’Heidelbach ne pouvait s’envisager sans une présentation très complète jamais imaginée pour cette typologie d’œuvre : le mobilier chinois. Les espaces du premier étage, plus adaptés aux formats monumentaux, servent désormais d’écrin parfait pour un mobilier d’apparat qui ne trouvait pas dans le bâtiment principal – du fait aussi de sa dispersion –, les  hauteurs sous plafond adéquates.

Le mobilier d’apparat laqué, que les demeures aristocratiques et palais impériaux requéraient tant pour leurs dimensions monumentales que pour leur exigence de prestige, trouvent naturellement leur espace magistral, faisant écho à la monumentalité des armoires et des paravents laqués.

Ces pièces d’apparat, de grandes dimensions, parfois sorties des manufactures impériales, étaient destinées à l’ameublement des palais et des salles de réception. Leur répertoire illustre les thèmes chinois classiques : paysages, fleurs et oiseaux, ainsi que les dragons qui renvoient à l’iconographie impériale. La nouvelle présentation est agrémentée d’éléments de garnitures d’émaux cloisonnés, de soieries d’ameublement et ponctuée de peinture.

Respiration muséographique autant qu’unité retrouvée, la réorganisation a consisté à identifier les pièces d’apparat les plus majestueuses, évoquant les fastes des palais impériaux en les opposant aux mobiliers de lettrés, de dimension plus modeste, et caractérisant l’environnement plus intime du lettré et son dépouillement volontaire. Pour ces derniers, le redéploiement s’effectue sur le site du musée principal dans les salles d’art décoratif chinois au 2ème étage.

Les laques de Coromandel, dont le terme fait référence à la côte orientale de l’Inde où transitaient les marchandises produites en Chine en partance vers l’Europe, trouvent dans les salles du premier étage de l’hôtel d’Heidelbach un cadre à la hauteur de leurs dimensions. Le décor de ces pièces – réalisé selon une technique apparue au 17ème siècle – était obtenu en incisant et en évidant certaines parties du fond de laque avant d’y apposer couleurs ou dorure.

De la notion de paravent, paroi mobile qui délimite avec subtilité l’espace intérieur de la sphère  publique, la place d’honneur est ainsi rendue à cette cloison architecturée, souvent cadeau de prestige au sein de l’administration impériale, avec à son revers une inscription commémorative du nom de ses donateurs.

Au coté des salles de mobilier, la création d’un espace dédié à l’art de la cérémonie du thé en Extrême-Orient est organisé autour d’un salon de thé contemporain, offert par la maison Shang Xia,  et baptisé Bamboo Space. Agrémentée d’objets de Chine et du Japon, il constitue un clin d’œil à la maison de thé du jardin japonais réalisée à partir de bois de teck et de marqueterie de bambou, spécialité de la province chinoise du Zhejiang depuis le 18ème siècle.