Tous les chemins mènent à Pékin, mais il vaut mieux se garantir les coudées franches dans toute la Chine. Pour asseoir totalement son emprise sur le pays et arriver en position de force au 19ème Congrès du Parti cet automne, Xi Jinping et son « armée du Zhejiang » continuent leur marche inlassable. Cela passe par les remaniements à la tête des exécutifs provinciaux.

Article de partenariat avec le site Asialyst

Dans le Nord-Est, le Shandong est l’un des théâtres d’opération. Quelques jours seulement après le départ de Jiang Yikang (姜异康) et l’arrivée de Liu Jiayi (刘家义)  à la tête du Parti de la province, sans oublier le départ du gouverneur Guo Shuqing (郭树清) pour diriger à Pékin la Commission de supervision et de régulation bancaires (lire notre portrait), Gong Zheng a été officiellement nommé nouveau gouverneur du Shandong le 10 avril.

Par ailleurs, la région a connu deux autres changements importants depuis la fin mars, dont l’arrivée d’un nouveau secrétaire du Parti pour la ville portuaire de Qingdao.

Gong Zheng, Li Qun, Zhang Jiangting et Wang Wentao dans l’exécutif du Shandong

Né en 1960, Gong Zheng (龚正) est le beau-frère de Liu He (刘鹤) (né en 1952), un des membres rapprochés du think tank de Xi Jinping. Gong est un ancien du système des douanes dans lequel il passé plus de 20 ans, jusqu’à en devenir le directeur-adjoint en 2003.

Il fut transféré au Zhejiang en 2008, soit après le départ de Xi Jinping (2007). Gong y fut recruté par les hommes de l’actuel numéro un chinois encore place. Il quittera le Zhejiang en 2017, les deux postes principaux étant occupés par Xia Baolong (夏宝龙) (né en 1952) – secrétaire du Parti provincial – et Che Jun (车俊) (né en 1955)1 – gouverneur du Zhejiang depuis janvier 2017. Xia et Che sont tous deux des hommes de Xi Jinping.

Ancien secrétaire de Qingdao et membre du comité permanent du Shandong depuis maintenant 10 ans, Li Qun (李群), né en 1962, vient renforcer Gong en tant que gouverneur-adjoint de la province. Fait notable, le nom de Li circulait pour succéder à Guo Shuqing à la tête de l’exécutif provincial depuis déjà quelques semaines. Ancien des tuanpai – la faction qui regroupe des anciens de la Ligue des jeunesses communistes –, Li Qun a cheminé au comité central dans le giron de l’actuel Premier ministre Li Keqiang dans les années 1990.

Mais voilà, Li Qun avait un élément important « contre lui » : il est originaire du Shandong. D’ordinaire, on préfère, afin de minimiser les risques de collusions trop importants, que les chefs provinciaux proviennent d’autres régions de la Chine.

A la tête du Parti à Qingdao, Li Qun a été remplacé par Zhang Jiangting (张江汀), né en 1961, lui aussi originaire du Shandong. Toujours en charge des affaires légales et politiques (政法), Zhang est un cadre apprécié de Wang Qishan, le chef de la Commission centrale d’inspection et de discipline du Parti, chargé de diriger la lutte anti-corruption lancée par Xi Jinping.

Enfin, Wang Wentao (王文涛), né en 1964, secrétaire de la ville de Jinan, est un des anciens de Shanghai. C’est en 2007, lorsqu’il était en poste dans le district de Huangpu au centre de la mégapole, qu’il a connu Xi Jinping.

Quatre nouveaux gouverneurs depuis le début avril

Outre Xu Qin (许勤), le gouverneur du Hebei (voir notre article) et Gong Zheng, deux autres individus ont fait leur apparition sur la scène provinciale ces derniers jours : Shen Xiaoming (沈晓明), né en 1963, et Tang Renjian (唐仁健), né en 1962. Ancien vice-ministre de l’Education, Shen est maintenant gouverneur de Hainan aux côtés de Liu Cigui (刘赐贵), dirigeant apprécié de Xi Jinping.

Shen, lui aussi un ancien de Shanghai, est un allié de Xi. Quant à Tang Renjian, il arrive du Guangxi ainsi que du petit groupe dirigeant sur l’économie et les finances du comité central (中央财经领导小组) dirigé par Liu He (刘鹤).

Xi Jinping continue de mettre dans son giron une grande partie des zones stratégiques de la côte est du pays. Il est probable que le Hebei, le Guangdong ainsi que le Fujian continuent à être des champs de bataille importants d’ici novembre et le 19ème Congrès.

NOTES 

  1. Che, qui revenait alors du Xinjiang avait droit à cette promotion avant Gong, son cadet de 5 ans.

 

Alex Payette (Phd) est stagiaire postdoctoral pour le Conseil Canadien de recherches en Sciences humaines [CRSH]. Il est titulaire d’un doctorat en politique comparée de l’université d’Ottawa [2015]. Ses recherches se concentrent sur les stratégies de résilience du Parti-État chinois. Plus particulièrement, ses plus récents travaux portent sur l’évolution des processus institutionnels ainsi que sur la sélection et la formation des élites en Chine contemporaine. Ces derniers sont notamment parus dans le Journal Canadien de Science Politique [2013], l’International Journal of Chinese Studies [2015/2016], le Journal of Contemporary Eastern Asia [2016], East Asia : An International Quarterly [2017], Issues and Studies [2011] ainsi que Monde Chinois/Nouvelle Asie [2013/2015]. Il a également publié une note de recherche faisant le point sur « who’s who » des candidats potentiels pour le Politburo en 2017 pour l’IRIS – rubrique Asia Focus #3.