62 organisations non gouvernementales (ONG) étrangères se sont inscrites auprès des autorités responsables et ont établi leurs bureaux en Chine continentale, selon le gouvernement. Cependant, une grande partie de ces organisations sont inquiètes ou jettent tout simplement l’éponge.

Le 1er janvier, la nouvelle loi sur les ONG est entrée en vigueur exigeant alors que toutes les ONG étrangères reçoivent l’autorisation des autorités avant de lancer leurs opérations en Chine continentale. Pour cela, elles doivent s’inscrire auprès du ministère de la Sécurité publique.

 » Tout est inquiétant dans cette loi, sans parler du fait que nous sommes désormais placés sous la supervision du ministère de la Sécurité publique. (…) Le gouvernement redoute une ‘révolution de couleur’ en Chine. C’est pour ça qu’il a mis les ONG étrangères sous son contrôle », a expliqué une militante antisida à Libération.

Stand by, fermeture, les organisations sont le flous

Cette loi a choqué les responsables et militants des quelque 7 000 ONG étrangères basées dans le pays. Ces dernières doivent s’allier à une « unité professionnelle de supervision », ce qui signifie des d’organisations nationales, publiques ou semi-gouvernementales, travaillant sur les mêmes thématiques, pour pouvoir continuer à œuvrer.

En dépit de la trentaine d’organisations, comme World Economic Forum (l’organisateur de Davos) et Save the Children ayant pu remplir les papiers, les petites et moyennes structures sont encore dans l’attente. Une attente de plus en plus pesante, car l’ensemble des activités de chacune de ces organisations est stoppé.

Conférence, atelier, débat, tractage, … de nombreuses campagnes de sensibilisation et d’information sont désormais soit dans les cartons, soit dans l’attente d’une réponse de leur « unité professionnelle de supervision ».

Certaines comme l’American Bar Association (ABA), association des avocats américains, fondée en 1878, et comptant 400 000 membres, a finit par mettre la clé sous la porte. Une fermeture regrettable pour ses membres qui ont travailler durant plus de 20 ans en faveur de l’Etat de droit en Chine.

Bas de changement malgré les tentatives de certaines ONG

Dans un communiqué, Amnesty International avait dénoncé le désir de Beijing d' »asphyxier la société civile« . William Nee, chercheur sur la Chine à Amnesty International, avait déploré que « les autorités, notamment la police, auront des pouvoirs quasi absolus leur permettant de cibler les ONG, de restreindre leurs activités et au final de bâillonner la société civile », ajoutant que « la loi représente une réelle menace pour le travail légitime des ONG indépendantes ».

De son côté Human Right Watch avait fait le choix de s’adresser au ministre français des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, car « la voix de la France en faveur des droits humains résonne depuis longtemps dans le monde entier. Cependant, s’agissant de leur situation en Chine, la France s’est faite notablement discrète« .

Raison pour lesquelles, l’organisation espérer entendre le ministre français « exprimer publiquement les préoccupations du gouvernement français » quant à cette nouvelle loi qui « donne à la police un pouvoir de restrictions sans précédent à l’égard des activités de groupes étrangers dans le pays et limite la capacité des organisations nationales à obtenir un financement étranger et à coopérer avec des organisations étrangères« . En vain.

D’autant plus que le texte prévoit une liste noire bannissant à jamais les ONG du sol chinois, si elles ont « disséminé des rumeurs », « obtenu illégalement des secrets d’Etat » ou commis « tout autre acte mettant en danger la sécurité nationale ».  

Beijing impose sa marque

Pour Hans-Dietmar Schweisgut, l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) en Chine, cette loi « va probablement entraver les contacts entre les peuples, les échanges universitaires et les activités commerciales, qui sont tous des éléments cruciaux de notre relation bilatérale« .

Le gouvernement va également être en mesure de refuser les projets présentés par les organisations. Les ONG étrangères devront communiquer leur programme annuel de travail et leurs informations financières à une agence gouvernementale, et ne pourront recruter de « membres » chinois, sauf autorisation spéciale du gouvernement. Toute collecte de fonds leur sera également interdite en Chine.

Ces mesures ont suscité l’indignation de la communauté internationale, dont bon nombre d’organisation ont décidé de quitter la pays, au détriment de la société civile et des bénéficiaires du soutien et de l’aide apportée par les ONG, notamment pour le droit des minorités ethniques, des personnes LGBTQ, des personnes atteintes du Sida, etc.