La présence de Beijing mardi 7 février au Vatican, lors d’un colloque international sur le trafic d’organes a suscité de vives critiques d’experts en éthique médicale. Ces derniers ont de nouveau accusé la Chine de continuer à pratiquer le trafic des organes d’opposant et de prisonnier.

Selon le quotidien Global Times, seuls 2 766 prélèvements d’organes ont été réalisés dans le pays, en 2015. Cependant, des chercheurs ont indiqué dans un rapport publié en juin qu’entre 60 000 et 100 000 opérations de transplantations ont lieu chaque année en Chine, généralement de manière clandestine.

Huang Jiefu, ancien vice-ministre chinois de la Santé et chef du Comité chinois du don d’organes, a rappelé aux participants du au colloque organisé par l’Académie pontificale des sciences, que le gouvernement a banni le prélèvement d’organe sur les condamnés à mort ou les prisonniers après leur décès en janvier 2015.

« C’est interdit dans toutes les circonstances », a indiqué Huang Jiefu devant la presse. « Il y a une tolérance zéro, toutefois la Chine est un grand pays avec une population de 1,3 milliard de personnes, donc il est possible qu’il y ait des violations de la loi. Si c’est avéré, cela sera sévèrement réprimé », a-t-il ajouté.

Mais Wendy Rogers, experte en éthique médicale à l’Université Macquarie en Australie et présidente d’un comité consultatif sur la lutte contre le trafic d’organes en Chine, a estimé que la présence du représentant chinois était « choquante ».

Cette dernière et certains collègues médecins ont écrit au recteur de l’académie pontifical, assurant que le Vatican « devrait être conscient qu’une reconnaissance, même indirecte, par des organisations étrangères prestigieuses est utilisée par la Chine dans sa propagande pour redorer la réputation de son système de transplantations d’organe dénué d’éthique ».

De son côté, le recteur a indiqué que la conférence était « un exercice académique et non la reprise d’affirmations politiques litigieuses ». Francis Delmonico, un chirurgien américain membre de l’Académie pontificale des sciences depuis 2016, cité par Global Times, a mit en avant que la Chine répond désormais aux critères de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Or en juillet 2016, un rapport canadien dénonçait un important trafic d’organes prélevés en majorité sur des « prisonniers de conscience ». En août de la même année, Beijing est de nouveau pointé du doigt lors d’une conférence internationale sur la transplantation, à Hong-Kong.

Universitaires, praticiens et ONG médicales dénonçaient la transplantation d’organes de prisonniers, dont la pratique a prit officiellement fin le 1er janvier 2015. De plus, ils jugeaient « impossible » de vérifier la réalité des changements entrepris en Chine.