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CULTURE,Histoire

La divination par l’écaille de tortue

Ce type de divination est appelé la « chéloniomancie« , il s’agit d’une extrêmement élaborée de « scapulomancie » pratiqué par les Yin, de la dynastie Shang, également appelée la dynastie Yin.

Vieille de près de 4 000 ans, la divination par l’écaille de tortue fait partie intégrante de la culture chinoise et avait à l’époque pour unique but de prévoir l’avenir des empereurs.

La tortue, représentation du Cosmos

Pour les chinois, la morphologie des tortues a une similitude avec l’univers. Le Ciel était représentait par la carapace du dessus, plus ronde, et la Terre, celle du dessous, car plus plate. Cependant, la tortue était aussi utilisée parce qu’elle représente la longévité de l’univers.

L’écaille de tortue était utilisé pour la divination et la calligraphie. D’ailleurs, la divination a fait naitre la calligraphie, via la présence de caractères inscrits sur les carapaces. Ces caractères ont permis de mettre en évidence un système d’écriture complet et complexe. En effet, les idéogrammes inscrits sur ces os et carapaces ont connu une importante évolution pour devenir les ancêtres des caractères actuels.

Devenu un culte pour les anciens chinois, la divination par l’écaille de tortue a été codifiée par les devins ayant reproduit plus de 350 types de craquelures. Guidée par la religion mais aussi la magie, la divination avait alors une connotation religieuse plus importante.

Les premiers vestiges découverts datent de la dynastie Shang (1766 avant Jésus-Christ et 1050 avant Jésus-Christ). Cette période correspond aux plus anciennes découvertes archéologiques, accompagnées de textes religieux et magiques encore conservés.

En 1899, des milliers d’os et d’écailles de tortues ont été mis en exergue, dans la province du Henan (aussi appelé Ho-Nan). Des idéogrammes gravés dessus ont permis de découvrir que l’écriture et la divination par l’écaille de tortue étaient plus anciennes que celles datant de la dynastie Shang.

Les collectionneurs, des archéologues spécialisés

Cependant, les scientifiques doivent leur travail à des collectionneurs privés qui ont mis en évidence, acheté et conservé chacune de leurs trouvailles. Parmi ces archéologues en herbe, Wang Yi Jong, riche mandarin, originaire de la province Shandong (Chan-tong), qui acheta des centaines d’os et d’écailles, afin d’en faire la collection.

En 1900, la révolte des Boxers mit à mort Wang Yi Jong, obligeant son fils à tout vendre. Toute la collection d’os et d’écailles a été fut vendu à Lieou T’ie-yun. D’une position sociale acceptable, il était passionné par l’archéologie et fit l’acquisition de plus de 5000 os, débris, carapaces et écailles d’animaux dont des tortues.

Fragments de carapace de tortue de la dynastie Shang

En 1903, il publia un livre sur ces objets et y fit une reproduction d’estampages de milliers de vestiges. Les aléas de la vie ont conduit Lieou T’ie-yun à l’exil. A cette occasion, il perdit sa collection au profit de marchands venant de Wei-hien.

Ces marchands rachetèrent les objets et quittèrent Beijing à cause de la Révolte des Boxers. Arrivés à Wei-hien, ils firent affaire avec les plus grands collectionneurs de Chine ainsi que des missionnaires américains. L’un d’eux, Mr Chalfant acheta 400 os et écailles en tout genre pour les exposer à la China Branch of the Royal Asiatic Society de Shanghai.

Ne pouvant pas tout acheter, Mr Chalfant en fit des copies. Celles-ci ont été publiées dans un des volumes de sa série intitulé « Memoirs of the Carnegie Museum » en 1906. Cet ouvrage n’a pas été reconnu par le monde scientifique car les caractères n’avaient pas été traduits.

Comme toute divination, les prêtres faisaient appel aux dieux et aux ancêtres. Culture polythéiste, chaque dieu  évoqué avait une spécificité particulière. Le dieu le plus important de la Chine antique était Di, aussi appelé le « Haut Dieu » ou le « Dieu Suprême dominateur ».

Respecté mais craint, il provoquait des catastrophes naturelles, des maladies et des guerres. Les prêtres l’évoquaient rarement, de peur qu’il ne se mette en colère et fasse des ravages. Dans la tradition chinoise, les ancêtres des familles étaient égaux aux dieux, c’est pour cette raison que les devins faisaient appel à eux pour poser des questions sur le sort de la famille ou demander leur protection.

Le culte des ancêtres et des Dieux

Le dessin animé « Mulan » de Walt Disney, montre bien le rôle des ancêtres dans la culture chinoise. A l’aide d’un rituel spécifique, les membres de la famille pouvaient appeler les ancêtres.

Ils leurs posaient des question et surtout  souhaitaient connaître les vœux et  présages venus des dieux. Pour cela, les prêtres mettaient les os dans une soucoupe qu’ils mettaient au dessus du feu, et interprétaient les craquelures. Les prêtres pouvaient également appliquer un bâton brûlant sur les écailles pour faire leurs prédictions.

D’après le Chou King, livre de recueil d’anciens documents relatifs à l’histoire de la Chine, les oracles prononçaient une formule selon un jour propice : « Pour le choix du jour, nous avons confiance en vous, ô vénérable tortue, qui suivez des règles constantes et assurées ; nous avons confiance en vous, ô vénérable achillée, qui suivez des règles constantes et assurées ».

Reproduction de plastron de tortue portant un commentaire de divination – Chine, dynastie Shang

De plus dans l’ouvrage « Examen détaillé de la méthode de divination par l’écaille de tortue » , l’auteur Hou-Hiu retranscrit une méthode complète des pratiques utilisées par les prêtres de l’antiquité, grâce aux trouvailles de Ngan-yang.

Sur certains os ou écailles, des trous ovales ou ronds, de 5 à 10 millimètres de diamètre ont été découverts. Ceux-ci auraient ont été faits par un instrument tranchant qui servaient également de prédiction, tout comme les brûlures. M. Chavannes écrit que ces brûlures sont destinées à provoquer des fissures afin d’interpréter les dires des Dieux (lien vers Les Dieux chinois). Mais, les craquelures devaient se faire naturellement et pour cela les devins faisaient des trous.

Certaines carapaces de tortues possédaient une ligne centrale appelée la route de Mille Li. Cette ligne divise la carapace en deux avec, à gauche le yin et à droite, le yang.

Double vérification des craquelures sur les os

Afin de s’assurer de la véracité des prédictions, les devins faisaient une double vérification des craquelures. Une même question était posée à deux reprises avec la réponse espérée à droite et la réponse redoutée à gauche. Si les deux réponses étaient identiques, les devins prenaient les décisions adéquates. Ils inscrivaient en deux colonnes leurs interprétations.

Dans le Tsou-yi, les questions posées par les fidèles aux prêtres portaient surtout sur l’agriculture et la chasse. Chaque question posée nécessitait une formule spécifique. On consultait les « sorts » (prédictions) pour, par exemple, :

  • savoir si il y aura une bonne récolte,
  • pour savoir s’il pleuvra, mais ce sort est réalisé le jour ting-sseu (20 mars)
  • savoir si l’Empereur ordonnera que la pluie ne permette pas d’obtenir une récolte suffisante
  • pour demander si la chasse sera prospère, lors du jour ki-wei

Les écailles de tortues indiquaient également les noms des personnes devant être sacrifiées pour interroger les ancêtres. Parfois, selon les cas, un, cinq, neuf ou dix bœufs étaient demandés, voir dix porcs blancs (la couleur était aussi importante). Les sacrifices d’animaux étaient une coutume habituelle dans l’antiquité chinoise, mais devaient se réaliser à des jours précis, indiqués grâce au cycle sexagésimal.

« Le comble de cette illusion, portée à l’état de système élaboré et compliqué, se trouve dans la mode antique de divination des Chinois, par l’écaille de tortue. C’est de la consultation des fissures de l’écaille chauffée par le feu qu’il s’agit, et, par conséquent, des figures, comme dans la consultation des baguettes. La contexture sacrée de l’écaille de tortue, dit un ancien livre chinois, présente cent vingt configurations de fissures, et douze cents réponses… Pour toutes, il y a huit lignes symboliques sacrées et soixante-quatre combinaisons de ces lignes« , d’après Charles Renouvier, philosophe français (1815-1903), auteur d’une magistrale Philosophie analytique de l’histoire : les idées, les religions, les systèmes.

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