La Belgique est accusée d’avoir envoyer aux autorités chinoises une famille ouïgoure appartenant à cette ethnie musulmane.

Originaires du Xinjiang, Horiyat Abdulla et ses quatre enfants (âgés de 5 à 17 ans) se sont rendus le 28 mai à l’ambassade de Belgique à Beijing, pour compléter une demande de regroupement familial.

Ce voyage est risqué, car les ouïgours ne peuvent se déplacer à travers la Chine sans autorisation. Selon des sources belges, recueillies par l’Agence France Presse, le rendez-vous n’avait pas été sollicité et ces personnes sont arrivées en dehors des horaires du service consulaire, mais elles ont tout de même été reçues.

Abdulhamid Tursun a perdu la trace de sa femme et ses quatre enfants pendant une quinzaine de jours, après leur évacuation de l’ambassade de Belgique à Beijing. Ce dernier craint que sa femme ne soit envoyée dans un camp de «rééducation» dans le Xinjiang.

Abdulhamid Tursun a expliqué à l’AFP que les membres de sa famille avaient paniqué après avoir appris qu’ils devraient encore patienter «au moins trois mois» avant d’obtenir leurs visas pour la Belgique.

D’autant que ses proches avaient déjà reçu plusieurs visites de policiers dans leur hôtel dans la capitale leur demandant «quand ils rentreraient au Xinjiang», et ils ont alors refusé de s’en aller, a-t-il expliqué.

L’ambassade belge a «demandé à la famille de quitter les lieux», a indiqué le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, dans le journal Le Soir . «Une ambassade n’a pas pour vocation de décerner des titres de séjour ni d’héberger des personnes demandant le regroupement familial», a-t-il ajouté. Pourtant le visa est arrivé deux jours après la visite de la famille.

Alors que le personnel avait proposé de la raccompagner à son hôtel, la famille a «entamé une espèce de sit-in» dans la cour de l’ambassade, a précisé un porte-parole de la diplomatie belge.

Après plusieurs heures tendues, la police «les a escortés hors» des lieux, a-t-il poursuivi. Les cinq membres de la famille ont été reconduits à leur hôtel, où ils sont restés jusqu’à ce que la police y fasse à nouveau irruption, le 31 mai.

Abdulhamid Tursun a ensuite perdu le contact, et dit avoir appris par un ami que sa famille avait été ramenée en voiture dans leur province d’origine par la police du Xinjiang. La diplomatie belge refuse d’indiquer qui a appelé la police.

Les autorités belges restent muette sur cette question. Mais «on ne prend jamais ce type de décision sans en référer à l’ambassadeur ou au ministère», a expliqué une source diplomatique belge.

Abdulhamid Tursun a obtenu un entretien avec trois hauts responsables du ministère des affaires étrangères à Bruxelles. Accompagné de Vanessa Frangville, chercheuse à l’Université libre de Belgique, Abdulhamid Tursun leur demandait d’agir.

Les diplomates ont répondu que c’était difficile, car cela revenait à faire pression sur la Chine, a indiqué Vanessa Frangville à l’agence française. Or la Belgique ne souhaite pas créer de conflit diplomatique avec la Chine.

Un diplomate belge doit se rendre au Xinjiang pour essayer d’en savoir plus sur la situation d’Horiyat Abdulla et de ses enfants. Entre temps, Abdulhamid Tursun a pu communiquer par téléphone avec sa femme le 17 juin, selon Vanessa Frangville.