LLe titre de cet article tire son inspiration du thème de la visioconférence initiée par Chine-magazine, que j’ai eu le plaisir d’animer le 15 décembre 2021, « le FOCAC 2021 : UN TOURNANT DANS LES RELATIONS SINO-AFRICAINES». Ce titre traduit parfaitement les résultats de la huitième Réunion ministérielle du Forum sur la coopération Sino-africaine, tenue à Dakar du 29 au 30 novembre 2021 sur le thème : « Approfondir le Partenariat Sino-africain et promouvoir le développement durable pour bâtir une communauté d’avenir partagé sino-africaine dans la nouvelle ère ».

Il prend en compte les résultats de la dixième Réunion du Forum Chine-Afrique des Think-Tanks (CATTF) qui a eu lieu les 20 et 21 Octobre 2021 à Hangzhou (Chine) et à Dakar (Sénégal). Ces deux importantes instances du Forum sur la Coopération Sino-africaine se sont tenues dans un contexte de crise sanitaire, de tension sur la scène internationale découlant de l’adversité créée et entretenue par certaines puissances occidentales à l’égard de la Chine et de la Russie.

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La tension qui ne date certes pas d’aujourd’hui a évoluée  crescendo avec la politisation du traçage du virus de COVID-19 par les USA, les ingérences de ce pays dans les affaires intérieures de la Chine, à l’approche de la réunion de Dakar, par des invectives et des propos va-t’en guerre de personnalités occidentales envers la Chine, la Russie et les relations Sino-africaines.

Les déclarations de M. Jean-Yves LeDrian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de France et de M. Anthony Blinken, Secrétaire d’Etat Américain, lors de leurs tournées en Afrique durant le mois de Novembre 2021 ont édifiées sur l’intention des puissances occidentales de nuire à la Chine et à la coopération Sino-africaine.

Jean-Yves LeDrian et Wang Yi

Dans une interview au journal « Le Monde » en date du 19 novembre 2021, le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de France s’attaque à la politique de la Chine en Afrique en ces termes : « Les responsables africains se sont rendu compte qu’il s’agit d’un marché de dupes… Certes, ils ont pu bénéficier dans l’immédiat d’infrastructures, parfois spectaculaires, construites par des Chinois avec l’argent des Africains dans le but affiché du développement, mais à la fin, ils mettent leur pays sous tutelle en raison de l’endettement majeur qu’ils sont obligés de contracter pour financer ces infrastructures».

LeDrian a qualifié la Chine de « partenaire  prédateur… ». Il a ajouté : « Nos concurrents n’ont ni tabous ni limites …». Le mot concurrent est lâché. Quel manque de courtoisie diplomatique ! Quelle arrogance  face à un pays qui ne cultive ni concurrence, ni adversité avec un autre pays.

Ces propos qui ont le mérite de la clarté montrent que la France fait de la Chine un concurrent en Afrique. M. Ledrian (l’ami des Touaregs rebelles du Mali, c’est lui-même qui l’a dit) ne parle jamais de la mainmise de la France sur la souveraineté de ces anciennes colonies africaines avec le Franc CFA.

Il ne dit rien sur le fait que la France qui prétend aider généreusement les pays Africains depuis des dizaines d’années, appauvrie les mêmes Africains. Pendant ce temps les entreprises françaises (Bouygues, Castel, Bolloré, Total, Areva, Orange, Air Franc, etc…) font  fortunes sur le dos des pauvres Africains.

Jean-Yves LeDrian ne parle jamais des dizaines de dirigeants nationalistes africains assassinés par la France, des coups d’états orchestrés par les services de ce pays. Il ne parle pas des territoires coloniaux appelés Territoires d’outre-mer dont la nouvelle Calédonie qui réclame son indépendance. Il ne parle jamais du rôle de la France dans les guerres et rebellions provoquées et ou entretenues par la France en Afrique.

LeDrian ne parle jamais du mensonge d’état que la France a usé pour tuer Kadhafi, provoqué le chaos en Libye et enflammé le Sahel. Lors de sa tournée en mi-novembre 2021, le Secrétaire d’État américain M. Antony Blinken a « exhorté les Africains à ouvrir grands les yeux et à être prudents dans leurs relations avec la Chine ».

Comme si les Africains étaient des grands enfants qui ont besoin de conseils du tuteur Américain. M. Antony Bliknen ignore-t-il que la Chine et l’Afrique ont entamé des relations commerciales alors que les USA n’existaient pas encore sur la carte du monde ?

C’est dans ce climat délétère que « Dakar 2021 » a tenu sa session. Pour mémoire, le Forum sur la Coopération Sino-africaine qui a été créé en octobre 2000 à Pékin, prend ses racines dans les profondeurs de l’histoire des relations Sino-africaines. La conférence Afrique-Asie tenue à Bandung, Indonésie en 1955, connue sous le nom de Conférence de Bandung, Conférence des non-alignés constitue une étape de référence dans les relations Chine-Afrique.

La conférence a décidé d’encourager le développement économique de la Zone Afrique-Asie. Très attachée aux décisions prises par cette conférence, la première génération de dirigeants de la Chine nouvelle et de l’Afrique indépendante ont jeté les bases de l’amitié Chine-Afrique. La Chine s’est engagée à intégrer son propre développement à celui de l’Afrique et les intérêts du peuple chinois à ceux des peuples africains. L’engagement de la Chine auprès des pays Africains va se traduire par des programmes d’aide multiforme. Malgré la distance qui les sépare, l’essentiel pour la Chine était de retrouver ce qui unit les peuples Africain et Chinois.

La 8ème Réunion ministérielle a produit d’importants résultats portant entre autres ; «Déclaration de Dakar», «Plan d’Action de Dakar-2022-2024», «Déclaration sur la lutte contre le changement climatique». Le Plan d’Action détaille comment les deux parties coopéreront et façonneront leurs relations au cours des trois prochaines années. C’est une véritable feuille de route avec une programmation pragmatique. Le Plan confirme la volonté de la Chine faisant du partenariat Chine-Afrique, un «partenariat d’égaux».

L’envergure du Plan d’Action de 2021 réside dans neuf grands programmes à mettre en œuvre pendant la période courant jusqu’à la prochaine réunion du FCSA. Ces programmes portent sur : l’innovation numérique, la promotion des investissements, la promotion du commerce, le développement vert, les relations interpersonnelles, la médecine et la santé, la paix et la sécurité, le renforcement des capacités, la réduction de la pauvreté et le développement agricole. Le Plan Dakar 2021 présente des similitudes avec celui de Beijing 2018.

Lire aussi : 8ème FOCAC : un tournant pour « mieux ajuster » la coopération sino-africaine

Cependant, il existe des différences importantes entre les deux Plans. Ces différences reflètent l’approche évolutive de la  coopération Sino-africaine. Elles marquent un véritable tournant dans ladite coopération. L’enthousiasme affiché par les deux parties à la fin de la réunion de Dakar et de celle du Forum Chine Afrique des Think-tanks tenue à Hangzhou et à Dakar traduit la sincérité de la coopération Sino-africaine qui s’inscrit dorénavant dans une vision à long terme, pragmatique, solide et novatrice.

Contrairement à Beijing 2018, Dakar 2021 n’a pas prévu d’aides financières extraordinaires de la part de la Chine. L’engagement financier de la Chine noté dans le Plan d’Action de Dakar 2021 porte sur un montant de 40 milliards de dollars US, alors que celui de Beijing 2018 portait sur 60 milliards USD.

La Chine s’engage à effectuer au moins 10 milliards de dollars d’investissements au cours des trois prochaines années dans divers secteurs, notamment l’industrialisation, l’économie numérique et l’agriculture.  On relève aussi que Dakar 2021 ne présente pas d’offres spécifiques sur les prêts concessionnels, les prêts à taux zéro et les subventions.

Les effets de la pandémie de Covid-19 sur l’économie chinoise pourraient expliquer cette situation. Cependant au regard des difficultés que rencontrent les pays africains sur le plan économique, la Chine a négocié des plans de suspension du service de la dette avec une vingtaine de pays.

La réunion de Dakar 2021 s’est tenue à un moment où la pandémie de COVID-19 fait rage dans le monde.  A cette date le monde comptait plus de 265 millions de personnes touchées, plus de 5 millions de décès en l’espace de deux ans. Dans la lutte contre la pandémie, la Chine a fourni aux pays africains des tonnes de matériels anti-pandémiques et envoyé des experts médicaux sur le continent.

Les deux parties ont tenu un Sommet extraordinaire Chine-Afrique sur la solidarité contre le Covid-19.  Dakar 2021 propose de construire une communauté de santé sino-africaine en créant des systèmes de santé publique robustes capables de résister à toute future pandémie.

Dans le Plan d’Action Dakar 2021, l’économie numérique et l’économie verte sont les nouveaux domaines stratégiques de coopération entre la Chine et l’Afrique. L’économie numérique est mentionnée comme une sous-section de la coopération économique.

Conscients de l’importance de l’économie numérique, la Chine et l’Afrique ont lancé l’Initiative sur la construction conjointe d’une communauté sino-africaine avec un avenir commun dans le cyberespace. Les deux parties vont coopérer dans le Cloud computing, les mégas donnés, l’intelligence artificielle, mobile. La Chine s’est engagée à coopérer avec l’Afrique en termes d’innovation numérique, de transfert de technologie et d’infrastructure numérique.

Le développement vert figure dans le plan en section autonome, alors qu’en 2018, il s’agissait d’une sous-section de la coopération au développement social. Dakar 2021 met l’accent sur la protection écologique et la réponse climatique, l’énergie propre et la coopération maritime. Ces initiatives constituent de véritables réponses aux critiques selon lesquelles les projets d’infrastructure de la Chine en Afrique ne prennent pas en compte l’environnement.

Selon les observateurs de  cette 8ème réunion, le plan d’action de Dakar est assez complet, pragmatique et d’envergure prenant en compte toutes les dimensions du développement : économie, environnement, politique, culture, paix et sécurité. Il comporte un volet entier sur le partage d’expérience en matière de gouvernance politique. Les partis politiques et les parlements vont coopérer dans le domaine de la gouvernance d’état. En matière de sécurité, la Chine s’engage à former des agents de sécurité et des militaires africains dans la lutte contre le terrorisme, le maintien de la paix et de l’ordre public.

Dakar 2021 a permis à la Chine et à l’Afrique d’équilibrer davantage les relations Sino-africaines. Les résultats mettent un accent inédit, élogieux sur la qualité de la Coopération Sino-africaine. Deux importantes interventions ont marqué la réunion. Il s’agit de celles des Présidents Sénégalais, Macky Sall et Chinois Xi Jinping. Macky Sall tout en se félicitant du succès de la réunion,  a exprimé l’attente des Africains en ces termes : « C’est dans la difficulté que l’amitié trouve son test de grandeur ».

Il a loué l’« appui constant de la Chine à nos efforts de riposte sanitaire et de relance économique ». Pour atteindre une relation plus équilibrée, le Président du Sénégal a exprimé le souhait partagé par les Africains: «Il nous faut accélérer le développement des capacités industrielles africaines afin que le continent facilite l’accès de ses produits au marché chinois ».

Macky Sall ajoute : « un meilleur accès des produits africains aux plateformes électroniques chinoises contribuerait à l’augmentation du volume de nos échanges commerciaux dans l’intérêt des deux parties». Il faut noter que les premiers efforts d’industrialisation en Afrique ont été anéantis à dessein par les puissances occidentales à travers les institutions de Breton Wood imposant les ajustements structurels aux pays africains durant les années 90.

Dans un mémorable discours, le Président Xi Jinping a répondu aux attentes de ses amis africains avec le pragmatisme qui caractérise ses interventions et l’ambition de ses propositions en faveur du développement de l’Afrique, affichant la fidélité du Dirigeant Chinois à l’engagement initial de son pays.

Xi jinping a illuminé la réunion en présentant quatre importantes propositions concrètes portant sur: lutter contre le COVID-19 avec solidarité ; approfondir la coopération pratique ; promouvoir le développement vert ; défendre l’équité et la justice. La Vision de Coopération Chine-Afrique 2035 a été préparée conjointement par les deux parties pour mettra en œuvre les neuf programmes que propose le Président Xi Jinping. Il s’agit du Programme médical et de santé qui aidera l’UA à atteindre son objectif de vacciner 60 pour cent de la population africaine d’ici fin 2022.

La Chine s’engage à fournir un milliard de doses de vaccins à l’Afrique dont 600 millions de doses sous forme de dons et 400 millions de doses à fournir par des moyens tels que la production conjointe par des entreprises chinoises et des pays africains concernés et l’envoi de 1500 professionnels médicaux en Afrique ; le programme de réduction de la pauvreté et de développement agricole; le programme de promotion commerciale; le programme de promotion des investissements; le programme d’innovation numérique; le programme de développement vert; le programme de renforcement des capacités; le programme d’échanges culturels et interpersonnels; le programme de paix et de sécurité.

C’est dans l’enthousiasme et la satisfaction exprimés par la partie africaine, la sincérité, le pragmatisme de l’engagement de la Chine en faveur du développement des pays africains que résident les éléments marquant le succès de la huitième réunion ministérielle du FCSA de Dakar. Ce succès en cette période de pandémie de COVID-19 marque incontestablement un tournant dans la coopération Chine-Afrique. A Dakar, l’Afrique et la Chine ont entamé une nouvelle ère de leur marche vers la construction d’une communauté de destin Chine-Afrique encore plus solide.

Présentation de Prof. Yoro DIALLO, ancien Diplomate Malien.

J’ai occupé des fonctions de

  • chargé de dossier au Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale du Mali,
  • Conseiller en charge des questions économiques et commerciales,
  • Premier Conseiller en charge des questions politiques,
  • Chargé d’affaires à l’Ambassade du Mali à Dakar, couvrant le Sénégal, le Cap Vert, la Gambie et la Guinée Bissau.

Premier Conseiller à l’Ambassade du Mali à Pékin, couvrant la Chine, le Cambodge, la Corée du Nord, le Laos et le Vietnam.

J’ai été Conseiller au Cabinet du Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale.

Avant la diplomatie, j’ai été chercheur au Musée National du Mali, Président du Comité National Malien du Conseil International des Musées. Depuis 2017, je suis chercheur principal, Directeur Exécutif du Centre d’Études Francophones et Directeur du Musée Africain de l’Institut des Études Africaines de Zhejiang Normal University en Chine. L’Institut des Études Africaines est le plus grand Institut en Chine dédié aux Études africaines sous la direction du Prof Liu Hongwu. Il a été créé sous l’auspice du Ministère des Affaires Étrangères et du Ministère de l’Éducation de Chine.