Une lueur dans l’obscurité : la Chine est-elle la solution aux problèmes d’approvisionnement électrique à Cuba ?

The national flag of Cuba consists of five alternating stripes (three blue and two white) and a red equilateral triangle at the hoist, within which is a white five-pointed star. It was designed in 1849 and officially adopted May 20, 1902. This will make a great photograph for any home or office. I was able to capture this image while on a photographic journey through Cuba. It is one of the two flags of a currently socialist country. It is a great photograph of the Cuban flag. This will make a great photograph for any home or office. I was able to capture this image while on a photographic journey through Cuba.

De Réseau Chine et Amérique latine : Approches pluridisciplinaires – REDCAEM, par Juan Manuel Sotillo – Les fréquentes coupures d’électricité et les difficultés qui en découlent sont devenues une constante dans la vie des Cubains. La crise économique prolongée qui frappe le pays depuis des décennies s’est aggravée en raison de la pénurie de carburant et des défaillances de l’approvisionnement électrique, des facteurs ayant lourdement pesé sur l’île ces derniers mois. Divers médias ont récemment évoqué la possibilité d’atténuer cette situation grâce au recours aux énergies renouvelables, notamment via une coopération avec la Chine. Le don de 5 000 systèmes photovoltaïques par Pékin a été présenté comme le point de départ d’un changement dans la politique énergétique cubaine, marquant également l’arrivée d’investissements chinois dans un secteur où leur présence semblait jusqu’alors inexistante.

Les médias officiels cubains ont mis en avant ces avancées, qualifiant l’initiative de l’une des « révolutions solaires » les plus rapides au monde et laissant entrevoir la possibilité de faire de Cuba une puissance photovoltaïque grâce au soutien chinois. Certaines sources indiquent que les importations de panneaux solaires et de batteries en provenance de Chine ont augmenté de 1 800 % ces dernières années et que la production photovoltaïque couvre désormais 10 % de la demande électrique de l’île, contre 3 % au début de l’année 2025. Toutefois, cette croissance se heurte à des limites importantes, l’électricité produite n’étant disponible que durant la journée. La production photovoltaïque s’interrompt lors des pics de demande du soir et de la nuit, au moment précis où la consommation des ménages est la plus élevée. L’absence d’infrastructures de stockage et de batteries empêche le système électrique cubain de tirer pleinement parti de sa capacité installée.

Défaillances structurelles et dépendance aux énergies fossiles

Bien que la technologie photovoltaïque chinoise ait contribué à atténuer la crise énergétique à Cuba, son impact reste limité en raison des défaillances techniques et du manque d’investissements qui caractérisent le système électrique national. L’infrastructure de production et de transport d’électricité de l’île nécessite, depuis des années, des travaux d’entretien et des investissements qui n’ont pas été réalisés. Les lignes de transport en sont un exemple frappant, enregistrant des pertes proches de 16 % de l’électricité produite.

La situation actuelle du système électrique ne résulte pas uniquement d’événements récents, mais de décisions historiques ayant privilégié le développement du secteur touristique au détriment d’autres investissements stratégiques nécessaires au pays. Compte tenu de la conjoncture économique difficile que traverse Cuba depuis longtemps, le choix entre l’amélioration des infrastructures et l’augmentation des rentrées de devises constitue un dilemme complexe. Cette problématique est illustrée par la disponibilité limitée de ciment et d’acier sur l’île — des matériaux essentiels à l’entretien du réseau électrique ; l’accès à ces matériaux est inférieur de plus de 80 % à celui observé dans des pays aux niveaux de revenus similaires, ce qui met en évidence les difficultés rencontrées par les administrations publiques et les investisseurs potentiels pour réparer le réseau existant.

Outre les défaillances des infrastructures, Cuba dépend fortement des combustibles fossiles importés, qui ont représenté jusqu’à plus de 95 % de son mix de production électrique. Cette dépendance a été soutenue par l’approvisionnement en pétrole subventionné en provenance du Venezuela. Toutefois, l’interruption de ce flux et les menaces de droits de douane brandies par les États-Unis au début de l’année 2026 ont dissuadé d’autres fournisseurs, tels que le Mexique. En conséquence, le système électrique cubain s’est effondré, créant un besoin urgent de diversifier les sources d’énergie.

Nouvelles sources d’énergie et coopération chinoise : un refrain bien connu à La Havane ?

L’investissement chinois dans les infrastructures électriques de l’île n’est pas un phénomène récent ; il remonte à la décennie précédente. En 2017, la province de Ciego de Ávila a accueilli le premier projet d’investissement chinois du secteur : la centrale à biomasse de Ciro Redondo. Considérée comme la première centrale de production d’énergie verte du pays, elle a bénéficié de capitaux et de technologies de l’entreprise chinoise Shanghai Electric Corp.

L’investissement initial a dépassé les 140 millions de dollars, avec pour objectif de produire de l’énergie propre à partir de résidus agricoles. Cependant, depuis son raccordement au réseau national, la centrale a connu de nombreuses défaillances techniques qui ont empêché d’atteindre les objectifs initiaux. Par ailleurs, l’effondrement du secteur sucrier a privé l’installation de la biomasse nécessaire à son fonctionnement. En 2024, la centrale totalisait déjà plus de 330 millions de dollars de coûts sans avoir commencé à fournir de l’électricité selon les volumes et la continuité prévus.

Un autre cas notable remonte à 2019, année du lancement de la construction du parc solaire de Mariel, conçu pour fournir plus de 60 MW de puissance à la Zone spéciale de développement de Mariel. Ce projet photovoltaïque, porté conjointement par des investisseurs britanniques (Hive Energy) et des partenaires technologiques chinois (Shanghai Electric Corp.), a été présenté par l’intermédiaire de Solar Mariel Ltd. comme un symbole de souveraineté énergétique et un moyen d’attirer des capitaux étrangers. Toutefois, bien que la centrale soit aujourd’hui en grande partie opérationnelle, les insuffisances du réseau de transport et le manque d’infrastructures de stockage limitent la capacité à absorber l’énergie produite et à valoriser les surplus.

Un exemple plus récent de la présence chinoise est l’entreprise Vehículos Eléctricos del Caribe (VEDCA), une société à capital mixte associant le groupe industriel chinois Tianjin Dongxin à des partenaires cubains. L’entreprise a débuté ses activités en 2019, se spécialisant dans la fabrication et l’assemblage de motos et de tricycles électriques. À l’horizon 2025, elle produisait et commercialisait déjà environ 5 000 véhicules légers. Les perspectives de croissance de l’entreprise sont favorables, compte tenu de la structure de la mobilité sur l’île et des difficultés rencontrées par la population pour se procurer du carburant. Malgré les contraintes importantes pesant sur la recharge électrique, les perspectives du secteur de l’électromobilité sont jugées solides.

L’aide chinoise et la méfiance de l’Occident

Face à l’effondrement du système électrique, l’aide apportée par la Chine constitue une ressource essentielle pour garantir la survie énergétique de l’île. En août 2026, la Chine a livré 5 000 systèmes photovoltaïques de 2 kilowatts destinés aux habitations isolées et aux cliniques rurales touchées par l’ouragan Melissa. Par ailleurs, des progrès significatifs ont été réalisés dans la construction de parcs solaires de petite et moyenne taille, dans le cadre d’un don supplémentaire d’équipements photovoltaïques représentant une capacité de 120 MW.

Toutefois, les pays occidentaux accueillent ce déploiement avec scepticisme. La position stratégique de Cuba sur la route des matières premières latino-américaines vers l’Asie fait de l’île un point d’intérêt géopolitique clé. Du point de vue occidental, la coopération avec la Chine est perçue comme une stratégie visant à consolider la présence politique de Pékin à proximité des côtes américaines et à accroître son influence dans la région.

Par ailleurs, les investisseurs européens expriment des réserves en raison de l’alignement géopolitique de Cuba sur la Russie dans le conflit ukrainien. Cette situation, conjuguée aux sanctions économiques sévères imposées par les États-Unis ces dernières années, a considérablement réduit l’attractivité de l’île pour les investissements européens. Malgré ces réticences, la coopération chinoise se heurte également à des limites : une transition complète de Cuba vers les énergies renouvelables nécessiterait entre 8 et 19 milliards de dollars, un montant hors de portée de l’économie cubaine et difficilement assumable par Pékin dans le contexte économique mondial actuel.

La coopération chinoise représente-t-elle une lueur d’espoir ?

La coopération chinoise constitue une avancée significative, bien qu’elle soit loin d’offrir une solution définitive. Les données disponibles indiquent que le développement de l’énergie solaire à Cuba ne suffit pas, à lui seul, à résoudre les problèmes structurels du système électrique national. Si les dons et investissements chinois apportent un soulagement temporaire et limité face aux défis de l’approvisionnement électrique, ils ne constituent pas une réponse globale pour une infrastructure affectée par des décennies d’investissements et d’entretien insuffisants.

Miser exclusivement sur l’aide d’urgence et la coopération chinoise revient à adopter une vision trop optimiste face à la réalité complexe de l’île. Sans réformes profondes susceptibles de stabiliser l’économie et de créer un environnement propice à l’investissement, le développement de l’énergie solaire risque de n’être qu’une illusion de modernisation, incapable de remédier aux défaillances structurelles du secteur énergétique cubain.

 

Juan Manuel Sotillo est doctorant en science politique et relations internationales à l’Université autonome de Madrid (UAM), titulaire d’un master en analyse des relations économiques internationales de l’Université Rey Juan Carlos et diplômé en économie de l’Université Carlos III de Madrid. Membre du réseau Chine et Amérique latine : approches multidisciplinaires (REDCAEM).

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