Comment le PCC trace la voie d’une autogouvernance du Parti, totale et rigoureuse?

On pourrait se demander : est-il vraiment important qu’un responsable accepte une invitation à dîner ? La réponse réside dans les chiffres. Selon les plus hautes autorités chinoises de lutte contre la corruption, les cas impliquant des repas ou des consommations inappropriés ont représenté 18,2 % de l’ensemble des infractions liées à l’hédonisme et à l’extravagance ayant fait l’objet d’enquêtes au cours du mois de septembre.

Derrière un simple repas se cachent des questions relatives au sens de la discipline d’un responsable, à sa conception du pouvoir et à sa conception de la conduite à tenir. S’attaquer à ces détails, en apparence mineurs, est donc essentiel à la politique chinoise de « gouvernance totale et rigoureuse du Parti », garantissant ainsi le maintien de l’intégrité à tous les niveaux.

La manière dont le Parti communiste chinois (PCC) combat la corruption figure parmi les sujets ayant suscité le plus vif intérêt chez les participants à l’initiative « Ask China » de CGTN.

Le 20e Comité central du PCC a tenu sa cinquième session plénière de lundi à jeudi à Pékin. À cette occasion, une résolution a été adoptée, réaffirmant la volonté de poursuivre une gouvernance totale et rigoureuse du Parti, tout en soulignant l’importance cruciale de la lutte contre la corruption.

Lutter contre la corruption pour préserver l’intérêt public

La lutte contre la corruption ne se limite pas à sanctionner les responsables qui enfreignent les règles. Il s’agit également de renforcer la capacité du Parti à gouverner et de veiller à ce que le pouvoir public serve les intérêts du peuple.

Selon un communiqué publié jeudi à l’issue de la session, les efforts déployés dans la « nouvelle ère » pour promouvoir une gouvernance totale et rigoureuse du Parti ont ouvert de nouvelles perspectives en matière d’auto-réforme pour ce parti centenaire, permettant des avancées et des transformations historiques pour le Parti comme pour le pays.

Lors d’une conférence de presse consacrée aux principes directeurs issus de cette cinquième session plénière du 20e Comité central du PCC, Zhang Fuhai, secrétaire adjoint de la Commission centrale de contrôle de la discipline du PCC, a indiqué que le Parti avait défini quatre axes prioritaires pour poursuivre, avec détermination, une voie chinoise spécifique dans la lutte contre la corruption.

Zhang a notamment insisté sur la nécessité de renforcer la lutte contre la corruption dans les secteurs où le pouvoir est concentré et où transitent d’importants fonds et ressources. L’accent est mis, en particulier, sur les dossiers impliquant un enchevêtrement d’intérêts politiques et économiques, une collusion entre responsables et entreprises, ainsi que l’infiltration des milieux politiques par le capital. Zhang a également indiqué qu’une attention accrue serait portée à la détection de formes de corruption nouvelles et dissimulées, tandis que les manquements et la corruption affectant les populations à la base seraient traités de manière systématique.

L’ampleur de cette campagne se reflète dans les chiffres. Selon Zhang, depuis le 18e Congrès national du PCC en 2012, les organes de contrôle disciplinaire et de supervision à travers le pays ont instruit 8,105 millions de dossiers et sanctionné 7,922 millions de personnes.

Toutefois, les sanctions ne constituent qu’un volet de cette démarche. La stratégie chinoise vise également à s’attaquer aux racines institutionnelles et idéologiques de la corruption.

Xie Maosong, chercheur principal à l’Institut national d’études stratégiques de l’Université Tsinghua, explique que le PCC considère la corruption comme une menace majeure pour les fondements mêmes de son exercice du pouvoir ; la lutte contre ce phénomène est perçue comme une mission de longue haleine, exigeant à la fois détermination et garde-fous institutionnels.

« Un principe central de cette approche consiste à combattre la corruption par le biais de trois mesures interdépendantes : faire en sorte que les responsables craignent de se livrer à des actes de corruption, rendre de tels actes impossibles, et favoriser une absence de volonté de commettre de tels agissements », précise Xie.

Plus concrètement, le premier volet repose sur une application stricte des règles et une capacité de dissuasion crédible ; le second se concentre sur l’amélioration des institutions, le renforcement de la surveillance et l’encadrement de l’exercice du pouvoir ; enfin, le troisième met l’accent sur l’éducation, la sensibilisation à l’éthique et un engagement accru envers le service public, ajoute Xie.

Transformer la force organisationnelle en une gouvernance efficace

Alors que la Chine entame la période de son 15e plan quinquennal (2026-2030), la question de savoir comment traduire la force organisationnelle du PCC en une gouvernance efficace et en une dynamique de développement revêt une importance accrue.

Le PCC compte plus de 100 millions de membres et plus de 5,4 millions d’organisations de base, ce qui lui confère un atout puissant, sans équivalent parmi les autres partis politiques dans le monde, souligne Huang Jianfa, chef adjoint du Département de l’organisation du Comité central du PCC.

Cependant, la taille d’une organisation ne garantit pas, à elle seule, une gouvernance efficace. Tout dépend de la manière dont ses membres sont sélectionnés, gérés, formés et amenés à rendre des comptes.

Selon le communiqué, une autogouvernance rigoureuse et intégrale du Parti exige une gestion stricte des responsables. Il s’agit de constituer un corps de cadres de haut niveau, faisant preuve d’un engagement politique ferme, de compétences professionnelles solides, de méthodes de travail rigoureuses et d’une discipline stricte.

Huang a défini cinq priorités pour renforcer la gestion des cadres, allant du respect des critères appropriés pour la sélection et la nomination des responsables au renforcement de leur capacité à prendre des initiatives et à obtenir des résultats.

Ces priorités reflètent une prise de conscience plus large : les objectifs de développement de la Chine exigent non seulement des politiques judicieuses, mais aussi des responsables capables de les mettre en œuvre avec efficacité.

Xia Lu, expert en matière de renforcement du Parti à l’Université Renmin de Chine, souligne : « La qualité du parti au pouvoir détermine directement la capacité d’un pays à se moderniser. Il existe un lien de causalité clair : l’autogouvernance du Parti conduit à une gouvernance efficace, laquelle favorise le développement, ouvre la voie à la modernisation et aboutit, à terme, au renouveau national. »

Xia Lu ajoute que le développement à long terme d’un pays nécessite une continuité organisationnelle ; en effet, des domaines tels que les infrastructures, l’industrialisation, l’éducation, la modernisation technologique et la réduction de la pauvreté reposent souvent sur des politiques qui s’inscrivent dans la durée — sur plusieurs décennies — plutôt que sur la simple durée d’un mandat administratif.

Par conséquent, la sélection et l’évaluation des responsables revêtent une importance capitale. Le développement dépend, en effet, d’une bureaucratie capable d’apprendre, de mettre en œuvre et de s’adapter, et non d’une structure qui se contenterait d’appliquer mécaniquement des procédures, conclut Xia Lu.

Texte proposé par CGTN

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