mardi, juillet 16

Taïwan maintient la peine de mort

Considéré comme le bastion des droits de l’homme en Asie, Taiwan maintient la peine de mort, ce qui entache sa réputation.

De nombreux militants des droits de l’homme dénoncent cette situation, alors qu’ils se battent pour qu’un détenu condamné à cette peine maximale soit innocenté.

Wang Xin-fu fait partie des 38 prisonniers de l’île qui attendent dans les couloirs de la mort leur exécution par balle. Ce dernier sera condamné une fois que toutes les voies de recours seront épuisées.

Wang Xin-fu, 69 ans, est le condamné à mort le plus âgé du territoire. Il a toujours clamé son innocence, selon certaines organisations de défense des droits, dont l’Alliance taïwanaise pour l’abolition de la peine de mort (Taiwan Alliance to End the Death Penalty, TAEDP).

Ces dernières ont d’ailleurs lancé une campagne visant à le faire innocenter, faisant valoir qu’il a été condamné à tort dans l’assassinat d’un policier en 1990. Ce dernier avait été arrêté dans sa jeunesse et était considéré comme un « voyou » par le gouvernement de l’époque.

Il a été condamné à mort pour avoir fourni une arme à un homme de main et lui avoir ordonné de tirer sur la victime, sur la base de déclarations de l’auteur du tir et de témoins.

Les militants assurent que sa condamnation présente « des failles évidentes ». Ils mettent en avant des témoignages incohérents, des soupçons de torture policière à l’encontre d’un témoin et l’absence de mobile ou d’empreintes digitales.

« C’est un soi-disant +mauvais gars+, mais ces +mauvais gars+ ont aussi des droits. Il ne devrait pas être condamné pour un crime dont il n’est pas responsable« , a affirmé Lin Hsin-yi, directrice de la Taiwan Alliance to End the Death Penalty.

Wang Xin-fu avait fui en Chine continentale après avoir appris qu’il était recherché et a été arrêté en 2006 à son retour à Taïwan où il était revenu pour traiter un problème oculaire. Sa condamnation à mort a été confirmée par la Cour suprême de Taïwan en 2011.

En novembre, des militants ont fait appel au Control Yuan, le principal organisme de contrôle du gouvernement taïwanais, après le rejet par le bureau du procureur général de leur demande de déposer un « recours spécial » pour Wang Xin-fu. Cette procédure est l’un des seuls moyens de contester une condamnation définitive.

« Le gouvernement pense que procéder à des exécutions est conforme à la volonté du peuple mais est-ce que cela résout vraiment les problèmes? », a déclaré à l’AFP Hsieh Chih-hung, militant pour l’abolition de l’esclavage.

En 2018, le Control Yuan avait conseillé au procureur général de déposer un appel en faveur du condamné à mort Hsieh Chih-hung. Il était détenu depuis 19 ans pour meurtre. Ce dernier a finalement été acquitté.

Aujourd’hui libre, Hsieh Chih-hung milite pour l’abolition de la peine de mort. Il explique à l’Agence France Presse que son acquittement et celui d’autres sont la preuve que la peine capitale est un système imparfait.

Les Taïwanais sont favorables à la peine de mort, même si l’île est considérée comme l’une des démocraties les plus progressistes d’Asie. Actuellement, 35 prisonniers ont été exécutés depuis 2010, lorsque Taïwan a repris les exécutions après quatre ans d’interruption.

La dirigeante Tsai Ing-wen a jugé la question de l’abolition de la peine de mort de complexe, en raison d’un manque de soutien de la population. Cependant, le ministère de la Justice a annoncé avoir relancé en 2017 un groupe de travail visant à faciliter son abolition progressive.

De leur côté, les opposants demandent un moratoire sur les exécutions et un calendrier pour leur abandon. « Si les gens savent qu’il existe des alternatives, ils ne soutiendront pas nécessairement la peine de mort, surtout s’ils sont au courant de condamnations injustifiées », a expliqué Lin Hsin-yi, directrice de la Taiwan Alliance to End the Death Penalty.

Les militants proposent une alternative : l’incarcération à perpétuité à condition que le condamné travaille en prison et qu’une partie de son salaire soit reversée aux familles des victimes à titre du préjudice subi.

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