De Michael Fink – Pour dîner à Paris, à Lyon ou à Nice, un voyageur chinois demande de plus en plus conseil à un assistant d’intelligence artificielle. Mais pas à ceux que l’on connaît en France. Ses outils s’appellent Doubao et DeepSeek, et ils ne lisent pas les mêmes sites que les nôtres.
En France, quand on parle d’IA et de restaurants, on pense à ChatGPT, à Gemini ou à Perplexity. Pour un touriste américain ou allemand, c’est juste. Pour un touriste venu de Chine continentale, c’est à côté : ChatGPT n’y est pas proposé par son éditeur, et les services de Google y sont bloqués.
Ce voyageur ne cherche donc pas « meilleur bistrot Paris » sur Google Maps, et il ne le demande pas à ChatGPT. Il pose la question dans sa langue, sur son téléphone, à un assistant chinois. Celui-ci répond comme les autres : deux ou trois noms, et c’est tout.
Doubao et DeepSeek, les guides du voyageur chinois
En Chine, l’assistant le plus utilisé est Doubao (豆包), développé par ByteDance, la maison mère de TikTok. Selon les relevés de QuestMobile publiés à l’été 2026, il devance nettement Qwen, d’Alibaba, et DeepSeek, devenu célèbre en Occident début 2025.
Pour préparer un séjour, c’est donc à eux que l’on demande : « 巴黎有哪些好吃的法国餐厅 ? », quels sont les bons restaurants français à Paris ?
Cette clientèle a changé. Les voyageurs chinois qui reviennent en France sont plus jeunes et plus indépendants qu’avant la pandémie : moins de groupes en autocar, davantage de couples et d’amis qui organisent eux-mêmes leur séjour, téléphone en main. Le restaurant n’est plus choisi par l’agence de voyages, mais par le voyageur lui-même, souvent sur la foi d’une réponse d’assistant.
Ils ne lisent pas les mêmes sites que nous
Un assistant ne connaît pas un restaurant : il sait ce que ses sources en disent. Or les sources de Doubao et de DeepSeek ne sont pas celles de ChatGPT. Là où un assistant occidental lit la fiche Google, TripAdvisor et la presse locale, un assistant chinois s’appuie largement sur le web chinois :
- Xiaohongshu (小红书), le réseau où les voyageurs publient leurs carnets, leurs photos et leurs adresses ;
- Dianping (大众点评), l’équivalent chinois de TripAdvisor, qui référence aussi des restaurants à l’étranger ;
- Trip.com (携程) et les plateformes de voyage ;
- les blogs et carnets de voyage en chinois.
La conséquence est simple. Un restaurant très bien noté sur Google peut être totalement absent des réponses de Doubao. Ce n’est pas un oubli : l’assistant n’a jamais croisé son nom.
Ce qu’un restaurant peut faire
Rien de magique, et rien de nouveau : c’est le travail qu’on fait pour Google, transposé à d’autres lieux.
- Exister là où l’assistant regarde : une page sur Dianping et sur Trip.com, avec l’adresse, les horaires et des photos récentes.
- Donner la même information partout : même nom, même adresse, mêmes horaires sur chaque site. Si le restaurant a un nom chinois, ou une transcription que les clients utilisent, toujours la même.
- Rendre la page lisible en chinois : une carte et quelques informations pratiques traduites. Ce que l’assistant comprend, il peut le recommander.
- Encourager les clients à parler du restaurant : un client chinois satisfait qui publie sur Xiaohongshu vaut, pour Doubao, bien plus qu’un avis de plus sur Google.
- Vérifier, puis recommencer : poser soi-même la question à Doubao ou à DeepSeek, regarder qui est cité, et refaire le test un mois plus tard avec les mêmes mots.
Et pour ceux qui ouvrent un restaurant en France
La question se pose aussi de l’autre côté de la salle. De nombreux entrepreneurs chinois ouvrent un restaurant en France, et les démarches y sont nombreuses : permis d’exploitation et licence, déclaration sanitaire, plan de maîtrise sanitaire (HACCP), destination du bail, conduit d’extraction, sécurité des établissements recevant du public, terrasse.
Certaines se règlent après l’ouverture. D’autres, comme le conduit d’extraction ou la destination du bail, doivent être vérifiées avant de signer, sous peine de ne jamais pouvoir ouvrir. Les textes officiels sont en français, et une erreur de compréhension coûte cher.
Des outils gratuits existent désormais pour s’y retrouver, en français, en anglais et en chinois : un diagnostic du local avant la signature, un calendrier des démarches à rebours depuis la date d’ouverture, et une fiche par obligation, avec les textes de référence. Ils sont réunis sur klarr.net/ouvrir-un-restaurant
Deux internets, deux visibilités
Pour un restaurant en France, la clientèle chinoise ne se gagne pas avec les seuls outils occidentaux. Il faut accepter qu’il existe deux internets, et deux façons d’être trouvé. Ceux qui l’ont compris tiennent une place que leurs voisins n’ont souvent même pas remarquée.
Michael Fink est développeur de Klarr, logiciel de réservation et de visibilité pour les restaurants indépendants, édité par EDIREF, agence de référencement depuis 2008.
Auteur : Michael Fink, Développeur de Klarr, un logiciel pour restaurants indépendants édité par EDIREF, agence de référencement depuis 2008.
Sources
- OpenAI, pays où ChatGPT est disponible : https://help.openai.com/en/
articles/7947663-chatgpt- supported-countries - Rapport QuestMobile 2026 (BigGo Finance) : https://finance.biggo.com/
news/372811e2-28f1-49c7-9f53- fa56879cde3b - Atout France, marché de la Chine : https://www.atout-france.fr/
fr/marches/chine - Xinhua, 9 octobre 2025 : https://french.news.cn/
20251009/ 9382462950cf467583fe74e4aa2d9e 71/c.html