Le lusheng, l’instrument de musique traditionnel Miao qui renaît

L’art de fabriquer le lusheng Miao, un instrument ancien composé de six tuyaux de bambou, se transmet depuis plus de deux siècles dans le village de Pilin, situé dans le canton de Gaopo, une communauté ethnique Miao nichée dans les montagnes près de Guiyang, capitale de la province du Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine.

Le lusheng est un instrument de musique traditionnel à vent et à anche libre originaire du sud-ouest de la Chine. Très populaire auprès des minorités ethniques, notamment les Miao, les Dong et les Yao, il joue un rôle central dans leur culture et leurs rituels depuis plus de 2 000 ans.

Il est composé d’un réservoir d’air en bois dur relié à plusieurs tuyaux en bambou de tailles différentes, chacun équipé d’une petite anche métallique. Sa taille varie de quelques centimètres à plusieurs mètres de long. Chez le peuple Miao, les notes et les tonalités du lusheng imitent les inflexions de la voix humaine. Il sert de pont spirituel pour communiquer avec les ancêtres et les esprits.

«Le lusheng est un symbole de notre peuple Miao et un compagnon de toute une vie», a expliqué Luo Tingkai, héritier du savoir-faire traditionnel des fabricants de lusheng Miao. «Où que nous allions, nous ne pouvons jamais nous en passer», a indiqué ce dernier à l’agence de presse chinoise, Xinhua. Ce dernier a commencé à apprendre à jouer du lusheng à l’âge de 12 ans et, après le collège, il est devenu apprenti auprès de son père pour maîtriser cet instrument.

Le savoir a été transmis oralement de maître à apprenti, sans manuel écrit, la tradition exige au moins cinq ans d’étude avant qu’un apprenti puisse fabriquer un lusheng lui-même.

Préserver ce «son d’un peuple ethnique» est impliqué, car durant des décennies, de moins en moins de jeunes veulent apprendre cet art ancien. Luo Tingkai a admit que pour les jeunespréfèrent travailler loin de chez eux car ils peuvent gagner de l’argent plus facilement, tandis que la fabrication des lusheng ne rapporte pas énormément d’argent.

En 2020, Luo Tingkai a été honoré en tant qu’héritier du patrimoine culturel immatériel au niveau provincial. Ce dernier a confié à Xinhua qu’il souhaiterait voir davantage de personnes s’approprier cet art. Aujourd’hui, son fils rentre dans son village tous les week-ends et les jours fériés pour apprendre à jouer avec lui.

«Notre patrimoine culturel doit être transmis», a déclaré Wang Pinggui, apprenti lucheng, à l’agence de presse chinois. «Nous avons toujours aimé jouer du lusheng, et c’est maintenant à notre génération de perpétuer cette tradition.»

La fabrication d’un lusheng met à l’épreuve la patience et la précision de l’artisan, d’autant qu’il faut sélectionner du bambou, fabriquer des anches et entre autre accorder l’instrument. Ainsi, sculpter la caisse de résonance est une tâche délicate et périlleuse car la moindre erreur peut anéantir des jours de travail minutieux.

Lors des festivals, comme celui de Gan Nang Xiang au Guizhou, Luo Tingkai organise des représentations de lusheng et installe des panneaux pédagogiques pour sensibiliser les villageois à la préservation de cette tradition. «Dès que le son du lusheng résonne, les habitants Han et Bouyei se rassemblent pour écouter, et des personnes des villages voisins et d’ailleurs font souvent le déplacement pour bénéficier de ses conseils».

Luo Tingkai a également introduit dans les écoles primaires et secondaires locales son lusheng compact à trois tuyaux, qu’il a fabriqué. En utilisant une notation musicale numérique moderne pour transcrire les mélodies traditionnelles, il aide les enfants à maîtriser plus rapidement les techniques de jeu.

De plus, il partage sa passion pour le lusheng à travers de courtes vidéos, qui ont chacune été visionnées plus de 10 000 fois. «C’est la fierté de notre ethnie, et cela compte beaucoup pour moi», a écrit un internaute. Grace aux réseaux sociaux, cet art traditionnel s’est progressivement étendu au-delà de Gaopo et les commandes affluent. «Nos lusheng se vendent très bien et chaque pièce que nous fabriquons trouve preneur». 

Pour Luo Tingkai, plus la notoriété grandit, plus «le son, l’apparence, la qualité de fabrication – tout doit être irréprochable. Sans qualité, les clients ne reviendront pas.»

Afin de favoriser l’intégration profonde de la préservation du patrimoine culturel immatériel à la revitalisation rurale, un atelier de lusheng a été créé à Gaopo en août 2025. Cet atelier allie la fabrication de lusheng, la formation aux techniques traditionnelles, les expositions culturelles et les ateliers pratiques. Les visiteurs peuvent observer de prèsle processus global de la fabrication d’un lusheng.

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