Wang Er-min (王爾敏) est un historien chinois de nationalité taïwanaise, spécialiste majeur de l’histoire de la Chine moderne, notamment de la fin de la dynastie Qing et des transformations intellectuelles, militaires, diplomatiques et sociales de la Chine au XIXᵉ siècle. Il est né le 11 décembre 1927 à Zhoukou, dans le Henan, et est mort le 4 octobre 2024 à Toronto, à l’âge de 97 ans.
Son nom peut apparaître sous plusieurs formes dans les publications occidentales : Wang Er-min, Wang Ermin, Wang Erh-min ou Wang Erh-min (王爾敏).
Formation et carrière
En 1950, Wang Er-min étudie au département d’histoire et de géographie de la Taiwan Provincial Teachers College (devenu ensuite National Taiwan Normal University). Il est notamment l’élève de l’historien Guo Tingyi (郭廷以), qui jouera un rôle déterminant dans sa carrière. Après ses études, Wang rejoint l’Institut d’histoire moderne de l’Academia Sinica, où il travaille de 1955 à 1977.
En 1977, il rejoint le département d’histoire de la « Chinese University of Hong Kong », où il enseigne notamment l’histoire moderne de la Chine et l’histoire de la pensée chinoise. Il y reste jusqu’en 1989, avant de retourner à l’Institut d’histoire moderne de l’Academia Sinica. Il a également enseigné dans plusieurs établissements universitaires et a consacré une grande partie de sa carrière à la formation de jeunes chercheurs. history.cuhk.edu.hk
Domaines de recherche
Son œuvre est particulièrement vaste. Il a travaillé sur :
- histoire intellectuelle et idéologique de la Chine moderne ;
- histoire militaire, notamment l’armée des Huai ;
- histoire diplomatique et les relations entre la Chine et les puissances occidentales ;
- histoire sociale et culturelle des périodes Ming et Qing ;
- histoire du christianisme et des relations sino-occidentales ;
- méthodologie de l’histoire et l’historiographie chinoise ;
- histoire locale et les monographies géographiques.
Il est également l’auteur d’importants travaux sur l’évolution de la conception chinoise du monde et des relations internationales au XIXᵉ siècle.
Principaux ouvrages
Parmi ses œuvres les plus importantes figurent :
- 淮军志 » (Huai jun zhi) : Histoire de l’armée de Huai, considérée comme l’une de ses œuvres majeures;
- « 清季兵工业的兴起 » : L’essor de l’industrie militaire à la fin des Qing;
- « 中国近代思想史论 » : Essais sur l’histoire de la pensée chinoise moderne;
- « 五口通商变局 » : étude des transformations liées à l’ouverture des cinq ports au commerce occidental ;
- « 晚清商约外交 » : étude de la diplomatie commerciale à la fin des Qing ;
- « 史学方法 » : ouvrage consacré à la méthode historique ;
- « 明清时代庶民文化生活 » : étude de la vie culturelle des gens ordinaires sous les Ming et les Qing.
L’Academia Sinica recense également ses nombreux articles scientifiques, notamment ses travaux sur les institutions militaires et les relations entre Chinois et étrangers à Shanghai.
Importance historiographique
Wang Er-min appartient à une génération d’historiens qui a profondément renouvelé l’étude de la « Chine moderne à Taïwan » après 1949. Son approche associe l’exploitation minutieuse des archives à une attention particulière aux idées, aux institutions et aux transformations sociales.
Il s’est également intéressé à la « méthode historique elle-même ». Dans « 史學方法 » (Méthode historique), il réfléchit aux sources, à l’établissement des faits, à l’interprétation et à la construction du récit historique.
Son parcours est donc particulièrement intéressant pour comprendre l’évolution de l’historiographie chinoise contemporaine : formé dans le milieu universitaire de Taïwan, disciple de Guo Tingyi, chercheur à l’Academia Sinica puis professeur à Hong Kong, il a participé à la constitution d’une tradition de recherche très importante sur la Chine des XIXᵉ et XXᵉ siècles. L’Université chinoise de Hong Kong souligne notamment son influence comme « chercheur et formateur de plusieurs générations d’historiens ».