Pour la première fois, une entreprise chinoise parvient à faire revenir et atterrir «sur ses pieds» un lanceur de classe orbitale.
LandSpace, start-up chinoise, a récupéré le 19 août sur la terre ferme le premier étage d’une fusée réutilisable lancée pour mettre un satellite en orbite, une première nationale et une avancée pour l’industrie aérospatiale chinoise, ont indiqué les médias chinois.
Le lanceur Zhuque-3 Y2, développé par l’entreprise spatiale privée LandSpace, a été approuvée par l’Administration nationale de l’espace de Chine en tant que fusée de nouvelle génération propulsée à l’oxygène liquide et au méthane, destinée à des lancements à faible coût, à grande capacité et à haute fréquence.
Ce lanceur possède une configuration à un seul corps et deux étages, pour une longueur totale de 66,1 m. Il présente un diamètre de corps de 4,5 m pour les deux étages, ainsi qu’une coiffe de charge utile de 5,2 m de diamètre.
Sa structure principale est en acier inoxydable, le réservoir de méthane étant placé au-dessus de celui d’oxygène liquide, ce qui permet de maintenir un équilibre optimal du centre de gravité pendant le vol.
Son premier étage est propulsé par neuf moteurs TQ-12A à oxygène liquide et méthane, avec une poussée réglable de 40% à 110% de la puissance nominale.
Des experts ont indiqué, à l’agence de presse chinoise, Xinhua, que la validation réussie de l’approche technique de Zhuque-3, combinant une propulsion à l’oxygène liquide et au méthane, un corps en acier inoxydable, ainsi qu’un atterrissage et une récupération verticaux, contribuera à accélérer le déploiement de la constellation de satellites chinois en orbite terrestre basse.
La fusée Zhuque-3 Y2 a décollé à 7h35 (heure de Beijing) depuis la zone pilote d’innovation spatiale commerciale de Dongfeng, dans le nord-ouest de la Chine. C’est une première, car l’entreprise en dehors des États-Unis, est parvenue à faire revenir et atterrir «sur ses pieds» un lanceur de classe orbitale.
Des images diffusées par la télévision d’État CCTV montrent le premier étage de la fusée Zhuque-3 redescendre de manière contrôlée et déployer des pieds rétractables pour se poser sur un site d’atterrissage dans la province du Gansu, à 390 kilomètres du pas de tir initial. Le second étage de l’engin a placé le satellite Honghu-03 sur une «orbite prédéfinie» après s’être détaché du premier, a décrit l’agence Chine nouvelle, qui a salué un «succès total».
Le 10 juillet, la Chine avait déjà récupéré en mer le premier étage d’une Longue Marche-10B, capturé par un filet sur une plateforme maritime. Richard de Grijs, astrophysicien et professeur à l’université Macquarie en Australie, a expliqué à l’Agence France presse que « la Chine a désormais fait la démonstration de deux architectures de récupération différentes, tant dans son secteur spatial public que dans son secteur spatial commercial ».
Ce dernier a indiqué qu’« en conjuguant concurrence institutionnelle et expérimentation technique, la Chine pourrait développer la capacité de lancer pour moins d’argent et à plus haute fréquence les méga-constellations de satellites qu’elle prévoit ».
Le premier étage d’une fusée est considéré comme l’élément le plus coûteux. Le récupérer et le réutiliser permet de réduire le coût des lancements. La manœuvre de Zhuque-3 se rapproche du principe employé par SpaceX : les étages des Falcon 9 reviennent se poser verticalement sur terre ou sur une barge, afin d’être réutilisés.
Ces progrès confirment les ambitions de la Chine, qui a pour objectif d’envoyer des humains sur la Lune d’ici 2030. Elle a posé en 2019 un engin spatial (la sonde Chang’e-4) sur la face cachée de la Lune, une première mondiale. Elle a aussi fait atterrir en 2021 un petit robot sur Mars. Cependant, elle a connu la semaine passée une « anomalie » lors du lancement d’une fusée Longue Marche transportant un satellite de communication mais qui a finalement explosé en plein vol.