Le gouvernement chinois est tellement exaspéré par Donald Trump qu’il pourrait reporter, voire annuler, son sommet avec le président Xi Jinping à Washington en septembre, a indiqué Ker Gibbs, ancien président de la Chambre de commerce américaine à Shanghai sous les présidences d’Obama, de Trump et de Biden, et qui travaille en Chine depuis 40 ans.
Ce dernier a fait part de son analyse des relations bilatérales le 17 août lors du Club des correspondants étrangers afin de promouvoir son nouvel ouvrage, « Le Dragon fragile : les atouts de la Chine et les limites de son pouvoir ».
Ker Gibbs a également occupé des postes de direction chez Apple, Disney et d’autres entreprises technologiques, et a dirigé le pôle technologie et médias pour la Grande Chine chez HSBC. Il est actuellement associé chez Foresight, un cabinet de conseil financier, a écrit Mark O’Neill, écrivain, enseignant et conférencier basé à Hong Kong.
Ce dernier a indiqué que Xi Jinping « ne fait pas confiance à Trump, personne ne lui fait confiance. Les deux hommes ne peuvent donc pas conclure d’accord stratégique, seulement des accords transactionnels. Trump privilégie l’improvisation, Xi préfère que tout soit minutieusement préparé, planifié à l’avance ».
« En mai, lors de la visite de Trump à Pékin, l’équipe de Xi était frustrée. Aujourd’hui, elle est très frustrée par la Maison Blanche », a-t-il déclaré. Lors du sommet de mai 2026 à Pékin, la Chine et les Etats-Unis se sont entendues sur le principe de la création d’une Chambre de commerce et d’une Chambre d’investissement États-Unis-Chine, mais la mise en œuvre est très lente.
« Le pire cauchemar serait une répétition de l’insulte proférée par Trump à l’encontre du président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche le 28 février 2025. Cela ne peut se produire avec un dirigeant chinois », a affirmé Ker Gibbs.
Marl O’Neill a indiqué dans le dernier chapitre de son livre que « chaque jour qui passe nous apporte de nouvelles raisons de nous détester, de nous méfier et de nous désengager les uns des autres, nous rapprochant ainsi d’un conflit ouvert. Il est donc crucial de tout mettre en œuvre pour comprendre l’autre partie et communiquer avec elle ».
« Un conflit militaire direct pourrait éclater de multiples façons, la plus probable étant une action militaire de la Chine continentale contre Taïwan », a souligné ce denrier, ajoutant qu’en « dehors d’une guerre, deux grandes puissances peuvent se nuire mutuellement de mille façons, entraînant d’autres pays dans leur chute ».
Interrogé sur les faiblesses de la Chine, Ker Gibbs a déclaré que certains à Washington avaient surestimé les capacités et les ambitions de la Chine, ce qui avait conduit à de mauvaises politiques. « Ils croient que la Chine va s’emparer de toute notre industrie ».
La Chine connaît de fortes inégalités de revenus, la richesse considérable du secteur de la haute technologie ne profitant pas au reste de l’économie, a-t-il affirmé. « C’est un défi majeur. À vingt minutes de Shanghai, des gens vivent dans la misère ». L’économie chinoise est extrêmement compétitive, ca « les gladiateurs (du secteur de la haute technologie) se battent à mort. Puis l’empereur peut y faire intervenir des lions. Le système réglementaire chinois est en constante évolution et peut basculer du jour au lendemain ».
Il attribue une grande partie de cette incompréhension mutuelle aux Américains. « Dans le secteur des hautes technologies, les Américains sont arrogants et pensent tout savoir. Le monde numérique chinois est performant et a transformé l’économie. Mais les Américains ne s’y aventurent pas. Ils souffrent d’orgueil et manquent de compréhension. Ils ont eu près de trente ans pour comprendre la Chine », a assuré l’ancien président de la Chambre de commerce américaine.
Les avis divergent à Washington, certains sénateurs ne veulent pas entendre parler de la Chine, d’autres estiment qu’un partenariat est important. Ker Gibb a déclaré qu’aux États-Unis, le racisme était bien réel. « L’élite est blanche, d’origine européenne, et nourrit une profonde crainte de la Chine. Pour l’instant, les Américains d’origine asiatique vivent bien avec les autres Américains. Nous ne sommes pas pris pour cible. Mais il règne une hostilité étrange ; nous vivons une époque bizarre ».
La Chine est également responsable de ce manque de compréhension mutuelle, a ajouté Ker Gibbs, car « Pékin ne souhaite pas être compris. Il veut que le monde adhère à son discours. Il n’apprécie pas le journalisme d’investigation ». « Le Grand Pare-feu a isolé son économie numérique du reste du monde et a empêché nos champions nationaux d’y accéder », a assuré ce dernier.

Mark O’Neill a expliqué que Ker Gibbs a une histoire personnelle inextricablement liée à la Chine. De père américain de première génération d’origine européenne, il a combattu pendant la guerre de Corée comme cryptanalyste au sein des services de renseignement de l’armée.
Ker Gibbs a été envoyé à l’Institut des langues de la Défense à Monterey, où il a appris le chinois et est ensuite devenu un professeur émérite de sinologie.
Sa mère, d’origine chinoise, est née dans une famille aisée et très instruite, propriétaire de quelques terres. Elle s’est rendue à Taïwan, après la chute de Shanghai aux rangs des communistes en mai 1948, lors de la guerre civile. Elle avait alors 16 ans et a ensuite émigré aux États-Unis. Ker Gibbs est arrivé en Chine pour la première fois en 1985, alors que son économie avait la taille de celle du Portugal actuel.