Les 50 ans de la mort de Mao Zedong : héritage, controverses et mémoire

Le 9 septembre 1976, Mao Zedong mourait à Pékin, à l’âge de 82 ans. Cinquante ans plus tard, sa disparition demeure un événement majeur de l’histoire contemporaine de la Chine et du monde. Fondateur de la République populaire de Chine en 1949, dirigeant incontesté du Parti communiste chinois pendant près de trois décennies, Mao a profondément transformé son pays.

Son héritage reste cependant profondément ambivalent : pour certains, il demeure le symbole de l’indépendance nationale et de la fin des humiliations subies par la Chine ; pour d’autres, il incarne les excès du totalitarisme, les catastrophes économiques et les violences politiques qui ont marqué son règne.

Né d’une famille de paysan devenu président

Né en 1893 dans une famille de paysans relativement aisée du Hunan, Mao grandit dans une Chine fragilisée par les interventions étrangères, les divisions internes et l’instabilité politique. Au début du XXe siècle, l’Empire chinois s’effondre et la République peine à s’imposer. Dans ce contexte, Mao se tourne progressivement vers le marxisme et rejoint le mouvement communiste. Il devient l’un des principaux dirigeants du Parti communiste chinois, fondé en 1921 à Shanghai.

Après plusieurs décennies de guerre civile, d’affrontements avec les nationalistes du Kuomintang et de résistance à l’invasion japonaise, les communistes remportent la guerre civile chinoise. Le 1er octobre 1949, Mao proclame à Pékin la naissance de la République populaire de Chine. Cette victoire constitue un tournant historique. Après des décennies de guerres et d’ingérences étrangères, un pouvoir central fort est rétabli sur une grande partie du territoire chinois.

Les premières années de sa présidence sont consacrées à la reconstruction et à la transformation radicale de la société. La réforme agraire bouleverse la propriété foncière, tandis que l’État nationalise progressivement l’industrie et met en place une économie planifiée inspirée du modèle soviétique. Mao cherche à transformer la Chine en une grande puissance socialiste capable de rivaliser avec les pays occidentaux.

Cette volonté de transformation accélérée conduit toutefois au « Grand Bond en avant », lancé en 1958. Mao veut accélérer l’industrialisation et collectiviser davantage l’agriculture. Les communes populaires sont mises en place et la production agricole est soumise à des objectifs irréalistes. Les erreurs de planification, les mauvaises récoltes, les prélèvements excessifs de l’État et la désorganisation économique provoquent une famine gigantesque.

Après l’échec du Grand Bond, Mao se retrouve temporairement en retrait de la gestion quotidienne de l’économie, tandis que d’autres dirigeants, notamment Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, cherchent à rétablir la production et à améliorer la situation. Mais Mao considère que le Parti risque de s’éloigner de la révolution socialiste. Il décide alors de reprendre l’initiative politique.

En 1966 commence la Révolution culturelle. Mao appelle les jeunes à combattre les « éléments bourgeois » et ceux qu’il accuse de vouloir restaurer le capitalisme. Les Gardes rouges deviennent les instruments d’une vaste mobilisation politique. Des enseignants, intellectuels, responsables politiques et simples citoyens sont humiliés, persécutés ou emprisonnés. Les universités et une grande partie du système éducatif sont profondément désorganisés. Le patrimoine culturel est également attaqué au nom de la lutte contre les « vieilles idées ».

La Révolution culturelle provoque des violences considérables et déstabilise la société chinoise. Des millions de personnes sont affectées et le chaos atteint un tel niveau que l’armée est progressivement mobilisée pour rétablir l’ordre.

Un homme présent dans les mémoires

Malgré ces catastrophes, Mao conserve jusqu’à sa mort une influence considérable. Son portrait est présent dans l’espace public et son « Petit Livre rouge » est diffusé à grande échelle. Mao n’est plus seulement présenté comme un dirigeant politique, mais comme le guide idéologique de la révolution chinoise.

Sur le plan international, Mao joue également un rôle majeur. La Chine communiste cherche d’abord l’appui de l’Union soviétique, mais la rupture sino-soviétique des années 1960 transforme profondément les équilibres du monde communiste. Dans les années 1970, Pékin se rapproche des États-Unis. La visite historique de Richard Nixon en Chine en 1972 marque un tournant diplomatique fondamental en Chine et en Occident. Cependant, la Chine de Mao cherche ainsi à affirmer son indépendance entre les deux grandes puissances de la guerre froide.

Lorsque Mao meurt, le 9 septembre 1976, la Chine se trouve à un moment décisif. Quelques semaines plus tard, la « bande des Quatre », associée à la Révolution culturelle, est arrêtée. En 1978, Deng Xiaoping s’impose progressivement comme le dirigeant le plus influent du pays et lance une nouvelle orientation fondée sur les réformes économiques et l’ouverture progressive au monde extérieur.

La Chine post-maoïste ne renie pas complètement son fondateur. En 1981, le Parti communiste chinois adopte une résolution qui reconnaît les graves erreurs de Mao tout en maintenant qu’il a joué un rôle historique fondamental dans la révolution et la fondation de la République populaire. Cette position explique en partie pourquoi son portrait continue de dominer la place Tian’anmen et pourquoi son mausolée demeure un lieu de mémoire important.

« Vive le président Mao ! »

Cinquante ans après sa mort, le bilan de Mao est difficile à établir, mais il a surtout contribué à restaurer l’autorité de l’État chinois, à mettre fin à une longue période de fragmentation politique et à créer les bases institutionnelles de la Chine communiste.

La mémoire de Mao varie ainsi selon les générations et les milieux. Pour certains Chinois, notamment parmi ceux qui valorisent l’égalité sociale et la souveraineté nationale, Mao représente encore une figure historique majeure. Le père de la Chine moderne et fondateur de la République populaire de Chine. 

Lors des 50 ans de la mort de Mao, des fidèles et admirateurs de Mao se sont rassemblés le 9 septembre dans son village natal, devenu un site touristique, pour lui rendre hommage. Ils ont déposé des couronnes de chrysanthèmes, des bouteilles d’alcool et des cigarettes devant une statue de Mao haute de 10 mètres sur la grande place de Shaoshan, son village natal du Hunan.

Selon France24, dans la soirée du 8 septembre, plusieurs centaines d’admirateurs émus ont organisé une cérémonie devant la statue. Brandissant de vieux portraits du dirigeant et exemplaires du Petit Livre rouge, ils ont scandé « Vive le président Mao ! », et entonné des chants révolutionnaires.

Pour d’autres, Mao reste associé à la famine, aux tourments et aux traumatismes familiaux de la Révolution culturelle. Le pouvoir chinois lui-même entretient une mémoire sélective, reconnaissant certaines erreurs sans remettre en cause les fondements historiques du régime qu’il a créé.

Le cinquantième anniversaire de sa mort constitue donc moins une occasion de célébrer ou de condamner simplement une figure historique qu’un moment pour réfléchir aux transformations profondes de la Chine au XXe siècle. Mao a voulu construire une société nouvelle par la révolution permanente. Ses ambitions ont produit des transformations considérables, mais aussi des tragédies humaines d’une ampleur exceptionnelle.

Mao dans la Chine d’aujourd’hui

L’image de Mao reste très présente dans la vie publique chinoise, car son portrait surplombe toujours la place Tian’anmen, son visage figure sur les billets de banque, et sa dépouille embaumée repose dans un mausolée à Pékin qui attire une foule de visiteurs.

Selon le journaliste indépendant, Harsh Thakor, le village de Nanjie dans la province du Henan est qualifié de « dernier village maoïste de Chine« , où les habitants perpétuent des structures de propriété collective et une forte présence de l’imagerie maoïste. À Dazhai (Shanxi), autrefois érigé en modèle agricole national sous l’ère Mao, le tourisme tourne autour des souvenirs de cette époque. D’ailleurs, les boutiques de Dazhai regorgent d’articles entretenant le culte de la personnalité, tels que des affiches, des jeux de cartes, et le « Petit livre rouge ».

De nombreux journalistes et chercheurs ont relevé un regain d’intérêt pour Mao chez certains jeunes Chinois, dans un contexte marqué par le ralentissement de la croissance économique, un chômage élevé chez les jeunes et une concurrence acharnée pour l’emploi et l’éducation.

Certains reportages font état de jeunes établissant des parallèles entre les critiques de Mao à l’encontre des privilèges bureaucratiques et les préoccupations actuelles concernant les inégalités et le détachement des élites. D’ailleurs, une minorité d’entre eux porte un regard plus bienveillant sur les objectifs affichés de la Révolution culturelle, bien que les contenus en ligne fesant l’éloge de cette période ont été supprimés par les plateformes chinoises.

Toutefois, des observateurs soulignent que certains jeunes s’intéressant aux écrits de Mao moins comme à une idéologie politique que comme à une source informelle de développement personnel.

Harsh Thakor a indiqué que des universitaires tels que Kerry Brown (Lau China Institute, King’s College de Londres) et Mobo Gao (Université d’Adélaïde) ont tous deux noté, sous des angles différents, que le débat public sur l’ère Mao en Chine reste bridé par des récits historiques contrôlés par l’État, ce qui rend difficile l’évaluation de l’ampleur réelle de cette nostalgie. Tous deux attestent que les Chinois s’interrogent « sur ce qui a fait la Chine d’aujourd’hui ». Pour le chercheur Xu Chenggang, « tout ce que vous voyez dans l’espace public (…) reflète la ligne du Parti ».

 

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