Le terme « emploi flexible » est devenu viral en Chine après qu’une professeure d’économie a décrit le travail à la tâche (gig work) de « protection sociale », provoquant la colère du public et soulignant les profondes inquiétudes liées à l’insécurité de l’emploi.
Zhang Dandan, professeure d’économie et doyenne adjointe de la National School of Development de l’Université de Pékin, a tenu ces propos lors d’un débat sur la protection sociale des travailleurs de l’économie à la tâche dans l’émission financière populaire « Let’s Talk ». Elle a assuré que, du point de vue de l’économie du travail, « la flexibilité en soi est une forme de protection sociale ».
Pour Zhang Dandan, les salariés réguliers échangent la flexibilité de leur emploi du temps contre des retraites et d’autres avantages. Donc, selon elle, les travailleurs flexibles bénéficient d’un meilleur contrôle de leur temps, au prix d’une protection sociale plus faible.
Ces commentaires ont déclenché une vive polémique, les internautes ont accusé Zhang Dandan d’ignorer les dures réalités de l’économie à la tâche. La professeure n’a pas répondu à une demande de commentaire de la part de l’agence de presse, Reuters.
La polémique a éclaté car le sujet est sensible en Chine, où le ralentissement de l’économie rend les emplois stables à plein temps plus difficiles à trouver. En juillet 2026, le taux de chômage global en Chine s’établit à 5,2% dans les zones urbaines, tandis que le taux de chômage des jeunes (16-24 ans) atteint environ 17,9%.
Le China New Employment Forms Research Center, un groupe de réflexion, estime que le nombre de travailleurs flexibles — ceux qui n’ont pas de contrat permanent à plein temps — passera à 320 millions cette année, contre 280 millions en 2025. Cela représente environ 44 % de la population active urbaine de la Chine et équivaut approximativement à la population totale des États-Unis.
L’essor des emplois à la tâche en Chine, où les employeurs ne sont pas tenus de verser des cotisations d’assurance sociale, augmente les risques à long terme pour les systèmes de protection sociale et de retraite chinois déjà sous pression, selon certains experts du secteur.
L’éminent commentateur nationaliste Hu Xijin, ancien rédacteur en chef du journal étatique Global Times, a qualifié les remarques de Mme Zhang de « choquantes » et d’« inacceptables ». « Elle a payé le prix de sa réputation pour avoir parlé ainsi, et la responsabilité lui en incombe », a écrit Hu Xijin sur son compte Weibo, ajoutant qu’elle devrait « répondre à l’opinion publique, s’expliquer si nécessaire et s’excuser le cas échéant ».
Malgré les critiques, certains internautes ont souligné que la carrière académique de Zhang Dandan s’était largement concentrée sur la documentation des difficultés des travailleurs à la tâche et sur la défense de leur sécurité sociale. Elle indiquait en 2025 que les travailleurs à la demande représentaient environ 31% de la main-d’œuvre dans le secteur manufacturier chinois. Pendant les périodes de pointe, cette proportion peut atteindre 80% pour les grands fabricants employant plus de 10 000 travailleurs, avait-t-elle précisé.
Cependant, présenter la « flexibilité » comme un avantage par Zhang Dandan a été perçue comme un manque de sensibilité. « De tels commentaires de la part d’experts ne reviennent à rien de moins que de remettre du sel sur les plaies de ceux qui n’ont pas de sécurité d’emploi », a écrit un internaute.
Un autre internaute a fait part de la pression incessante à laquelle sont confrontés les livreurs et les coursiers, car « chaque jour, ils font la course contre l’algorithme de la plateforme à tout prix, sans repos… [le travail flexible] est précisément le plus inévitable des choix, pas une préférence ».