Tribune de Mbolatiana Raveloarimisa (L’Express de Madagascar) – En décembre 2015, un étage a pris feu dans les galeries d’un immeuble du quartier commercial de Behoririka. Presque jour pour jour, je me souviens très bien de ce qui a été écrit dans ce même texto. On a beau attirer l’attention sur la gravité de ce qu’y s’y passe mais il semble que l’imminence du danger n’est pas partagée. Ce n’est que quatre mois plus tard que la Commune Urbaine d’Antananarivo réagit.

On a prévenu et on continue à le faire. L’incendie dans cette hécatombe n’est que le début d’une longue série noire dans laquelle on retrouvera des centaines, voire des milliers de morts dans la capitale. Il ne faut pas être devin pour le savoir et ce n’est pas non plus une prémonition. C’est juste une logique.

Mbolatiana Raveloarimisa, de la Coalition des radios pour la consolidation de la paix. (Photo Facebook)

Mbolatiana Raveloarimisa, de la Coalition des radios pour la consolidation de la paix. (Photo Facebook)

Aussi, permettez-moi de reprendre mot pour mot ce texto d’il y a des mois. Dans les dédales de ces soit disant magasins il n’y a pas une seule bouche d’incendie, ni d’extincteur et encore moins de sorties de secours. Très surement qu’aucun architecte certifié n’a supervisé ces constructions. Il manque tellement d’aération et de luminosité. Juste à l’odeur des marchandises on suffoque.

Ce quartier est originellement un marécage aménagé en zone constructible au temps de la colonisation. Il reste de ces marais le petit lac qui est une cuvette de réception des flots pluviaux venant des quartiers avoisinants. Le sol y est alors meuble étant une zone de convergence et de stagnation des eaux. On n’y a jamais vu des engins pour forger des pieux de fondation afin de tenir de telles structures. Dans le contexte géo-morphologique de ce genre de milieu, aucun permis de construire ne devrait pourtant sortir sans des expertises du sol et des types de fondations en concordance avec le type de bâtiment.

Ces tours sont des colosses aux pieds d’argile qui risquent à tout moment de tomber. Il faut aussi savoir que, la plupart des bâtiments construits là sont ce qu’on appelle des structures métalliques. Comme tout métal, quand la pression sur lui est trop grande, il fléchit. Sans nul doute qu’aucune réglementation, ni vérification de sécurité ne sont faites pour voir la résistance des matériaux utilisés. Il serait très étonnant que des contrôles soient effectués par rapport aux charges de marchandises que l’on introduit quotidiennement dans ces magasins.

Ce château de cartes finira par brûler ou s’écrouler, c’est juste une question de temps. Mais le danger ne réside pas seulement dans cette agglomération éphémère mais dans sa situation stratégique. Quand viendra ce moment, il balaiera ce qui se trouve dans une zone d’au moins un kilomètre. Dans cette première couronne,  il y a deux stations d’essences qui risquent donc d’exploser : l’une au niveau du Lac, l’autre en haut, au niveau d’Ampandrana.

L’explosion de ces stations impactera sur la deuxième couronne qui compte également quatre stations d’essence : au niveau d’Antaninandro ambony, Antaninadro près du pont, Ankadifotsy et Behoririka ambony. De fil en aiguille, tous ces quartiers seront balayés par des incendies meurtriers. Il ne faut pas également oublier l’un des plus grands stockages de carburant d’Antananarivo qui est la gare de Soarano.

Pure fiction penserons certains. C’est un risque à prendre sérieusement en compte. Et comme d’habitude, les grandes questions resteront sans réponse : qui sont les fous qui ont osé donner les permis de construire à ces hécatombes ? Qui sont les irresponsables qui ont été corrompu par quelques malheureux milliards d’Ariary et qui mettent en péril la vie de milliers de gens ?

Car quand Behoririka brûlera, toute la ville sera en danger. Nous savons à quel point les flammes d’un incendie peuvent être incontrôlables, surtout dans ce genre de vieux quartier où les maisons sont collées les unes aux autres et où il n’y a que des ruelles piétonnes comme passage.

Entre Behoririka et le dépôt de la Logistique Pétrolière d’Ankorondrano, il n’y a qu’un pas. La sécurité de toute la ville passe inexorablement par un rappel à l’ordre dans ce tissu urbain désorganisé. Il n’est pas encore trop tard, mais il faut avoir les tripes pour le faire. Démantelez dès maintenant ou construisez des tombes.

Espérons donc que le soudain réveil de la Commune Urbaine d’Antananarivo, face à ce qui se passe dans ce quartier, soit vraiment le fruit d’une prise de conscience. Car beaucoup pourraient penser que cette action n’est qu’une scène pour renchérir les pots de vin journaliers que ces Chinois versent à on ne sait qui. Car il est indéniable de dire que Behoririka, c’est presque la cour de l’Hôtel de ville.

Les responsables qui y travaillent tous les jours ne peuvent pas dire qu’ils n’ont pas vu ces bâtiments pousser comme des champignons. Alors, ces magasins ont pu ouvrir car des agents de la ville n’ont pas fait leur travail ou qu’ils ont laissé faire car ils y trouvent un intérêt financier. Pourquoi ? Dans l’un ou l’autre cas, il y a défaillance professionnelle. L’urbaniste que je suis se félicite de cette décision, mais je me pose la question : « jusqu’où oseront aller les soi-disant bonnes volontés ?».

Ce qui serait le plus logique dans un tel cas de mise en danger de la population est l’ouverture d’une enquête interne pour savoir qui a failli à ses obligations. Dans les jours à venir, des responsables devraient être traduits en justice pour incompétence et corruption. Mais en plus, tout Behoririka devrait être démantelé car aucune de ces structures ne suit les normes de sécurité.

En se plongeant dans cette affaire, le maire et son équipe joue Kit ou double : aller jusqu’au bout et prouver qu’il ne s’agit nullement de renchérir les pots de vin ou de se dédire et prouver le bis repetita dans les mauvaises pratiques au sein de la commune urbaine d’Antananarivo.

Mbolatiana Raveloarimisa, secrétaire exécutif de la « coalition des radios pour la consolidation de la paix »