Les compagnies aériennes hongkongaises véhiculent une image superficielle de leurs hôtesses de l’air. Mais dans la réalité, des hôtesses dénoncent de plus en plus un secteur aérien sexiste et miné par le harcèlement sexuel.

Loin du mouvement #MeToo, plusieurs hôtesses interrogées par l’Agence France Presse évoquent des cas de harcèlement de la part de passagers ou de collègues. Leurs supérieurs hiérarchiques et les transporteurs minorent le problème.

Venus Fung, présidente du Syndicat des personnels de cabine de Hong Kong, milite pour que les compagnies proposent des formations aux hôtesses afin qu’elles puissent faire face au harcèlement.

Formant ses collègues féminines sur la manière de dénoncer des faits de harcèlement ou d’appeler à l’aide, elle affirme que le problème ne se réglera pas sans un changement en profondeur des mentalités dans une société restée très conservatrice.

« Avec son uniforme, ses talons et son maquillage, une hôtesse de l’air a l’air super apprêtée. Il y a beaucoup de fantasmes sur cette profession et c’est dur de changer les perceptions mais cela ne doit en aucun cas être une excuse pour les mauvais comportements« , a expliqué Venus Fung. « L’éducation est cruciale pour changer les attitudes. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. »

En 2017, l’Association du personnel de cabine des Etats-Unis avait appelé les dirigeants des compagnies aériennes américaines à « renoncer à l’habitude ancienne » de considérer le « personnel de bord comme des objets ».

Pourtant, la compagnie vietnamienne, Vietjet, n’a pas hésité à faire circuler dans ses avions lors des vols inauguraux des hôtesses en bikini. La compagnie publie d’ailleurs chaque année un calendrier avec des mannequins dénudés posant dans des avions.

Selon un manuel officiel de la compagnie hongkongaise Cathay Pacific, les hôtesses doivent porter du fard à paupières, du rouge à lèvres et du vernis à ongles dans des teintes codifiées, et les vérifier à intervalles réguliers.

En mars, Cathay Pacific a annoncé qu’elle donnerait à ses hôtesses, lors du prochain renouvellement d’uniformes, la possibilité de porter un pantalon, ce qui mettra fin à 70 ans de jupe obligatoire.

Dora Lai, cheffe de cabine et responsable syndicale chez Cathay, reconnaît que l’option pantalon constitue un pas vers l’égalité. Mais le harcèlement sexuel ne s’arrêtera qu’avec une prise de conscience du personnel et du public.

Cette dernière déplore les publicités utilisant des femmes avenantes pour faire la promotion du « sex appeal » supposé de l’industrie aérienne au lieu de mettre en avant les compétences professionnelles des hôtesses.

En dépit du lancement en mars, pour tous les personnels de cabine de Cathay, d’une nouvelle formation en ligne avec une partie consacrée au harcèlement sexuel, son syndicat déplore que certains chefs de bord continuent de ne pas soutenir les hôtesses, qui dénoncent des comportements déplacés.

Interrogée par l’AFP, la compagnie hongkongaise a souligné qu’elle fournissait une formation à tous ses employés sur « la prévention et l’élimination des discriminations et du harcèlement sur le lieu de travail ».