Après des années de distance avec la Chine, le Royaume-Uni est devenu en quelques jours le premier pays occidental à avoir intégrer la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), créée par la Chine. Une adhésion très critiquée par Washington, mais qui s’est avérée être un vrai coup de poker. Après son adhésion, de nombreux pays européens ont intégré la BAII, faisant de Londres, un acteur incontournable pour Beijing.

D’ailleurs, cette victoire pour les autorités chinoises a marqué une nouvelle ère dans les relations sino-britannique, notamment après la visite du Dalaï-lama en Grande Bretagne, qui avait contrarié la Chine, en 2012. Depuis le Premier ministre britannique David Cameron a tout fait pour reconstruire les liens.

Un tournant dans les relations bilatérales

Deux jours avant l’arrivée de Xi Jinping, le Premier ministre britannique avait assuré sur la chaîne CCTV que la visite du président chinois sera « sera un moment très important dans les relations sino-britanniques, qui sont très bonnes, quelque chose comme un âge d’or dans notre relation ».

Le président chinois Xi Jinping et David Cameroun, Premier ministre britannique

Le président chinois Xi Jinping et David Cameroun, Premier ministre britannique

« Le changement que nous allons observer porte à l’évidence sur l’investissement dans nos infrastructures, sur les entreprises chinoises qui embauchent des gens et qui créent des emplois. Mais je pense que c’est aussi une grande victoire pour la Chine d’avoir accès à un pays qui est un membre de premier plan de l’UE et qui jouit de nombreux autres contacts et rôles à travers le monde« , a cité l’agence de presse, Reuters.

D’ailleurs, George Osborne, ministre britannique des Finances, clamait le mois dernier lors d’une visite en Chine, qu' »aucune économie n’est aussi ouverte aux investissements chinois que le Royaume-Uni« . La Grande Bretagne est le pays de l’Union Européenne qui enregistre la plus forte croissance des investissements chinois, et plus de 500 entreprises chinoises ont investi dans le pays.

Cependant, la volonté de David Cameron de sortir de l’Union Européenne (référendum prévu en 2017) inquiète les autorités chinoises. Ces dernières considèrent la Grande Bretagne comme le garant du libre-échange dans la région, sa sortie pourrait affaiblir l’union, qui reste pour Beijing un contrepoids essentiel face aux États-Unis sur la scène internationale.

D’autant que le Royaume-Uni est le 2nd partenaire commercial de la Chine, le 2ème pays d’origine des investissements réels et la 2ème destination des investissements chinois au sein de l’Union européenne. De son côté, la Chine est le 4ème partenaire commercial du Royaume-Uni, avec un volume commercial de 80,9 milliards de dollars (71,19 milliards d’euros) en 2014, ce qui représente une hausse de 15,3%.

Mettant de côté la question des Droits de l’Homme, David Cameron espère une évolution marquante « sur l’investissement dans les infrastructures, sur les entreprises chinoises qui embauchent des gens et qui créent des emplois » en Grande-Bretagne. Ce dernier a estimé que « c’est aussi une grande victoire pour la Chine d’avoir accès à un pays qui est un membre de premier plan de l’UE et qui jouit de nombreux autres contacts et rôles à travers le monde ».

Enjeu de la visite : des transactions en yuans

Interrogé par le site suisse 20minutes, Michael Gestrin, économiste à l’OCDE, a indiqué que les chinois ont financé en Grande Bretagne près de 70 milliards de dollars (61,6 milliards d’euros) de fusions et acquisitions depuis 2008. Depuis une dizaine d’année, le Royaume-Uni est d’ailleurs la principale destination des investissements chinois, excepté Hong Kong.

George Osborne, ministre britannique des Finances au côté du Premier ministre chinois, Li Keqiang, en septembre 2015 à Beijing

George Osborne, ministre britannique des Finances au côté du Premier ministre chinois, Li Keqiang, en septembre 2015 à Beijing

Pour Danae Kyriakopoulou, du Centre for Economics and Business Research de Londres et co-auteure d’un rapport sur le sujet, la Chine pourrait investir près de 105 milliards de livres (142,8 milliards d’euros)  entre 2015 et 2025, notamment dans l’énergie, l’immobilier et les transports. Toutefois, Beijing souhaite que la Grande-Bretagne accorde aux entreprises chinoises les mêmes possibilités d’accès à son marché que les autres entreprises.

Pour s’assurer ces facilités, la Chine s’est dite prête à renforcer sa coopération financière avec Londres. « Quand les conditions seront réunies, la Chine est prête à envisager un renforcement de la connexion des marchés financiers des deux pays », a indiqué Xi Jinping. D’autant plus que Londres espère devenir une plateforme d’échange majeure pour les transactions sur le yuan.

En effet, le Royaume Uni pourrait devenir la première place financière hors de Chine et de Hong Kong à accueillir des émissions d’obligations souveraines chinoises. D’ailleurs en octobre 2014, le ministère des Finances avait sélectionné trois banques pour émettre une obligation souveraine en yuan : Bank of China et les britanniques HSBC et Standard Chartered, toutes deux solidement implantées en Asie.

George Osborne avait lancé « le processus pour la première obligation britannique en yuans, la première du genre de la part d’un pays occidental. C’est une nouvelle étape pour renforcer la position de la Grande-Bretagne comme centre de la finance mondiale ». Ce dernier a indiqué que l’obligation sera lancée en fonction des « conditions de marché ».

Ainsi, les autorités britanniques se sont lancées dans une opération de séduction visant à attirer les capitaux chinois dans la City, où ont déjà lieu près de 60% des échanges en yuans réalisés en dehors de la Chine. La visite de Xi Jinping devrait consolider les liens et permettre la signature d’importants contrats.