La cinéaste taïwanaise Huang Hui-chen a passé 20 ans à filmer ses relations douloureuses avec sa mère, surnommée Anu. Une relation complexe filmée pour favoriser les débats sur l’homosexualité et l’éducation.

« Small talk » a remporté en févier 2017 le Teddy Award décerné par le Festival International du Film de Berlin, dans la catégorie « films portant sur la thématique LGBT ».  

Pour le jury, ce documentaire est « la représentation courageuse » de l’histoire familiale de la réalisatrice, « qui donne au public un regard intérieur sur une culture » peu connue. « Ce documentaire puissant réussit à avoir une importance universelle et extrêmement intime en même temps », note le site de Teddy Award.

Ri Chang Dui Hua (Small Talk)

Le film sort dans les salles en avril, alors que le Parlement taïwanais devrait voter une loi sur la légalisation du mariage entre personnes du même sexe. De plus, en ce moment, la Cour constitutionnelle examine des recours cruciaux, qui, s’ils sont acceptés, pourraient aussi faire de l’île le premier territoire asiatique à autoriser le mariage gay.

Or dans les années 1970, l’homosexualité n’était pas acceptée. Huang Hui-chen explique à l’Agence France Presse, qu’ à l’âge de 11 ans, elle avait entendu deux personnes âgés de sa famille dire de sa mère qu’elle était anormale, la qualifiant de « tongzhi », ce signifie une personne gay.

S’ensuit un question de la part de la jeune femme, qui sait que sa mère, Anu a été marié à un jeune âge, comme de nombreuses jeunes femmes dans les années 1970. Après avoir eu deux enfants, elle divorce de son mari violent et élève ses filles seule.

Dès lors, ses relations sont uniquement avec des femmes, qui comme elle, sont des prêtresses taoïstes. Anu s’est spécialisées dans un rituel visant à « guider les morts », surtout pratiqué dans les chambres funéraires et les cimetières. Après avoir vu un équipe cinématographique filmé un des rituels de sa mère, elle se passionne pour la réalisation.

Autodidacte, elle décide de filmer ses discussions avec sa mère, ses frères et sœurs, et les relations féminines de sa mère. Le documentaire montre ainsi de longues discussions entre mère et fille, finissant généralement par un long et lourd silence.

La cinéaste explique que sa mère n’a jamais évoqué son homosexualité avec elle, expliquant qu’elle était surtout « distante », préférant porter « toute son attention sur ses amies« . « En surface, nos relations étaient paisibles mais des courants violents faisaient rage en profondeur », a-t-elle expliqué à l’AFP.

D’ailleurs, les sujets de conversation filmés portent – entre autre – sur la confiance, les abus et la connaissance. Pur le jury de Teddy Award, Huang Hui-chen montre « une image de l’évolution des conditions de vie de trois générations de femmes à Taïwan ».

La cinéaste, âgée de 39 ans, explique qu’elle « veut aider les jeunes générations qui se sentent isolées et sous-estimées ». Pauvre, déscolarisée, elle explique que « les enfants qui ne vont pas à l’école, les gens qui ‘guident les morts’, une fille avec une mère ‘tongzhi’, tous ceux là valent plus que l’étiquette que leur colle la société ».

« Ce documentaire, c’était pour mieux comprendre ma mère mais aussi pour qu’elle me comprenne mieux », a indiqué Hui-chen Huang, espérant favoriser le débat sur les droits des homosexuels, l’éducation et les parents célibataires.