Ce lundi s’est ouvert à huis clos à Beijing, la réunion du Comité central du PCC afin de déterminer le 13ème plan quinquennal, qui couvrira la période 2016-2020. Après 4 jours de débat, la direction du parti fournira les grands objectifs à atteindre pour le pays, dans un contexte de ralentissement économique.

Depuis une semaine, observateurs et experts commentent ce grand rendez-vous. Pour certains, il s’agira de mettre en avant la croissance avant les réformes et pour d’autres, il y a nécessité à agir car la croissance chinoise tire la croissance mondiale, à hauteur de plus de 30%.

Croissance vs Réforme

Quartier de Xidan

Quartier de Xidan

Interrogé par l’agence de presse Reuters, Zhou Hao, économiste de la Commerzbank à Singapour, a expliqué qu’il « semble que la croissance a pris le pas sur les réformes, ce qui pourrait stabiliser le marché à court terme mais accroîtra les facteurs de déstabilisation à moyen terme ».

Beijing a besoin d’une croissance proche de 7% par an d’ici 2020, pour atteindre l’objectif fixé de doublement du produit intérieur brut et du revenu par tête, par rapport aux niveaux de 2010.

Toutefois, la Chine subit les conséquences de la crise économique mondiale, avec une chute record de ces exportations, un indice du secteur manufacturier (PMI) au plus bas, … Des signes d’un ralentissement, bien que tous s’accordent à dire que les fondements de l’économie chinoise sont stables.

C’est sans oublier, la chute de 30% des bourses de Shanghai et Shenzhen et les dévaluation du yuan sur les marchés financiers internationaux qui ont joué un rôle dans le tumulte actuel.

Cependant, à Beijing, le gouvernement tente l’apaisement, assurant qu’une croissance autour de 7% est possible et rappelant que la Chine n’a pas être l’unique moteur de la croissance mondiale, bien qu’elle y contribue à près de 30%.

Le ton est donné : la Chine se réforme et entre dans une « nouvelle norme« , mais surtout « elle ne sera plus l’usine du monde ; la croissance à deux chiffres, c’est fini ! Elle sera désormais tirée par l’innovation et la demande intérieure« , a expliqué Virginie Mangin, sur LaTribuine.fr.

En effet, d’autant que l’ensemble des experts interrogés par l’Agence France Presse assurent que la Chine, après plus de 20 ans de boom économique, « doit éviter le piège qui a affecté le Japon et guette les pays émergents ayant atteint un niveau de revenus intermédiaire : une croissance et une productivité déclinantes affectant leur compétitivité, connu sous l’appellation de trappe à revenu intermédiaire » (middle income trap) ».

Les récentes turbulences financière, ajoutées à des indivateurs en baisse laissent craindre un effet de contagion aux économies fortement liées à la Chine. Pour le directeur du quotidien économique Les Echos, Nicolas Barré, « pendant les cinq années de ce treizième plan, la Chine s’établira définitivement comme la première superpuissance mondiale ou connaîtra des convulsions majeures. Dans les deux cas, les conséquences stratégiques seront considérables » pour les pays partenaires.

Investir et changer de modèle

D’ailleurs, s’ouvre aujourd’hui le Sommet Inde-Afrique, durant lequel le Premier ministre Narendra Modi compte profiter du ralentissement économique de la Chine pour s’allier les dirigeants africains, inquiets et désireux de s’assurer des besoins de l’Inde en matières premières.

photo chine standardS’ajoute la récente visite du président Xi Jinping au Royaume-Uni, où il a confirmé la volonté du gouvernement du Premier ministre, David Cameron, de faire de la City, « la tête de pont financière chinoise en Occident ».

Dans le cadre de ce nouveau plan quinquennal, les autorités chinoises devraient augmenter les dépenses d’investissement qui pourraient être l’un des leviers de relance. Parmi la centaine de projets prévus en Chine et dans le monde, il y aurait la construction de nouvelles routes, de nouvelles lignes de chemin de fer et d’autres projets d’infrastructures principalement en Asie centrale, afin de pérenniser l’intégration régionale et d’installer la nouvelle politique de la nouvelle route de la soie.

La prochaine feuille de route pourrait mettre l’accent sur les récentes mesures prises dans la protection de l’environnement, avec un centrage sur les énergies renouvelables. « Le gouvernement doit recourir aux restrictions énergétiques, en particulier sur le charbon, pour poursuivre la transformation de la structure économique », a expliqué à l’AFP, Lin Boqiang, directeur du Centre chinois pour la recherche en économie énergétique, dans un éditorial du China Daily.

Selon Kevin Yao de l’agence Reuters, « si l’accent est mis comme attendu sur la croissance lors de la réunion plénière du PCC, des interrogations ne manqueront pas d’être soulevées sur la détermination des autorités à mener à bien leur ambitieux programme de réformes structurelles ».

Pour André Loesekrug-Pietri, fondateur de A Capital, fonds d’investissement européen présent en Chine et en Europe, « la vraie question, c’est : la nouvelle économie va-t-elle compenser la destruction de l’ancienne ? ». Ce dernier a expliqué à LaTribune.fr qu’en 2014, « la Chine représente près de 40% de la croissance mondiale. Le marché chinois étant à présent le plus important dans un grand nombre de secteurs, c’est la première fois que quelque chose d’important en Chine comme le ralentissement de la croissance a des répercussions mondiales. C’est tout à fait historique. »

Raison pour laquelle le 13ème plan quinquennal du PCC a une aussi grande importance pour les économistes et observateurs.