Antelope Reef, ancien récif submergé il y a un an, est désormais une île artificielle de 607 hectares, possédant une longue piste d’atterrissage en construction, alors que la militarisation de la mer de Chine méridionale par la Chine s’accélère.
De nouvelles images satellites, fournies à TWZ par Vantor, montrent les constructions réalisées par la Chine après dix mois de dragage ininterrompu. Il y a désormais une île artificielle de près de 600 hectares dotée d’un port en eau profonde, d’un quai de plus de 600 mètres pouvant accueillir des navires de guerre et des prémices d’une piste d’atterrissage militaire de 3 000 mètres.
Antelope Reef est le dernier-né, et l’un des plus vastes, avant-postes artificiels de la campagne agressive menée par Pékin pour militariser et dominer la mer de Chine méridionale.
La « première phase » de la construction est désormais achevée, selon un article de l’agence de presse britannique, Reuters, après le départ d’une flotte de dragues qui étaient sur place depuis des mois. Vantor, une société spécialisée dans l’intelligence spatiale, a partagé avec le site d’information TWZ des images datées du 11 août montrant les résultats de cette transformation rapide, a écrit Ian Ellis-Jones, responsable du développement d’audience de TWZ, analyste et chercheur en OSINT.
Au début de l’année 2026, des informations ont fait état d’une activité inhabituelle de la part de la Chine autour du récif, situé au nord-ouest de la mer de Chine méridionale, à environ 160 milles nautiques au sud de Hainanet à 200 nm à l’est de Da Nang (Vietnam). Une flotte de dragues à désagrégateur chinoises est apparue à la fin de l’année 2025, se rassemblant à l’estuaire de la rivière des Perles. Elles ont circulé avec leurs transpondeurs AIS désactivés, et une fois sur place, elles ont travaillé pour déplacer du sable du fond marin et créer du terrain en surface.
Le rythme de construction et la vitesse d’évolution témoignent des progrès considérables réalisés par la Chine en matière de remblaiement et d’aménagement du territoire. En moins de douze ans, la Chine a dragué plus d’un million de tonnes de sable pour gagner environ 600 hectares de terres. L’île mesure 6 kilomètres de long et est entourée de digues et de routes internes. Des travaux sont toujours en cours sur trois sites principaux autour du lagon, que vous pouvez voir sur le graphique ci-dessus.
Antelope Reef, ou Lingyang Jiao pour les Chinois, Đá Hải Sâm pour les Vietnamiens, fait partie de l’archipel du Croissant, dans la chaîne des îles Paracels. La Chine occupe les Paracels depuis 1974, mais ce territoire est toujours disputé par le Vietnam et Taïwan, selon Ian Ellis-Jones.
Les images satellites de Vantor montrent plusieurs éléments notables sont discernables et ont été initialement identifiés par l’Asia Maritime Transparency Initiative (AMTI). Au nord-ouest, des travaux sont en cours pour la construction d’une piste d’atterrissage de 3 048 mètres de long et 55 mètres de large, similaire à celles de Fiery Cross, Subi Reef, Mischief Reef et Woody Island. Seule la partie nord-ouest de l’île est suffisamment longue pour accueillir une piste capable d’accueillir de gros avions militaires et commerciaux. Les travaux de terrassement semblent à mi-chemin, mais le béton n’a pas encore été coulé. L’AMTI a également repéré des fouilles pour une structure de 61 mètres sur 61 à proximité, dont l’emprise au sol est identique à celle des grands hangars d’avions des autres aéroports insulaires chinois.
Sur la partie sud de l’île, un quai de 680 mètres permettant l’accostage de navires militaires et civils dans le lagon est clairement visible. La partie est de l’île abrite la seule portion de la base actuellement en activité, avec des espaces verts, une hélisurface, des parkings, ainsi que des bâtiments administratifs et des logements. Des jetées temporaires sont visibles aux principaux points d’accès. Deux centrales à béton, situées le long des rives nord-ouest et sud du lagon, participent aux travaux de construction, selon TWZ qui n’a pas confirmé de manière indépendante les évaluations d’AMTI.
Selon les médias d’État chinois, Antelope Reef sera utilisée à des fins commerciales et civiles. En 2025, le président chinois Xi Jinping, aux côtés du président Barack Obama, a déclaré dans la roseraie de la Maison-Blanche que « la Chine n’a pas l’intention de militariser » la mer de Chine méridionale. « Les travaux de construction menés par la Chine dans les îles Nansha ne visent ni n’affectent aucun pays et il n’y a aucune intention de militariser ces îles », a-t-il affirmé, utilisant le nom chinois des îles Spratleys, objet de litige.
La Chine a construit de nombreuses îles artificielles servant de bases militaires et les utilise pour affirmer ses revendications territoriales, provoquant des tensions avec ses voisins de l’autre côté de la ligne en neuf traits, au mépris flagrant de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM).
Le récif d’Antelope occupe une position stratégique clé au sud du port de Sanya et de la base navale de Yulin, sur l’île de Hainan. Cette zone abrite deux des trois porte-avions de la marine de l’Armée populaire de libération, le CNS Shandong et le CNS Fujian, ainsi qu’une importante force sous-marine à la base navale de Longpo.
Une base militaire à cet endroit permettrait d’étendre la couverture radar et de surveillance électronique de l’APL, d’ajouter un aérodrome dispersé à son réseau de bases aériennes pour les lancements de missions et un port supplémentaire pour l’accostage des navires, et d’étendre encore davantage le vaste dispositif de défense aérienne chinois, a expliqué Ian Ellis-Jones, responsable du développement d’audience de TWZ, analyste et chercheur en OSINT.
Ce dernier a expliqué que cette constellation d’îles artificielles serait essentielle pour asseoir un contrôle total sur la mer de Chine méridionale, en servant de nœuds clés pour le déni d’accès et l’interdiction de zone (A2/AD). Ces îles servent déjà de plateformes logistiques et de centres de surveillance permanents, entre autres. Plus la Chine étend sa présence en mer de Chine méridionale, plus ses options se multiplient et plus ses capacités de déni d’accès sont crédibles.