Le 40ème anniversaire de la présence médicale chinoise en Centrafrique a été commémoré dans les locaux de l’ambassade de la République populaire de Chine à Bangui hier mercredi 12 décembre 2018 de 17h30 à 19h.

L’événement a été rehaussé de la présence des trois premières personnalités centrafricaines à savoir le président de la république, chef de l’Etat, Professeur Faustin Archange Touadéra, le président de l’Assemblée nationale, l’honorable Laurent Moussa Ngon-Baba, et le Premier ministre, chef du gouvernement, Dr Simplice Mathieu Sarandji. Du côté centrafricain on notait également la présence du ministre de Santé et de la population, Docteur Pierre Somsè, et du président du Groupe d’amitié parlementaire RCA-Chine, l’honorable Ghislain Makango, député de la circonscription de M’Baïki 5 (Bagandou).

Côté chinois, on notait la présence de l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République populaire de Chine en Centrafrique, Son Excellence Chen Dong et ses proches collaborateurs. Monsieur Jiao Longqi, attaché culturel près l’Ambassade de Chine à Bangui, a joué le rôle de maestro de la cérémonie qui s’est déroulée en trois étapes.

Projection d’une vidéo sur l’histoire de la Mission médicale chinoise en Centrafrique

15 mai 1978 – 15 mai 2018, la Mission médicale chinoise (MC) en Centrafrique a quarante (40) ans. Cette commémoration en différé des quarante ans de cette heureuse coopération médicale entre les deux pays a été relatée d’une manière vive par un documentaire en vidéo de 15 minutes qui présente un intérêt majeur.

En effet, c’est le 15 mai 1978 que la première Mission médicale chinoise est arrivée en Centrafrique. Elle a été appuyée par la Province du Zhejiang (au nord-est de la Chine) proche de Shanghai, la capitale économique de l’Empire du Milieu. Cette mission s’était particulièrement illustrée par ses activités intenses à M’Baïki, chef-lieu de la préfecture de la Lobaye au sud de la RCA, à 107 km de la capitale.

On retiendra de la Mission médicale chinoise de M’Baïki des activités de consultations en médecine générale, de chirurgie générale et ophtalmologiques, des examens de laboratoire, des prestations de pharmacie, de recherches et de productions de médicaments à base de la pharmacopée locale, preuve de la vitalité de la médecine traditionnelle chinoise dont les particularités sont la phytothérapie, la naturothérapie et l’acupuncture, autrement dit l’utilisation de tous les éléments et moyens naturels à des fins thérapeutiques ou de traitement des maladies et symptômes de maladie.

L’ambassadeur Chen Dong et le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra

La qualité des prestations de la Mission médicale chinoise à M’Baïki était reconnue de tous et à la grande satisfaction non seulement des populations locales, mais aussi de celles de la capitale Bangui et des autres régions de la RCA qui faisaient le voyage de M’Baïki pour gagner en santé. Ainsi, dans les années 80, l’hôpital de M’Baïki était pour les Centrafricains dans le domaine de la santé, ce que l’Egypte pharaonique était pour les Grecs et autres Occidentaux dans les domaines de science et de philosophie: un passage obligé pour gagner en connaissance et en notoriété.

Seulement, il s’est produit là un grand choc inoubliable à savoir: le décès accidentel en 1985, du chef de ladite mission médicale, Docteur Cheng Jizhong, laissant ses coéquipiers et la population bénéficiaire des prestations dans une tristesse terrible. Mais comme Dieu sait faire des choses, Il a compensé ce manque terrible par la vocation au métier de médecin d’un autre Cheng, l’unique fils du défunt, qui est devenu un chirurgien de renommée.

Le jeune était en terminale à l’époque lorsque son père décédait. «Mon métier de médecin est un prolongement du travail de mon père», aime à le dire le jeune médecin chirurgien Cheng. Cela nous fait penser à Barthélémy Boganda, président fondateur de la République centrafricaine, qui disait justement: «Tout bon fils est l’image de son père». Et le commentateur de rappeler qu’avec les Centrafricains le père Cheng et ses compatriotes chinois ont créé «le miracle de la vie», autrement dit l’état de bien être physique, moral et mental permanent.

Le documentaire vidéo a présenté également la plus grande réalisation de la coopération médicale chinoise en Centrafrique, à savoir le Centre hospitalier universitaire de l’Amitié inauguré en 1988, centre où est installée en permanence la Mission médicale chinoise.

Le compatriote Elie Nganaféï, Technicien supérieur de santé, Assistant à la Mission médicale chinoise de l’Amitié depuis 20 ans, a fait un témoignage élogieux de la contribution des médecins et paramédicaux chinois à l’amélioration de la santé des populations centrafricaines qui y vont pour des consultations et traitements en médecine générale, en chirurgie, ophtalmologie, acupuncture, pédiatrie, gynécologie et en médecine traditionnelle chinoise.

On retiendra de ce documentaire vidéo qu’en quarante ans de coopération médicale chinoise en faveur de la RCA il y a eu, en termes de statistiques:

  • 16 équipes médicales chinoises (dont la dernière a été redéployée en novembre 2017), avec un total de 254 médecins;
  • vingt mille (20.000) cas d’opérations effectuées;
  • deux millions (2.000.000) de patients consultés et traités;
  • deux hôpitaux de référence construits par la Chine (Amitié au quartier Fouh dans le 4ème arrondissement de Bangui, et Madame Elisabeth Domitien à Bimbo);
  • plusieurs dons de médicaments antipaludéens;
  • plusieurs dons de matériels médicaux et outils informatiques;
  • la réhabilitation de l’hôpital de l’Amitié en 2010;
  • plusieurs missions de consultations et de prises en charge médicales des enfants de l’ONG Village d’Enfant SOS et des pygmées dans les villages situés entre 90 et 100 km de la capitale;
  • l’organisation de plusieurs séminaires et stages de formation pour le renforcement des capacités des médecins et des paramédicaux centrafricains aussi bien en Chine qu’à Bangui;
  • l’octroi des bourses d’études de longue durée à des médecins centrafricains pour des spécialisations en Chine;
  • projet de réhabilitation de l’hôpital Maman Elisabeth Domitien de Bimbo;
  • projet d’installation d’un scanner médical à l’hôpital de l’Amitié en 2019.

Enfin, le secteur santé occupe une place de choix dans les accords de coopération signés entre le président chinois Xi Jinping et son homologue centrafricain Faustin Archange Touadéra le 6 septembre 2018 à Beijing, en Chine, en marge du 5e Sommet du Forum de coopération sino-africaine.

Des discours poignants

Trois discours ont émaillé la cérémonie du 12 décembre à l’ambassade de Chine. Il s’agit d’abord de celui de l’honorable Ghislain Makango, député de Bagandou, président du Groupe d’amitié parlementaire RCA-Chine. Il s’est félicité de la qualité des relations entre les deux pays au niveau de leurs parlements respectifs.

Il s’est réjoui des dons en ordinateurs et matériels bureautiques faits par l’ambassade de Chine à l’Assemblée nationale centrafricaine et des visites effectuées en Chine par 27 députés centrafricains en 2017 et 25 autres en 2018. Il ne doute pas qu’il en aura encore en 2019.

Il s’est félicité également de la visite effectuée le 7 décembre dernier par la Mission médicale chinoise à Bagandou et a également émis le vœu que d’autres localités du pays en difficulté de santé soient aussi visitées par ladite mission.

A son tour de parole, l’ambassadeur Cheng Dong a utilisé la métaphore chinoise de la baguette cassée par des frères d’une famille en dispute, pour appeler les Centrafricains à l’entente dans l’union. Car «l’union fait la force», dit-il. Et de marteler: «Ce que nous souhaitons, c’est l’union des Centrafricains. Malheureusement, les violences se sont produites récemment à Bambari, Alindao, Ippy, et des centaines de Centrafricains sont plongés dans la misère», a-t-il regretté.

Il a exprimé par ailleurs sa joie sur deux faits récents de l’actualité centrafricaine marquant l’idée d’union qui fait la force à savoir: le cri d’alarme de tous les députés de l’Assemblée nationale au Conseil de sécurité et au Comité de sanction des Nations unies pour la levée de l’embargo qui frappe l’armée centrafricaine, et la naissance du Mouvement cœurs unis qui, dit-il, «rassemble une vingtaine des partis politiques, organisations non gouvernementales et la société civile. C’est l’union qui fait la force».

Enfin, le diplomate chinois a émis le vœu que son pays et la RCA s’unissent étroitement «pour construire une Communauté de destin».

Rappelant brièvement l’histoire des 40 ans de la Mission médicale chinoise en Centrafrique, M. Dong n’a pas manqué d’évoquer «la tragédie survenue le 4 octobre 2018 à Sosso-Nakombo» avec notamment le lâche assassinat de trois ressortissants chinois.

Il a reconnu le sens de responsabilité du gouvernement centrafricain qui a procédé rapidement à l’arrestation des 17 suspects et s’est félicité en outre du sens de solidarité de l’Assemblée nationale qui a mobilisé 82 députés qui ont contribué par des cotisations financières au bénéfice des parents des victimes, et la signature d’un Livre de condoléances.

Il a conclu avec un ton grave en ces termes: «Vos actes prouvent que personne ne pourra saboter l’union des peuples centrafricain et chinois, personne ne pourra ralentir la coopération de nos deux pays frères, personne ne pourra nous empêcher de construire une Communauté de destin encore plus solide».

Le diplomate chinois a annoncé enfin quelques projets qui seront réalisés ou qui se poursuivront à court et moyen terme, à savoir:

  • l’aide chinoise en médicaments antipaludiques en faveur de la RCA jusqu’en 2020. A ce propos, il a annoncé l’arrivée à l’hôpital de l’Amitié du troisième lot desdits médicaments, d’une valeur de 250 millions de FCFA;
  • le soutien de l’ambassade de Chine au ministère centrafricain de la Santé pour la réalisation de la Campagne nationale contre le paludisme en 2019;
  • l’organisation par la Mission médicale chinoise de Bangui, de consultations médicales gratuites en faveur des populations de l’arrière-pays, en commençant par la commune de Damara;
  • l’organisation toujours par la mission médicale chinoise, d’une caravane ophtalmologique en 2019, dont le but est de soigner gratuitement les malades de cataracte;
  • la réhabilitation très prochaine, sur financement total du gouvernement chinois, des hôpitaux de l’Amitié et de Bimbo construits par la Chine;
  • la poursuite de la politique du renforcement des capacités des acteurs centrafricains de la santé à travers des séminaires et stages de formation en 2019.

Enfin, le ministre centrafricain de la Santé et de la population, Docteur Pierre Somsè a pris la parole en dernier lieu pour déclarer que cette commémoration du 40ème anniversaire de la Mission médicale chinoise en Centrafrique consacre la qualité et la solidité de la coopération sino-centrafricaine dans le domaine de la santé, laquelle santé est, selon le membre d gouvernement, «le creuset de la justice sociale».

Reconnaissant davantage la qualité de l’aide chinoise en matière de santé en faveur de la RCA, Docteur Somsè aura surpris l’auditoire en disant que le laboratoire du Centre hospitalier universitaire de l’Amitié est le deuxième le plus actif du pays après le Laboratoire national de Bangui.

L’hôpital de l’Amitié est aussi, d’après lui, le seul hôpital qui prend en charge la fistule obstétricale des femmes. Il s’est félicité de l’engagement constant de la Chine en Centrafrique pour le traitement du paludisme et de la cataracte. Il a remercié l’Ambassadeur de Chine pour les efforts qu’il ne cesse de déployer pour le bien être du peuple centrafricain en général.

La Mission médicale chinoise en Centrafrique s’expose

La dernière phase de la cérémonie a été le visionnement des tableaux exposant les différentes activités de la Mission médicale chinoise en Centrafrique, ainsi que les réalisations du gouvernement chinois en faveur de la République centrafricaine dans le domaine de la santé.

C’est dans une ambition de parfaite amitié et de convivialité que la cérémonie commémorative du 40e anniversaire de la Mission médicale chinoise en Centrafrique s’est déroulée du début jusqu’à la fin, de l’esplanade à la salle de banquet de l’Ambassade de Chine à Bangui.

Par Cyrus-Emmanuel Sandy, Directeur de publication du quotidien MEDIAS+, Coordinateur National du Réseau des Journalistes et Médias Centrafricains pour l’Initiative ‘’La Ceinture et la Route’’ (RJMCR)