Paris a célébré le cinéma chinois
La 11ème édition du Festival du Cinéma Chinois en France s’est ouverte le 17 mai dans la soirée au Pathé Palace dans une atmosphère de retrouvailles — et d’ambition affichée.
Il y avait quelque chose d’inédit dans l’air du boulevard des Capucines, dimanche soir. Pour la première fois de son histoire, le Pathé Palace — l’une des plus belles salles parisiennes récemment ouvertes — accueillait la cérémonie d’ouverture du Festival du Cinéma Chinois en France. Un choix symbolique fort : c’est ici, dans ce temple parisien du 7ème art, que le nouveau thriller de Zhang Yimou, Scare Out, a été projeté en avant-première devant plusieurs centaines d’invités.
Le réalisateur de Vivre ! et du Sorgho rouge, ambassadeur de cette 11e édition, a adressé un message vidéo depuis Cannes — une présence à distance qui n’a rien ôté à la force du symbole. Il y a déclaré : « La France est le berceau du cinéma et l’un des hauts lieux de rencontre des œuvres et des talents du monde entier. C’est pourquoi la tenue, année après année, du Festival du Cinéma Chinois en France joue un rôle irremplaçable dans le rapprochement des cinémas chinois, français et européens. »
Isabelle Huppert, invitée d’honneur, était elle bien là, en chair et en lumière, dans son tailleur gris très élégante. Et c’est sans doute elle qui a trouvé les mots les plus justes de la soirée: « Le cinéma, c’est aussi un art vertueux, un art de paix. Et dans le monde qui nous agite, nous sommes heureux que le cinéma existe. »
La présence de Jia Zhangke, co-invité d’honneur surprise de la soirée, a rappelé que le dialogue entre cinémas français et chinois a toujours été, au fond, une affaire de grands auteurs Dans son allocution, il a lancé : « Près d’un millier de films produits chaque année en Chine, dont plus de la moitié signés par de jeunes cinéastes à leur premier ou deuxième long-métrage — c’est la preuve que le cinéma chinois n’a pas fini de vous surprendre ! »
La salle comme acte de résistance
C’est Olivier Henrard, Directeur général du CNC, qui a donné le ton le plus incisif de la soirée. Face aux plateformes qui grignotent les audiences et aux contenus numériques qui inondent les écrans, il a choisi d’affirmer haut et fort la nécessité de la salle obscure : « Dans les temps que nous traversons, le cinéma n’est pas un art du passé mais de l’avenir — le seul divertissement qui rassemble un public divers, hétérogène, autour d’une œuvre. » Un manifeste, presque. Et un appel à une coopération franco-chinoise à la hauteur des enjeux.
L’Ambassadeur de Chine en France, Deng Li, a pour sa part rappelé ce que le cinéma fait mieux que n’importe quel discours : « En une centaine de minutes, vous découvrez le pouls d’un pays, le quotidien de son peuple et la richesse de son univers intérieur. Vous partagez ses joies, ses peines, ses souffrances et ses aspirations. » Dans un monde qui peine à se comprendre, l’argument résonne.
Un plateau cinq étoiles
Autour d’Isabelle Huppert et de Jia Zhangke, la cérémonie avait réuni un parterre exceptionnel : les réalisateurs Jean-Jacques Annaud et Anne Fontaine, ambassadeurs du festival, Daniela Elstner, Directrice générale d’Unifrance et partenaire du festival, Ardava Safaee, Président de Pathé Films et co-organisateur de l’événement, ainsi que Qin Zhengui, Directeur adjoint de l’Administration nationale du cinéma de Chine. Une réunion rare, qui dit à elle seule le poids culturel et diplomatique qu’a pris cet événement en quinze ans d’existence.
Dix villes, dix semaines, un seul mot d’ordre : voir le cinéma chinois autrement
Jusqu’au 30 juin et dans dix villes françaises — Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Cannes, Strasbourg, Brest, Montargis, La Réunion, Nouvelle-Calédonie —, le FCCF déroule une sélection qui refuse de choisir entre blockbuster et patrimoine. Dix nouvelles productions chinoises, des genres les plus divers (thriller d’espionnage, drame social, comédie historique, animation), côtoient quatre classiques restaurés, dont La Divine de Wu Yonggang (1934) en version 4K inédite en France. Le documentaire Shenzhou 13, premier film jamais tourné en 8K dans l’espace, complètent le tableau.
Depuis 2011, le festival a drainé plus de 250 000 spectateurs et projeté plus d’une centaine de films. Avec trois nouvelles villes au programme cette année, l’ambition est claire : ancrer le cinéma chinois dans le paysage culturel français, pas seulement dans les capitales.






