L’OCDE pointe le soutien de la Chine à certains secteurs industriels

L’OCDE pointe le soutien de la Chine à certains secteurs industriels

L’OCDE a rassemblé sur 20 années les subventions publiques accordées à certains secteurs industriels dans le monde. Cette étude a mit en évidence l’énorme aide de la Chine à ses fabricants de batteries, de panneaux solaires ou d’automobiles, qui a bouleversé l’économie mondiale.

Alors que l’OCDE a un discours généralement pondéré, la présentation faite par le secrétaire général australien, Mathias Cormann, change radicalement de ton, car « comme le dopage dans le sport, le risque est que les aides publiques aident des acteurs moins productifs à gagner de manière injuste, au détriment des meilleurs« .

Auparavant, une experte de l’OCDE avait aussi estimé auprès plusieurs médias, dont l’AFP, que « si on ne fait rien concernant les distorsions de concurrence sur les marchés internationaux, tout le monde va surpayer » son soutien à l’industrie, « et personne n’aura les effets recherchés » en matière de « résilience et de compétitivité ».

L’OCDE a publié un rapport le 1er juin pointant un grand responsable de ces « distorsions de concurrence » dans une quinzaine de secteurs industriels clés: la Chine.

Entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont reçu en moyenne « un soutien public trois à huit fois plus important que celles basées » dans les 38 pays membres de l’OCDE, a expliqué l’organisation, précisant que cette estimation est « prudente ». Ce bilan s’appuie sur une importante base de donnée, appelée « MAGIC« , pour « Manufacturing Groups and Industrial Corporations ».

L’OCDE a rassemblé les rapports financiers de 525 grandes entreprises internationales de 15 secteurs industriels clés: aéronautique et défense; aluminium; automobile; ciment; chimie; engrais; verre et céramiques; machinerie lourde; semi-conducteurs; construction navale; panneaux photovoltaïques; acier; équipements de télécommunications; matériel roulant; éoliennes.

« Depuis deux ans, la base est partagée de manière confidentielle » avec les gouvernements des 38 pays membres de l’organisation, a expliqué à l’Agence France Presse un autre expert de l’OCDE.

Pour la première fois, une « version agrégée qui anonymise les entreprises » mais reposant sur les mêmes données a été rendue publique. Cette version montre que le soutien aux industries a atteint, avec 108 milliards de dollars en 2024, un plus haut niveau depuis la crise des sub-primes en 2008.

Selon l’analyse de l’OCDE, les entreprises chinoises, qui dominent l’industrie manufacturière mondiale, sont beaucoup plus subventionnées que leurs concurrentes. Les aides se font via des aides directes, via des allègements fiscaux mais aussi par des prêts à des taux très avantageux, « en général accordés par des institutions financières publiques », a expliqué une experte de l’OCDE. L’OCDE n’a pas souhaité que les noms de ses experts soient divulgués.

Ces aides permettent aux entreprises chinoises d’avoir une large manœuvre financière pour investir dans de nouveaux sites de production, du temps pour parvenir à la rentabilité, ou de la résistance aux vents contraires. Selon l’OCDE, ces aides ont aussi entraîné des surcapacités de production dans certains secteurs, tirant les prix mondiaux vers le bas au détriment des autres acteurs internationaux.

Les secteurs étudiés sont déterminants car ce sont des piliers entiers de l’économie mondiale. Ces subventions dessinent les marchés mondiaux, permettant aux entreprises chinoises de se tailler des parts de marché gigantesques dans les panneaux solaires, l’acier ou la construction navale.

L’OCDE a estimé que « près de 60% des gains des parts de marché mondiales » des entreprises chinoises sur la période 2005-2024 « peuvent être expliqués par les aides publiques reçues ».

« Les aides publiques accroissent la part de marché, mais ne conduisent pas à une meilleure productivité ou rentabilité », a indiqué Mathias Cormann, qui a souligné que « les entreprises n’ont pas gagné les marchés en étant plus efficaces ou innovants, mais en étant plus massivement subventionnées ».

Les gouvernements allemand, français, australien, américain, japonais, israélien ou britannique tentent de combler l’écart en subventionnant leurs propres champions. Mais face aux conditions dont bénéficient les entreprises chinoises, ce soutien peut s’apparenter à remplir le tonneau des Danaïdes. « Ce n’est pas un problème que l’on peut résoudre chacun de son côté », a conclut un expert de l’OCDE en soulignant l’importance de la coopération internationale.