La Chine a lancé le dernier satellite du système de navigation par satellite BeiDou (BDS) depuis le centre de lancement de satellites de Xichang, dans la province chinoise du Sichuan, le 22 juin à 9h43 (heure de Beijing).

Le GPS (Global Positioning System) est un assistant de navigation exploité par les américains, les européens et les russes. Désormais, la Chine entre dans la danse.

La Chine a finalisé son système de navigation Beidou, le 22 juin grâce au lancement d’un dernier satellite. Ce dernier satellite va permettre au pays de couvrir le monde entier et de s’affranchir des Américains.

Prévu la semaine dernière, l’événement avait été reporté au tout dernier moment en raison de problèmes techniques liés à la mission de lancement. Ces problèmes ont été résolus, selon le Bureau chinois de navigation par satellite.

Ce 30ème et ultime satellite de la troisième génération Beidou (Beidou-3) a été propulsé dans l’espace à 09H43 locales (01H43 GMT) depuis le centre de lancement de Xichang, dans le sud-ouest de la Chine, par une fusée Longue-Marche 3.

Cette technologie chinoise du système de positionnement par satellites (GNSS) était d’abord limitée à l’Asie-Pacifique à des fins commerciales depuis 2012. Avec la finalisation de cette constellation, l’ensemble de la planète est désormais couvert par le système Beidou.

Beidou, qui tire son nom de la constellation de la « Grande Ourse » en mandarin, cohabite avec d’autres systèmes de navigation par satellite au niveau mondial : GPS (propriété du gouvernement américain et opéré par l’armée de l’air), Galileo (Union européenne) et Glonass (Russie).

Leurs applications sont multiples, allant du guidage de piétons, d’automobiles, de bateaux cargos, de secouristes lors de catastrophes naturelles, envoi de messages, aux services de positionnement pour l’industrie minière ou l’agriculture.

Ces satellites peuvent aussi être utilisés par les armées de leurs pays respectifs (Chine, Etats-Unis, Russie) afin d’effectuer de la géolocalisation ou du guidage de missiles de très haute précision.

Jonathan McDowell, astronome au Centre Harvard-Smithsonian pour l’astrophysique, aux Etats-Unis, a indiqué à l’Agence France Presse que ce dernier lancement est un « grand événement » qui « permet de rendre la Chine indépendante des systèmes américain et européen ».

Pour Carter Palmer, spécialiste des questions spatiales au cabinet américain Forecast International, « la finalisation de Beidou-3 est un événement majeur pour la population chinoise mais aussi sans nul doute pour son armée ».

Désormais, la Chine peut se mettre à l’abri d’une éventuelle coupure de GPS décidée par les Etats-Unis en cas d’un nouveau durcissement du conflit entre les deux puissances.

Depuis le lancement du programme dans les années 1990, plus de 100.000 scientifiques, ingénieurs et techniciens de Chine ont participé à la conception du système de navigation. Le tout premier satellite Beidou avait été lancé en l’an 2000.

Son système est aujourd’hui employé en Chine dans les taxis, les bus, les voitures particulières et bien sûr par les smartphones. Plusieurs dizaines de pays comme le Pakistan, la Thaïlande, le Laos ou encore Brunei utilisent officiellement ce système.

Navigation par satellite Beidou

« La plupart des smartphones sous Android fonctionnent avec un positionnement multi-mode qui reçoit simultanément les signaux GPS, Beidou, Glonass et Galileo afin d’améliorer la précision du positionnement », a expliqué à l’AFP Chen Lan, analyste pour le site GoTaikonauts.com, spécialisé dans le programme spatial chinois.

« Il existe par ailleurs un grand nombre d’utilisateurs industriels, notamment des navires et des flottes logistiques en Chine », qui outre le service de positionnement de Beidou utilisent son « système de messagerie », non présent chez ses concurrents, pour « les urgences et le sauvetage », a indiqué ce dernier.

Le système chinois pourrait concurrencer et détrôner son rival américain. « De façon générale, Beidou a une meilleure précision que le GPS », a indiqué Carter Palmer. « Mais sa fiabilité reste à démontrer. »

La marge d’erreur du système de navigation au niveau mondial est de 10 mètres en version civile, selon les données officielles communiquées mardi. Une très bonne précision qui lui permet d’espérer gagner des parts de marché face au GPS.

« Je ne pense pas que Beidou va supplanter entièrement le GPS », a estimé de son côté Carter Palmer. « J’imagine plutôt une situation où l’utilisateur emploiera plusieurs systèmes, dont Beidou, pour avoir des données de navigation par satellite plus précises. »