De vives tensions persistent entre la Chine et le Japon, concernant les îles Diaoyu/Sensaku, l’Accord de partenariat trans-pacifique (TPP) signé entre Tokyo et Washington, et désormais ce sont les documents relatifs au massacre de Nankin qui ravivent la mésentente.

La prise de Nankin, ancienne capitale de la République de Chine (1912-1949), a été le théâtre d’une vague de meurtres, viols et pillages par les troupes japonaises, en décembre 1937. La Chine dénombre 300.000 morts imputables aux militaires nippons durant six semaines, après leur entrée dans la ville.

De leurs côté, des universitaires étrangers ont estimé un nombre moins important de victimes. Certains historiens ont estimé à 42.000 civils et militaires tués et 20.000 femmes violées, dont beaucoup sont mortes par la suite. Une guerre des chiffres persiste entre chinois et occidentaux.

Depuis des années, Beijing accuse les autorités japonaises de refuser d’accomplir un travail de mémoire sur les atrocités commises par son armée. D’autant qu’en juin, les autorités japonaises ont accepté d’éviter le mot « massacre » pour décrire les tueries de Nankin dans ses nouveaux manuels scolaires. Cette décision avait suscité la colère du gouvernement chinois.

Un Japonais posant à côté des victimes du massacre sur les rives de la rivière Yangzi Jiang. 1937

Un Japonais posant à côté des victimes du massacre sur les rives de la rivière Yangzi Jiang. 1937

Toutefois, à l’issue d’une réunion de 3 jours à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, le Comité consultatif international du Programme Mémoire du monde de l’Unesco a décidé, le 9 octobre, d’inscrire les documents sur le massacre de Nankin sur le Registre de la Mémoire du Monde. Les chinois ont exprimé leur satisfaction de voir reconnaitre le massacre de Nankin, tandis que les autorités japonaises ont fait part de leur mécontentement, s’estimant lésés.

Selon le Quotidien du Peuple, citant l’Unesco, les documents sur le massacre de Nankin sont divisés en trois parties. D’une part, les fichiers des atrocités commises pendant la période du massacre (1937-1938).

Ensuite, l’enquête d’après-guerre et les procès des criminels de guerre japonais, rapportés par le Tribunal militaire du gouvernement national de Chine (1945-1947), et enfin les fichiers des criminels de guerre japonais rapportés par les autorités judiciaires de la République populaire de Chine (1952-1956).

Pour Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, « j’ai la ferme et intime conviction que le Programme Mémoire du Monde est guidé dans ses travaux par la volonté de préserver le patrimoine et la mémoire documentaire pour les générations actuelles et à venir, dans un esprit de coopération internationale et de compréhension mutuelle, en vue de construire la paix dans l’esprit des femmes et des hommes ».

Une coopération et compréhension mutuelle qui ne risque certainement pas de concerner la Chine et le Japon. Dans un communiqué, le ministère japonais des affaires étrangères a fait savoir qu’il était « extrêmement regrettable qu’une organisation internationale qui devrait être neutre et juste fasse entrer ces documents dans le Registre de la mémoire du monde, malgré les appels répétés du gouvernement japonais ».

Le ministère a indiqué que « la demande d’inscription a été faite sur la base de déclarations unilatérales de la Chine et le Japon considère que ces documents sont incomplets et présentent des problèmes d’authenticité ».

« En tant que membre responsable de l’Unesco, le gouvernement japonais va demander une réforme de ce projet important pour qu’il ne soit pas utilisé à des fins politiques« , a assuré le ministère.