Depuis le mois d’août, les économistes s’alarment des indicateurs en baisse de la Chine : chute des exportations et des importations, tassement des marges des entreprises, baisse de la production manufacturière…

Alors que la conjoncture économique chinoise est morose, d’un côté, des experts plutôt pessimistes affirment qu’il y aura un « atterrissage brutal » de l’économie chinoise. Mais de l’autre côté, des économistes estiment que les fondements sont stables et qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer plus que de raison.

A l’instar des autorités chinoises, les deux grandes institutions internationales, le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM) affirment depuis le début du mois que la Chine possède toutes les capacités économique et financière de faire face au ralentissement actuel de son économie.

Baisse de croissance, mais pas d’alarmisme

La BM a d’ailleurs assuré que la 2nde puissance économique mondiale allait connaître un net ralentissement, sans pour autant parler d’« atterrissage brutal ». La banque a indiqué que la croissance du Produit intérieur brut (PIB) de la Chine sera de 6,9% cette année, 6,7% en 2016 et 6,5% en 2017. Ces projections sont légèrement inférieures à celles publiées au printemps, alors qu’en 2014, la croissance chinoise avait progressé de 7,3%.

Président du groupe Banque Mondiale, Jim Yong Kim

Président du groupe Banque Mondiale, Jim Yong Kim

« Les projections de croissance pour la Chine supposent une poursuite du ralentissement en 2016-17 », a souligné l’institution, afin d’apaiser les craintes d’une récession.

Les économistes s’inquiètent principalement des possibilités d’un plus fort que prévu de l’activité en Chine.

Tentant l’apaisement, la Banque Mondiale, basée à Washington, a souligné que « la Chine dispose de mesures d’amortissement suffisantes pour faire face à ces risques et prévenir un ralentissement brutal ».

Dans un communiqué, Karlis Smits, économiste senior et auteur principal du rapport, a expliqué qu’« à court terme, le ralentissement de la croissance en Chine signifie que les autorités procèdent à des ajustements structurels et à des mesures visant à remédier aux vulnérabilités financières ».

Mais « à moyen terme, ces efforts aideront le pays à abandonner progressivement un modèle de croissance bâti sur les industries manufacturières, l’investissement et les exportations, au profit des services, de la consommation et des dépenses intérieures ».

D’ailleurs, les politiques engagées, telles que freiner l’expansion du crédit, lutter contre le système bancaire parallèle et limiter les capacités d’emprunt des autorités locales, ont ralenti les investissements. Raison pour laquelle, cette année, « Beijing reste confrontée à la nécessité prioritaire de trouver un juste équilibre entre réformes et croissance immédiate, dans la mesure où des dispositions de soutien trop générales risquent de contrarier les efforts visant à pérenniser son économie à moyenne échéance », a souligné Chorching Goh, économiste principal pour la Chine.

Pour la Banque mondiale, il apparaît évident que « si le modèle de croissance fondé sur l’investissement a contribué au décollage de la Chine, des réformes sont indispensables pour permettre au secteur financier d’étayer les activités susceptibles de maintenir à moyen terme un taux de croissance raisonnable ».

Un FMI confiant

De son côté, le Fonds Monétaire International (FMI) a assuré que « les autorités chinoises sont confrontées à un défi sans précédent pour atteindre leur objectif d’adopter un nouveau modèle de croissance et un système financier davantage basé sur les lois du marché, et réduire les vulnérabilités héritées du précédent système ».

Christine Lagarde dr FMI

Directrice générale du FMI, Christine Lagarde

En Assemblée générale à Lima au Pérou du 8 au 10 octobre, le fonds a présenté un rapport dans lequel il explique que les banques chinoises doivent encore s’attaquer à la détérioration des créances qu’elles détiennent en raison « de faiblesses croissantes dans des domaines cruciaux du secteur privé ».

L’institution a évoqué la possibilité d’une hausse du nombre de faillites d’entreprises, qui pourraient accentuer les tensions financières.  La directrice du FMI, Christine Lagarde a expliqué que « le ralentissement en Chine était prévisible et attendu », raison pour laquelle, il n’y a pas lieu de s’affoler.

Son institution considère ce ralentissement « comme une bonne chose. Enregistrer un taux de croissance de 6,8 % avec un modèle qui est basé non plus sur les exportations et les infrastructures mais sur la consommation intérieure est une bonne chose ».

« Il y aura des cahots sur la route car aucune transition ne peut être totalement exempte de turbulences ou de volatilité. Nous devons tous nous habituer à ces secousses. Nous saluons le processus de transition de la Chine associé à son mécanisme plus axé sur le marché en matière de fluctuations des taux de change« , a expliqué cette dernière, lors d’un point presse avant la réunion annuelle de la Banque mondiale et du FMI.

Malgré l’anticipation, les indicateurs en baisse et le ralentissement économique de la Chine « dans le cadre de sa transition vers une croissance plus durable, et la volatilité récente des marchés, ont des retombées plus fortes qu’anticipé ». En effet, de nombreux pays émergents ont vu leurs estimations de croissance revues à la baisse, en raison de la diminution de la demande chinoise en matière premières.

Toutefois, « les réformes du budget, de la sécurité sociale, et des entreprises publiques sont nécessaires pour assurer la transition vers une croissance plus axée sur l’économie nationale, ce qui sera à terme bénéfique pour l’économie mondiale« , a assuré Christine Lagarde.