Par Florian Roddier – En quoi la crise sanitaire de la COVID-19 en Chine a constitué le parfait exemple d’une mobilisation politique et sociale à la chinoise autour de valeurs maoïstes et confucéennes ?

Lorsque l’on cherche à analyser en profondeur la gestion de la crise sanitaire de la COVID-19 en Chine, il est important de s’intéresser au rôle de la pensée confucéenne et maoïste dans l’action politique du gouvernement, et dans ses retombées sur la population chinoise. Plongé au cœur d’une nouvelle pandémie, il a fallu, pour chaque État, assurer la légitimité de son gouvernement, en protégeant sa population d’un point de vue sanitaire et en assurant le maintien d’un équilibre social. Ce double enjeu a principalement reposé en Chine sur l’exaltation de valeurs propres au maoïsme et au confucianisme.

A l’heure actuelle, en Chine, il n’a échappé à personne que le maoïsme et le confucianisme sont deux des doctrines les plus influentes au sein de la société. Ces deux doctrines d’organisation politico-sociale, certes antagoniques historiquement et idéologiquement, ont jouées un rôle majeur dans la gestion de la crise sanitaire de la COVID-19 en Chine.

Cette imbrication entre maoïsme et confucianisme, mettant l’accent sur le comportement, la vertu et le dépassement de soi, est récente. Elle est datée du début des années 2000, moment à partir duquel la Chine a connu un tournant idéologique en faisant une promotion de son histoire plurimillénaire, à partir de doctrines parfois contradictoires. Xi Jinping illustre lui-même ce tournant, en tant que premier « prince rouge » à choisir d’exhumer la doctrine confucéenne pour réhabiliter un code de valeurs traditionnelles.

Le maoïsme et le confucianisme ont tous deux pour volonté de transformer la société chinoise. Il est certain que leurs objectifs finaux diffèrent, le confucianisme prônant un idéal de stabilité sociale pacifiste fondé sur le respect de la hiérarchie au quotidien et l’importance de la famille, alors que le maoïsme prône une unification des masses dans une perspective de lutte des classes violentes et de destruction de l’ordre traditionnel.

Néanmoins en termes d’ordre social, ces deux idéologies ne peuvent être séparées, ce qui justifie l’association dans la gouvernance étatique chinoise de la loi et de la vertu, comme le soulignait le secrétaire général du Parti Communiste Chinois dans un discours prononcé en 2016 : « La loi est la vertu érigée en règles juridiques écrites, et la vertu est la loi enracinée dans le cœur des gens. La loi et la vertu jouent toutes un rôle de régularisation des comportements sociaux, d’harmonisation des relations sociales et de maintien de l’ordre social et possèdent chacun un statut et des fonctions propres dans la gouvernance du pays. (…) La gouvernance du pays nécessite leur synergie. ».

Le maoïsme et le confucianisme, qui lient à la fois pensée et action, constituent le socle d’un système politique paternaliste, en apportant du « crédit » aux discours des dirigeants et à leurs décisions politiques. Lors de la crise sanitaire de la COVID-19, le Parti Communiste Chinois va se baser sur les ressorts de ce système politique paternaliste, en essayant de transmettre à sa population une certaine prévenance et bienveillance protectrice. Cet aspect va insuffler une mobilisation en masse de la population dans sa lutte contre un ennemi invisible, une « militarisation » de la société et des comportements ou mœurs de la population.

Cette entente entre État et société répond aux prérogatives du « contrat social », sur la base d’idéaux confucéens et maoïstes, dans le sens où le Parti, soumis à une perpétuelle remise en cause de son action, doit garantir à la fois à sa population sécurité aussi bien physique, sanitaire, alimentaire et prospérité ; en échange du fait que la population lui accorde sa légitimité et le laisse gérer unilatéralement les affaires publiques.

D’un point de vue social, cette omniprésence politique, accrue lors de la crise sanitaire de la COVID-19, va se justifier à tous les niveaux par l’affirmation d’un sens collectif de responsabilité.

Cette responsabilité individuelle, selon laquelle chaque lieu et chaque personne contribue à son échelle au bien commun, est à la fois inspirée de l’ère maoïste et de la sagesse confucéenne chinoise, comme l’a démontré le rôle joué par les comités de quartier et le « système de crédit social » en tant qu’instance d’autorité à l’échelle locale, garant d’un ordre social préétablit.

Ainsi, le maoïsme et le confucianisme viennent en complément du système politique chinois en tant que socle idéologique de référence, dans le but d’assurer la sûreté de la nation chinoise. La crise sanitaire de la COVID-19 a démontré l’utilisation et l’application par la population chinoise et le gouvernement, dans un contexte de crise, de repères et réflexes idéologiques consacrant la primauté de la collectivité sur l’individu.

En tant que réservoirs de valeurs morales, cette référence quotidienne aux idéaux confucéens et maoïstes ont, par exemple, mis en avant la notion individuelle d’exemple, comme le démontre la tenue, le 8 septembre dernier, d’une réunion pour saluer les modèles dans la lutte nationale contre l’épidémie de la COVID-19 en Chine.

Cette analyse n’a rien de surprenant lorsque l’on s’intéresse au contenu de l’article 24 de la Constitution de la République populaire de Chine selon lequel « en généralisant une éducation dans les domaines de l’idéal, de la vertu, de la culture, de la discipline et du droit, par des règlements et conventions fixés au sein des masses de tout milieu à la ville et à la campagne, l’État renforce l’édification d’une civilisation spirituelle ».

Ce recours aux valeurs confucéennes et maoïstes ne répond pas seulement à un contexte de crise mais peut permettre une analyse sous différents angles du comportement de la société chinoise au quotidien.

Florian Roddier – Étudiant en Master 1 Géostratégie, Défense et Sécurité internationale à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence.