Connu sous le nom de «M. Démocratie», Lee Teng-hui était Président de la République de 1988 à 2000 et premier président élu au suffrage universel à Taïwan.

Lee Teng-hui a piloté la transition démocratique de la République de Chine. Il est décédé le 30 juillet à l’hôpital général des vétérans de Taipei, où il était hospitalisé depuis le 8 février. Il était âgé de 97 ans.

Né à Taïwan le 15 janvier 1923, il a étudié au Japon, à l’époque de la colonisation japonaise. En effet, le Japon a pendant 50 ans dominé l’île jusqu’en 1945, après la fin de la guerre du Pacifique.

Taïwan a alors été restituée à la Chine, dirigée à l’époque par le chef du Kuomintang (KMT) Tchang Kaï-chek. Puis en 1949, après avoir perdu la guerre civile face aux communistes, Tchang Kaï-chek s’est enfui à Taïwan où il a mis en place un gouvernement rival, qu’il a dirigé d’une main de fer jusqu’à sa mort en 1975.

Lee Teng-hui suit des études à l’université impériale de Kyoto, au Japon, avant de s’enrôler dans l’armée impériale japonaise en 1944. Alors que la République de Chine a pris le contrôle de Taïwan, il reprend des études à l’université nationale de Taïwan, à Taipei, puis à l’université de l’Etat de l’Iowa et enfin à l’université Cornell, aux Etats-Unis, où il se spécialise en agronomie et économie agricole.

Il épouse en 1949 Tseng Wen-hui, avec qui il a trois enfants. Il se convertit au christianisme en 1961 et devient membre de l’Eglise presbytérienne à Taïwan. De retour à Taïwan au début des années 70 après son séjour à Cornell, il rejoint le Kuomintang (KMT) et est nommé en 1972 ministre sans portefeuille par le premier ministre Chiang Ching-kuo (1910-1988).

Maire de Taipei en 1978, il devient gouverneur de la province de Taïwan en 1981. Son action est remarquée par Chiang Ching-kuo, dirigeant de la République. Lee Teng-hui est son candidat à la vice-présidence, une décision adoptée par l’Assemblée nationale en 1984.

A la mort de Chiang Ching-kuo en 1988, il prend la tête de la République de Chine ainsi que la présidence du KMT. En 1990, il est élu dirigeante de la République de Chine par l’Assemblée nationale pour un mandat de six ans.

Quelques jours avant son investiture, des manifestants en faveur de la démocratie (le mouvement des Lys sauvages) occupent l’esplanade du mémorial de Chiang Kai-shek (1887-1975). Il reçoit une délégation de manifestants au Palais présidentiel.

Par la suite, Lee Teng-hui entreprend de profondes réformes constitutionnelles : élection du président de la République au suffrage universel, réforme de l’Assemblée nationale (devenue le Yuan législatif), …

De 1991 à 1992, les membres de l’Assemblée nationale et du Yuan législatif, dont certains étaient en poste depuis 1947, sont entièrement renouvelés par les seuls citoyens des territoires administrés par la République de Chine (Taïwan).

Dans le même temps, Lee Teng-hui met en place une diplomatie internationale. Il se rend à Singapour en 1989, pour rencontrer le président singapourien Lee Kuan Yew et lance en 1994 la politique en direction du Sud pour renforcer les liens commerciaux et d’investissement avec l’Asie du Sud-Est.

En juin 1995, il se rend aux Etats-Unis pour une rencontre d’anciens étudiants de l’université Cornell, il y prononce un discours sur les réformes entreprises à Taïwan et les perspectives de démocratisation de la Chine. Le gouvernement chinois réagit en provoquant la troisième crise du détroit de Taïwan, effectuant une série de tirs de missiles dans les eaux territoriales taïwanaises du 21 juillet 1995 au 23 mars 1996.

Cette crise conforte Lee Teng-hui aux yeux des électeurs qui l’élisent en 1996 au suffrage universel pour un nouveau mandat de quatre ans. Au cours de ce dernier mandat, Lee Teng-hui met en avant le statut étatique de Taïwan, qualifiant les relations entre les deux rives du Détroit de «relations d’État à État de nature spéciale».

En l’an 2000, alors qu’il ne se représente pas aux élections, le candidat du Parti démocrate-progressiste (DPP) Chen Shui-bian remporte l’élection présidentielle et met fin à un demi-siècle de pouvoir du KMT à Taïwan.

En 2001, Lee Teng-hui contribue à la fondation de l’Union pour la solidarité de Taïwan (TSU), parti militant pour l’indépendance de jure de Taïwan, ce qui lui vaut d’être exclu du KMT. Il apporte au cours des années suivantes à plusieurs reprises son soutien aux candidats présentés par le DPP à l’élection présidentielle, dont l’actuelle dirigeante Tsai Ing-wen.

En 2014, il déclare dans un entretien à la BBC que Taïwan est indépendant et que la tâche restant à accomplir peut être caractérisée de «normalisation politique».