Le 4 novembre a eu lieu une conférence sur les relations entre la Chine et le continent africain, avec un focus sur les aides chinoises aux pays africains.

Animée par Sébastien Périmony, expert de l’Institut Schiller sur l’Afrique et Jérôme Kaboré, Président de l’Association Chine Burkina Fraternité, la conférence a suscité un vif débat, notamment avec la prise de parole de Yoro Diallo, Chercheur Principal/Directeur Exécutif du Centre d’Études Francophones, ; Aliou Sissoko, Président du Club des Amis de la Chine au Mali et Secrétaire Général de la FAACA ; Wade Abdoul Aziz, Président de l’Observatoire de Coopération Economique et Monétaire de l’UEMOA ; ainsi que plusieurs participants mettant en exergue le rôle de la Chine en Afrique.

La relation entre la Chine et l’Afrique « est un sujet dont on parle énormément, mais malheureusement dans nos pays occidentaux, on en parle de manière négative », a déploré Sébastien Périmony.

Raison pour laquelle, cette conférence visait à analyser « de manière la plus objective possible, en quoi la Chine aide l’Afrique ». Le chercheur de l’Institut Schiller a expliqué que « la Chine a créé une onde de choc, au niveau mondial, en 2013, lorsque le président chinois Xi Jinping a annoncé son fameux projet des nouvelles routes de la soie », également nommée Initiative de La Ceinture et la Route, (One Belt, One Road).

« Il s’agit d’une proposition d’un nouveau partenariat mondial pour une politique de développement ‘gagnant gagnant’ à l’échelle international », selon Sébastien Périmony.

Aujourd’hui, « cette initiative est un projet qui concerne plus de 140 pays, sorte de plan marshal mondial en réponse à la crise financière de 2008 2009 qui avait mit l’économie occidental au tapis et montré que le système financier moderne est devenu une impasse ». 

Pour sortir de cette impasse, une nouvelle dynamique est proposée par le président chinois Xi Jinping. Dés le départ, cette Initiative La Ceinture et la Route « a été beaucoup critiqué, on a parlé d’impérialisme chinois, il y a eu beaucoup d’article entre 2013 et 2017 extrêmement critiques en Occident pour dénoncer cette nouvelle proposition ».

Pourtant, « petit à petit, on s’est rendu compte que c’était tout autre et que de plus en plus de pays souhaitaient nouer des partenariats avec le gouvernement chinois », dont les pays africains.

« Une chose fondamentale a apaisé le débat en Occident vis-à-vis des articles critiques parus », c’est le rapport publié en 2017 par McKinsey & Company, un cabinet de conseil en stratégie, « qui n’est pas lié au PCC ni à la Chine mais aux intérêts américains ».

Lien de téléchargement du rapport « Dance of the lions and dragons »

Le rapport montre une étude faite sur plus de 1000 entreprises chinoises en Afrique, « sachant qu’il y a plus de 10 000 entreprises chinoises en Afrique ». Sur ces 1000 entreprises étudiées, la Chine emploie 89% d’africains dans le cadre de ses projets, « totalisant plus de 300 000 emplois pour les travailleurs africains. A l’échelle des 10 000 entreprises chinoises en Afrique, ces chiffres suggèrent que les entreprises chinoises emploient déjà plusieurs millions d’Africains », selon McKinsey.

Sébastien Périmony a expliqué que ce rapport a « mit fin à cette polémique qui disait que la Chine envahit l’Afrique avec des millions de chinois, et que les chinois prenaient le travail des africains ».

D’ailleurs, « sur ces 89% d’africains employés par les chinoise, 64% recevaient des formations professionnelles qualifiantes, justement pour pouvoir ensuite former d’autres personnes et participer aux projets chinois, pas seulement en tant que main d’œuvre, mais en tant que maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre, etc. ».

Enfin, « 44% des employés sont des cadres dans les entreprises chinoises sont africains. Ce rapport a fait l’effet d’une bombe, car c’est le moment où la Chine a prit plus d’importance sur le continent africain, alors que cela faisait des décennies que la France, l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Angleterre étaient présents ».

Ainsi, « en quelques années, c’est-à-dire depuis les années 2000, au moment où la Chine a commencé à travers certains forums à revenir sur le continent africain. La Chine est arrivée à être le premier partenaire commercial du contient et le premier partenaire de plusieurs pays africains. La Chine est aussi le premier financier des infrastructures en Afrique, et en terme de croissance des IDE (investissement directs étrangers), la Chine est en tête sur le continent africaine. De plus, il y a avait plus de 10 00  entreprises chinoises en Afrique dont 89% sont privées », a expliqué Sébastien Périmony.

« Une autre des choses qui a eu un impact sur l’Afrique, ce sont les fameux sommets du FOCAC » (Forum de Coopération Afrique-Chine). Selon l’expert, « ce qui a aussi beaucoup marqué les esprits, c’est le dernier FOCAC qui a eu lieu en 2018 à Pékin. Pour la première fois, l’ensemble des chefs d’Etat de pays africains étaient présents. Il y en avait 52 présents sur place. Jamais un pays n’avait réussit à réunir tous les chefs d’Etats africains au même endroit, à la même heure pour un partenariat de développement. Cela a été aussi un moment très fort dans la coopération entre la Chine et l’Afrique ».

D’ailleurs, ce sommet avait eu lieu en décembre 2018, et « avait été l’occasion d’annoncer que la Chine allait aider – entre guillemet – l’Afrique à se développer sans ses  infrastructures et a proposé un plan de financement de 60 milliards de dollars (51,7 milliards d’euros), qui sont répartis :

  • 13 milliards de prêts à taux zéro : sans contrepartie, sans taux d’intérêt,
  • 17 milliards en forme de prêt avec des faibles taux d’intérêt,
  • 9 milliards pour la formation, allouée sur trois ans par la Chine soit 27 milliards », selon l’expert.

Citant un certains nombres d’exemple de la coopération entre la Chine et l’Afrique dans le cadre du FOCAC, Sébastien Périmony a tenu à s’arrêter un moment sur le rapport « China – Russia Bilateral Cooperation in Africa », publié en mars 2021 par le ministère des affaires étrangères de la Russie et l’Université de Pékin.

Ce rapport sur la coopération bilatérale de la Russie et de la Chine en Afrique montre que « l’Afrique n’a pas que besoin de la Chine pour se développer. Elle a besoin de plusieurs partenaires pour se diversifier. Ce rapport est très intéressant car dans la conclusion, ils disent qu’on entre dans une période de grande transformation, la coopération sino-russe est devenue une force essentielle aujourd’hui pour maintenir la stabilité mondiale et que la coopération et le développement sont la responsabilité internationale de la Chine et de la Russie, qui eux n’ont jamais colonisés l’Afrique. Elles ont même aidé les pays africains à se débarrasser de la domination coloniale durant la période de libération nationale, dans les années 1960 et pour essayer de  leur donner les moyens d’avoir un programme de développement national.

Ce que disent les auteurs du rapport « est intéressant, car le développement de l’Afrique détermine les tendances du système politique international. La coopération globale entre la Chine, la Russie et l’Afrique est le stabilisateur le plus important pour empêcher l’effondrement du système politique international. Ça à mon avis c’est une vérité très importante à comprendre parce qu’il y a deux scénarios qui se présentent aujourd’hui sur le continent africain et c’est très bien analysé dans ce rapport ».

Lien de téléchargement en anglais « China-Russia Bilateral Cooperation in Africa »

Télécharger la traduction en français du rapport :  Afrique du futur #116 –  Afrique du futur #124

Ce rapport montre que « l’Afrique est à un point tournant. Elle a deux chemins. Elle a deux chemins, quelque part elle peut se ‘moyenorientalisée’, on va dire, c’est-à-dire connaître le chaos comme en Syrie, en Lybie, au Yémen, en Afghanistan, tout ces pays où des millions de gens sont dans une crise totale et des pays qui ont été détruits par l’Occident, bombardés, ramenés à l’âge de pierre. Il y a un danger avec le développement du terrorisme, des guerres de l’OTAN, et que ce terrorisme se développe sur le continent africain. On le voit déjà dans tout le Sahel, tout cela serait dangereux pour la stabilité mondiale. C’est un des chemins possibles, sur lequel la Chine et la Russie sont prêts à s’associer pour l’éviter ».

« L’autre chemin, c’est ce que les chercheurs appellent la ‘singapourisation’, c’est-à-dire d’avoir la direction des pays d’Asie du sud-est (Corée du Sud, Singapour, etc.) qui étaient des pays extrêmement pauvres. Il faut savoir qu’il y 60 ans, la Corée du sud était aussi pauvres que certains pays africains mais aujourd’hui ce sont devenus des puissances mondiales dans certains domaines technologiques. Voir des puissances mondiales, tout simplement, avec des niveaux de vie très élevés. Ce rapport analyse bien les deux chemins qui sont devant le continent africain, et propose une alternative de coopération entre la Chine et la Russie ».

En quoi la Chine aide l’Afrique ? Après la théorie, « on va passer à la pratique. On a souvent présenté une image de l’Afrique, en Europe, arriérée, de société primitive, n’ayant jamais eu accès au progrès qu’il fallait civiliser. Ou comme dans le National Geographic, un paradis magnifique, avec des animaux loin des hommes, où toute la nature serait vierge et magnifique. Voilà, ce sont les deux types de propagande qu’on a » en Occident.

Voici les exemples concrets de l’aide chinoise en Afrique

  • 1er train à grande vitesse en Ethiopie, inauguré en Octobre 2016. Long de 753 kilomètres, elle permet aux trains d’atteindre la vitesse moyenne de 120 km par heure. La nouvelle ligne permet de réduire la durée du trajet entre Djibouti et la capitale éthiopienne à 10 heures seulement, au lieu de 7 jours précédemment !

« Le changement révolutionnaire qu’apporte le développement infrastructurel. C’est ça qui est très intéressant dans ce que la Chine apporte à l’Afrique. C’est qu’elle n’apporte pas des bons sentiments, ni des idéaux ou des belles paroles. Elle apporte vraiment des projets industriels concrets qui permettent aux pays de commencer son industrialisation ou de la poursuivre », a expliqué Sébastien Périmony.

  • le métro léger d’Addis Abeba: 31,6 km  de lignes et 39 stations

Le financement du projet, lancé en 2011, a été assuré par la Banque d’exportation et d’importation de Chine, à hauteur de 85%, et par le gouvernement éthiopien, pour un total de 475 millions de dollars. La construction des voies ferrées ainsi que la fourniture du matériel roulant est due à l’entreprise chinoise China Railway Engineering Corporation, à qui 41 rames ont été commandées en mars 20145. L’exploitation du réseau, qui compte 31,6 km de lignes et 39 stations, est assurée par l’Ethiopian Railways Corporation et la Shenzhen Metro Company.

  • 31 mai 2017, grâce à la Chine, le président Uhuru Kenyatta inaugure une ligne ferroviaire de 472 km reliant la capitale Nairobi à Mombasa, sur l’océan Indien

La maîtrise d’œuvre du projet a été assurée par la China Road and Bridge Corporation (CRBC), qui a engagé 25 000 kényans pour travailler sur le chantier. L’exploitation de la ligne est confiée, pendant les 5 premières années, à la maison-mère de la CRBC, la China Communications Construction Company.

Sébastien Périmony propose la vidéo : https://youtu.be/4pDLrzqLPR0 dans le but de montrer comment des infrastructures qui pourraient être construites dans tous les pays africains. « II y a une jeune femme de 23 ans, Concilia, qui est ingénieur en électricité, formée par l’entreprise chinoise pour conduire le train et transporter le président du Kenya et ainsi faire le premier voyage inaugural. C’est un très beau symbole. Après on voit toutes les formations qui ont été donné, c’est ce que je disais ce sont les 44% de formation qui sont données aux africains dans le partenariat sino-africain. Ils sont formés, puis eux-mêmes continuent derrière ce type de projet », selon Sébastien Périmony.

  • Le Nigeria inaugure la première ligne TGV d’Afrique de l’Ouest en Juillet 2016 qui relie Abuja à Kaduna. À 150 km/h, trois fois plus vite que les autres trains, les 187 kilomètres de rail sont vite avalés. Cette première ligne à grande vitesse d’Afrique de l’Ouest, construite par la China Civil Engineering Construction Company (CCECC), vise à doper l’économie du nord du Nigeria sévèrement mis à mal par la guérilla de la secte islamiste Boko Haram.

« La chose intéressante avec ce projet. C’est que le nord est pollué par le terrorisme. Parce qu’il y a toujours une grande misère dans le pays, où les jeunes se font embrigadés dans le terrorisme, souvent pour des raisons financières plus qu’idéologiques. Kaduna est une ville fondamentale, c’est un petit peu une frontière et cette ligne de chemin de fer a permit de développer la ville de Kaduna grâce à son lien avec la capitale Abuja et a permit de créer plein d’emploi, de recréer une dynamique, ce qui fait qu’il y a beaucoup de jeunes qui sont revenus, il y a des perspectives économiques qui se sont développées. On voit que le développement infrastructurel, en particulier celui de la Chine, et le développement infrastructurel de manière générale, sont une source d’amélioration de toutes les conditions. Ce n’est pas seulement transporter des gens, mais c’est quelque chose qui pacifie également, en apportant des activités économiques ».

« Ces projets là ne sont pas des projets nouveaux ». Dans un rapport daté de 1975, à l’époque des pays non alignés, proposé déjà de faire ce type de projet d’infrastructure (chemin de fer).

Lien de téléchargement du rapport « The Industrialization of Afrique »

« A l’époque, ils avaient identifié les chemins de fer existants, qui étaient des chemins de fer coloniaux. C’est-à-dire que cela va du port jusqu’à la mine, la forêt et là où il y a les ressources. Ils prenaient les ressources, partaient avec et continuaient le pillage. Il y a eu toute la faction impérialiste qui s’est toujours battues pour empêcher que les pays puissent se connecter entre eux. Et encore aujourd’hui, on est toujours sur ce modèle colonial puisque les échanges commerciaux intra-africain ne représentent que 15% alors que le cas de l’Europe, c’est 70% d’échange entre les pays européens. On voit bien qu’on est toujours dans l’héritage colonial ».

« Donc, le projet sur lequel travaille la Chine avec l’Union africaine, c’est ce que l’on appelle l’Agenda 2063, qui a pour but de relier toute les capitales africaines entre elles par des trains à grande vitesse. Que cela parcours le continent d’Est en Ouest et du Nord au Sud.  L’UA a signé un partenariat avec la Chine dans le cadre de l’Initiative la Ceinture et la Route pour pouvoir atteindre ces objectifs en 2063. Il s’agit en 40 ans de bouleverser la donne géopolitique actuelle ».

Lien de téléchargement du rapport « Les forces du marché et le rôle du secteur privé »

« Inversement de la Chine en Afrique » fait par le China-Africa Business Council est un rapport « bien fait car il prend tous les pays dans lesquels la Chine travaille. Il montre ce qu’elle a apporté en termes de partenariat pour le développement ».

Nigeria : Le Nigeria est le pays le plus peuplé et la plus grande économie d’Afrique,  (…) Le Nigéria est devenu pour la Chine le premier marché pour les contrats de travaux forfaitaires, le premier marché d’exportation, le deuxième partenaire commercial et la principale destination d’investissement en Afrique, selon le China-Africa Business Council.

« À la fin de 2020, le stock d’investissements chinois au Nigéria était d’environ 2,5 milliards de dollars75, ce qui représente environ 5,2% des investissements directs étrangers de la Chine en Afrique », a indiqué Sébastien Périmony

Parmi les projets important, il y a le port en eau profonde de Lekki, construit par la China Harbour Engineering Company (CHEC) et financé à hauteur de plus de 600 millions de dollars par la Banque de développement de Chine.

« Cela va permettre de créer 170 000 emplois locaux directs et indirects et ce sera le plus grand port de la région subsaharienne, permettant d’augmenter les capacités d’accueil du continent à la fois pour l’importation et pour l’exportation. Ce port va être un grand boom de facteur de développement ».

Afrique du sud : L’Afrique du sud « est un des pays dans lequel la Chine investit beaucoup, car la Chine et l’Afrique du Sud font partie des BRICS ».

L’Afrique du Sud est la première destination des investissements directs chinois en Afrique. À la fin de 2020, le stock d’investissements directs chinois en Afrique du Sud était d’environ 6,5 milliards de dollars, représentant environ 13,7% des investissements directs chinois en Afrique.

Le  Groupe BAIC, un des plus grands constructeurs automobile de Chine, a investit 800 millions de dollars pour la construction d’une usine d’assemblage automobile dans la zone de développement de Coega à Port Elizabeth.

L’usine produit 100 000 voitures par an donc qui sont destinés aux marchés africains, « c’est extraordinaire. C’est un petit pas, mais aujourd’hui l‘Afrique produit ses propres véhicules, de la recherche et développement jusqu’au service de transport. C’est vraiment toute une chaîne logistique, qui est la première du type sur le continent. C’est un évènement important car cela permet de développer une industrie naissante ».

Égypte : « L’Égypte est un des pays africains qui travaillent le plus avec la Chine ». À la fin de 2020, le stock d’investissements directs chinois en Égypte était d’environ 1,3 milliards de dollars, représentant environ 2,7% des investissements directs chinois en Afrique.

Par exemple, en août 2018, Suez a participé à la cérémonie d’inauguration de la base de production de fibre de verre de 200 000 tonnes de Jushi en Chine. « Fait par la China Jushi Egypt qui a investit 500 millions de dollars dans ce projet, qui est la plus grande unité de production de fibre de verre et la seule base de fibre de verre sur le continent africain », selon Sébastien Périmony.

Ghana : Le projet de « coopération aérienne » entre la Chine et le Ghana, lancé en 2021 pour développer l’Africa World Airline (AWA), qui est la première société d’association civile financée par la Chine et soutenu par un pays africain. Cette coopération aérienne permet le développement des transports dans la région. Il y a trois lignes domestiques (en bleue) et des développements régionaux avec les lignes en orange.

Angola : dans le domaine des barrages hydroélectriques et la fourniture d’électricité. À la fin de 2020, le stock d’investissements directs chinois en Angola était d’environ 2,6 milliards de dollars78, représentant 5,5% des investissements directs chinois en Afrique. « La centrale hydroélectrique dans la région de Cabaça, sur le fleuve Kwanza dans la province du Kwanza Norte, qui va permettre d’amener l’électricité, irrigation et de développer des zones agro-industrielles. Cela va révolutionner toute la région », a indiqué Sébastien Périmony.

Congo Brazzaville : « dans un pays francophone, où il y a moins de partenariat avec la Chine, mois important par rapport aux autres pays africains. Mais il y a la construction d’une usine de transformation du zinc qui produit, depuis 2016, 15 000 tonnes de cuivre électrolytique et ensuite il y a une phase qui concerne le zinc, qui a été mis en œuvre en fin 2019, qui produit 10 000 tonnes de lingots de zinc. C’est la première mine moderne de la République du Congo, qui va de l’exploitation au traitement, de la transformation à l’exportation. C’est très important, car un pays ne peut être industrialisé s’il ne transforme pas ses matières premières. Aujourd’hui, on a la révolution manufacturière, où finalement l’Afrique commence à produire ses propres produits finis pour les exporter et on sort petit à petit de la logique de pillage de ces matières premières ».

A la suite de ces exemples, l’expert de l’Institut Schiller a expliqué que ces projets peuvent apparaitre comme « des petits pas. Mais c’est avec des petits pas qu’on apprend à marcher. Une fois que l’on sait marcher, on fait mille fois plus de choses, à partir du moment où on a des ouvriers qualifiés, des formations professionnelles, de l’expérience dans la fabrication de train, de produits finis, etc. C’est un accélérateur de développement. C’est ce qu’apporte la Chine dans le cadre de tous ces projets là, c’est vraiment un accélérateur de croissance productive et pas simplement de beaux discours et de belles paroles ».

Le Projet Transaqua est un projet pour lequel l’Institut Schiller se bat depuis des dizaines d’années, car « le lac Tchad est en train de disparaître. Ce projet permettrait un développement des infrastructures, en particulier des canaux, des barrages, des zones de développement industriel. Petit à petit en traversant la Centre Afrique, il fournira de l’électricité dans l’ensemble de la région pour revitaliser le lac et redévelopper la vie qu’il y avait avant. Là où aujourd’hui, on a quand même 30 millions de personnes dans la région des Grands lacs qui sont en insécurité alimentaire et que l’ONU a reconnu comme l’une des pires catastrophes écologiques et humaines du 20ème siècle. Sans parler de la catastrophe écologique et humaine qu’il y a l’Est de la RDC, qui pourrait être inclut dans ce projet, car une partie des eaux – qui pourraient alimenter le lac Tchad – pourraient être prises dans les affluents du fleuve Congo et permettre un développement économique dans ces régions. On travaille d’ailleurs aujourd’hui avec certaines personnalités politiques africaines pour faire avancer ce projet. Dans ce cas, la Chine a proposé d’y participer. J’ai été moi-même à Abuja au Nigéria en 2018 où une conférence a réunit tous les chefs d’Etat des différents pays pour pouvoir lancer ce projet très rapidement, même si la Covid-19 est passée par là. Il s’agira un projet qui sera l’un des plus importants qui va permettre de développer l’Afrique ».

Pour Sébastien Périmony, « c’est ce que nous appelons voir l’Afrique avec les yeux du futur, c’est-à-dire des systèmes d’eau potable, d’électricité, des chemins de fer, des transports, des industries qui transforment les matières premières, … C’est ça qui nous attends, et c’est cela que la Chine essaye de pousser en aidant les pays africains, à travers l’Initiative la Ceinture et la Route  ou dans ces partenariats bilatéraux ».