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SOCIETE

Internet, un outil indispensable pour le gouvernement et la population

Apparu officiellement en 1994, Internet a été lancé dans le cadre des réformes économiques de Deng Xiaoping. A cette époque, les autorités chinoises souhaitaient rattraper leur retard en matière de Technologie de l’Information et de la Communication. Depuis, Internet est devenu un outil indispensable pour des millions de chinois, avec toutefois des limites imposées par le gouvernement.

clavier internetEn effet, le gouvernement a mit en place des millions de filtres pour contrôler les informations qui circulent sur le réseau interne chinois, mais également surveiller les internautes susceptibles de faire perdre la face au Parti Communiste Chine. En dépit des restrictions, plus de 700 millions d’internautes (août 2016) parviennent à s’exprimer sur la politique du gouvernement, les injustices dans les régions reculées, les catastrophes, la société en générale.

Le nombre croissant d’internaute limite les autorités chinoises à verrouiller tout ce qui peut être dit sur le net. Le journaliste Pierre Haski explique que « personne ne sait où est la ligne rouge à ne pas franchir pour ne pas avoir d’ennuis. Mais on voit quand même des choses sur internet qu’on ne verrait pas ailleurs, à la fois au niveau de l’expression d’opinions mais aussi des revendications ».

Après l’ouverture économique, l’ouverture virtuelle

Dans son ouvrage « Internet et la Chine », le journaliste Pierre Haski retrace les évolutions de la société chinoise sous le prisme d’Internet. En effet, ce dernier explique qu’entre 1996 et 1997, les grandes avenues de Shanghai étaient habillées de banderoles « vantant les mérites d’Internet et appelant les citoyens à s’inscrire ». L’objectif des autorités étaient d’utiliser internet à des fins économiques, tout en maîtrisant l’ensemble du réseau net, car elles savaient qu’Internet était le principal outil d’information et de communication dans le monde.

A la différence des autorités nord-coréennes, cubaines et iranien, Beijing a choisit de promouvoir Internet et de l’utiliser à son profit. Le président Jiang Zemin avait déclaré en août 2000, que « le développement d’Internet est vital pour le pays », ajoutant toutefois que « le développement rapide de l’Internet joue un rôle important pour la croissance économique et l’intensification des contacts entre les divers peuples du monde, mais il faut remarquer qu’il existe des problèmes inquiétants relatifs à l’Internet ». Ce dernier venait de poser la première pierre du Great Wall chinois, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du « World Computer Congress », le 21 août 2000 à Beijing.

Les autorités craignaient qu’Internet offre à l’opposition un moyen simple, rapide et international de critiquer le PCC et sa politique. Refusant coûte que coûte d’avoir à gérer une révolte sociale et d’être remis en question par la population, qui commençait à se protester contre les mesures économiques lancées en 1978, en raison de son manque de résultat dans certaines régions du pays.

addiction internet15 ans après le discours du président Jiang Zemin, la Chine abrite le plus grand nombre d’internautes après les États-Unis. Internet est devenu un marché en expansion, de nombreuses compagnies étrangères tentent de s’implanter dans le réseau chinois, mais avec les nombreuses restrictions, seule quelques unes parviennent à concurrencer les géants chinois Baidu, Sohu, Sina ou encore QQ.

Une révolution dans la vie des chinois

Internet a changé la vie des chinois, dans divers domaines économique, politique et sociétal. La société s’est ouverte au monde et le monde s’est ouvert à elle. Les gens eux-mêmes se sont mis à communiquer avec d’autres personnes n’appartenant pas à leur réseau social.

Ils ont pu échanger avec d’autres personnes en Chine et à l’extérieur de la Chine. Au commencement, il s’agissait d’universitaire qui échangeaient entre eux, puis par la suite le réseau s’est popularisé. De nombreuses personnes ont pu parler avec leurs familles vivant hors du continent, mais aussi sur les forums et les sites de partages de leurs difficultés. Ces échanges ont mit en évidence une société en souffrance, qui reste tout de même attachée à son pays et son gouvernement. Une majorité des gens xdu continent et d’Outremer sont attachés à leur pays.

Pour Pierre Haski, « Internet est une Révolution« , un qualificatif fort, faisant référence à la Révolution Culturelle. Le journaliste assure qu’Internet est une révolution « (…) non pas parce que la technologie serait en elle même porteuse de liberté, ou à l’inverse nécessairement liberticide, mais parce qu’elle bouleverse les règles du jeu politique au pouvoir des moyens nouveaux, imprévisibles, plus difficilement contrôlables ».

La moindre révélation gênante sur un haut cadre du parti peut remettre en question l’ascension du PCC, pouvant le conduire au limogeage. D’autant que, depuis la prise de pouvoir Hu Jintao, le gouvernement a lancé plusieurs campagnes contre la corruption au niveau national et local. Pour cela, l’État chinois a resserré la vice sur Internet (campagne de lutte contre la pornographie et la vulgarité lancée en janvier 2009) et sur les médias (la presse est contrôlée et vérifiée)

Le gouvernement est parvenu à mettre en place un système répressif, solide et compétent. De nombreux forums ont été fermés, les internautes sont surveillés ou collaborent à dénoncer les internautes « dangereux ». Ces derniers sont des citoyens moyens critiquant une réforme, une action gouvernementale ou remettant en question le gouvernement.

Un réseau sophistiqué et sur mesure

Dans le domaine technique, la Chine possède des opérateurs compétents et efficaces, lui permettant un réseau rapide, fluide et accessible au plus grand nombre. Le premier opérateur du pays, China Telecom, est une entreprise d’état à garder le monopole en rachetant des sociétés étrangères. Elle est également présente sur différent marché : backbone, accès, hébergement. Sous la coupe du Ministère de l’industrie de l’information (Ministry of Information Industry, MII), China Telecom fournit Internet à un nombre grandissant d’abonnés, particulièrement dans le haut débit.

Malgré le fait que les nouveaux opérateurs possèdent leurs propres réseaux IP, ils doivent utiliser la « boucle locale gérée par China Telecom ». Cela confère à l’entreprise d’état, un réel monopole permettant au gouvernement de contrôler l’ensemble du réseau. Patrick Maigron explique que « les fournisseurs d’accès Internet (FAI) construisent leurs offres à partir des infrastructures louées aux 6 opérateurs nationaux (liaisons louées et data centers). Certains d’entre eux sont d’ailleurs entièrement contrôlés par ces mêmes opérateurs ».

Voici les sept principaux fournisseurs d’accès Internet:

  • ChinaNet (China Public Computer Network , dit 163 Network) exploité par China Telecom, le leader en termes de parts de marché,
  • China Public Multimedia Network, dit 169 Network, le principal challenger de ChinaNet, également exploité par China Telecom,
  • GBNet (Golden Bridge Network, exploité par Netcom), Uninet (par Unicom), CMNet (par China Mobile), CSNET (par ChinaSat),
  • CGWNET (China Great Wall Network),
  • CERNET, China Education and Research Network), pour les universités
  • CSTNET, China Science and Technology Network) dans le domaine scientifique,
  • CIETNET, China International Electronic Trade Network le commercial.

Internet-Usage-Rural-China-900pxwideLes fournisseurs de contenu en Chine continentale limitent ou bloquent les actions de leurs internautes si le ministère le demande. Cependant, pour ne pas avoir de problèmes avec le gouvernement, ceux-ci font signer à leurs abonnés un contrat stipulant qu’ils ne peuvent être légalement responsable de ce qu’ils font sur le net et de ce qu’il pourrait leur arriver.

De leurs côtés, les fournisseurs de services endossent le rôle d’éditeur, légalement considéré comme responsables des diffamations et autres délits commis par leurs clients. De fait, l’autocensure reste la seule solution acceptable pour les clients, qui sont à la fois contrôlés par leurs fournisseurs d’accès et par les autorités.

Des contrôleurs, haute de gamme

Lorsqu’en 1994, Internet apparaît, mais le réseau internet chinois lui-même se lance un an plus tard, les dirigeants ont estimé qu’il était nécessaire de contrôler le réseau en totalité avant le mettre à disposition de la population.

Internet est perçu comme un composant essentiel au processus global de modernisation économique de la Chine et au maintien de sa compétitivité sur la scène internationale. Beijing s’est rapidement rendu compte qu’il fallait investir dans des infrastructures mondialement reconnu pour développer sa communication et moderniser ses technologies de l’information.

A partir de là, le gouvernement décide de mettre en place sur une stratégie de développement économique de l’information reposant sur trois phases :

  • « l’administration en ligne », toutes les administrations de l’état chinois sont en ligne. Cela a permit de moderniser une administration vieillissante, d’optimiser la diffusion de l’information et de gérer l’information entre chaque échelons du pouvoir.
  • « l’entreprise en ligne », les entreprises privées et d’état possèdent leurs sites. Elles sont aujourd’hui plus visibles pour les investisseurs.
  • « la famille en ligne », Internet permet aux enfants vivant loin de leur parents de rester en contact.

Cinq organes de gestion de contrôle d’Internet sont également mit en place :

  • le Bureau d’Internet et le Centre d’étude de l’opinion publique du Bureau de l’information du Conseil d’État (équivalent du gouvernement);
  • le Bureau d’Internet et le Bureau de l’information et de l’opinion publique du Département de la publicité (ancien Département de la propagande) ;
  • le ministère de l’Industrie de l’information (MII, Gōngyè Xìnxī Huà Bù), cet organe ne participe pas au contrôle direct d’internet, il a été crée en mars 2008 dans le but de réguler et développer le service postal, Internet, le réseau sans fil, la radio-diffusion, les communication, la production électronique et les « bonnes informations », l’industrie du logiciel et la promotion des connaissances économiques nationales.
  • le Bureau de surveillance et de sécurité des informations sur Internet du ministère de la Sécurité publique ;
  • le Centre d’enregistrement des informations illégales et inconvenantes sur Internet du ministère de l’Industrie de l’information (MII).

Les deux derniers organes gèrent la pornographie, la violence et la fraude électronique. Ce sont le Bureau de l’information du Conseil d’État et le Département de la publicité qui censurent directement et ferment les sites, blogs et forums.

Cependant, le réseau Internet est sous l’égide du Bureau de gestion de la propagande sur Internet et du Bureau de l’information du Conseil d’État. Ce dernier se divise en cinq sections dont les fonctions sont l’encadrement de l’information ainsi que la réalisation de rapports sur les informations circulant et les sondages d’opinion.

Chaque section délivre des « licences de service d’information sur Internet » et envoie aux sites les « notifications concernant l’information », c’est-à-dire l’interdiction de publication d’un article, d’un commentaire ou de couvrir une affaire jugée sensible. Il en est de même pour les organes provinciaux et municipaux, un Bureau de l’Internet est géré par le Bureau de l’information de la province.

L’ONG Reporter Sans Frontières expose le schéma de gouvernance d’Internet que voici :

Les organes de contrôle de l'État

Les organes de contrôle de l’État

Comme le montre ce schéma, le contrôle d’Internet est rigoureux et noyé dans une administration opaque, où chaque service possède ses marges de manœuvres et ses règles de restriction. Raison pour laquelle, la complexité de l’administration freine les propriétaires de sites dans leur obtention d’autorisations préalables issues de chaque section, indispensables au développement de leur site en ligne.

De plus, chaque bureau possède ses restrictions et ses règles. En ce qui concerne l’information, les sites privés doivent respecter les « Régulations de l’administration des informations d’actualité sur Interne », et les règles imposées par chaque bureau. Pour les sites commerciaux, il existe une autre régulation, idem pour les sites touristiques, et ainsi de suite pour chaque branche d’activité.

L’opinion publique sur Internet, outil indispensable au PCC

Le Bureau Internet du Département de la publicité organise quotidiennement une réunion hebdomadaire pour connaître l’opinion publique qui circule sur Internet. De cette réunion découle un rapport, adressé au ministre de la Publicité, au ministre de la Sécurité publique et au conseiller des Affaires d’État, afin qu’ils puissent se faire une idée des commentaires des citoyens sur des sujets d’actualité. Depuis septembre 2006, ce rapport est également adressé aux membres du Bureau politique du Parti communiste.

Trois rapports sont publiés chaque année à partir de l’observation des informations diffusées sur Internet. Intitulé « Rapport spécial d’information », il est quotidiennement consulté par le ministre de la Publicité et les principaux responsables de ce ministère. Le rapport « État de l’opinion publique sur Internet » est distribué aux membres du Bureau politique et du Comité permanent ainsi qu’aux principaux responsables du ministère de la Publicité.

« L’opinion publique sur Internet » réunit les opinions des citoyens sur des événements majeurs, celui-ci est destiné aux membres du Comité permanent du Bureau politique, au ministre de la Sécurité publique et au conseiller des Affaires d’État.

Le plus important pour le Parti est de contrôler l’opinion publique afin de préserver sa politique et sa prédominance. Le but est de conserver la « stabilité sociale et économique » du pays par tous les moyens. Pour pouvoir contrôler cette opinion publique, il est nécessaire de la connaître et parfois même de l’alimenter, le gouvernement lance souvent des discussions en ligne sur divers sujets.

Des internautes sont rémunérés pour qu’ils publient sur les différents supports une opinion favorable à la politique menée, ou qu’ils lancent des campagnes de propagande selon les événements.

Aidé par des sites commerciaux, tels que Sohu, Sina, Netease, QQ, Bokee, Kongzhong, Daqi, Tianya et Cat898 et la trentaine de sites gouvernementaux, les autorités étudient scrupuleusement l’opinion publique et parvient à museler certains internautes, voir à anticiper des mouvements de contestation.

En 2006, le Département de la propagande est devenu le Bureau Internet du Département de la Publicité. Son but est de renforcer le contrôle des médias en ligne, qui parviennent de plus en plus à dévoiler des informations, qui n’ont pas encore fait l’objet d’un rapport auprès des bureaux de surveillance et de contrôle.

Depuis le boom d’Internet, les bureaux jouissent d’important budget permettant de « mettre en place un système d’enregistrement des blogueurs sous leur vrai nom », facilitant le travail de la police pour les retrouver et les condamner pour la plupart.

Grandes dates de l’histoire d’internet en Chine

  • 1987 : premier mail envoyé de Chine sur le réseau académique CANET (Chinese Academic Network).
  • 1988-91 : diverses connexions internationales (réseaux X.25).
  • 1990 : enregistrement du domaine national « .CN ».
  • 1994 : première connexion Internet en Chine (vers l’opérateur américain Sprint), premier serveur et premier site Web.
  • 1995 : exploitation commerciale autorisée.
  • 1996 : création des premiers backbones (ChinaNet, GBNet, CERNET), premier cybercafé.
  • 1997 : premier FAI privé (China InfoHighway), création du CNNIC (China Internet Network Information Center).
  • 1998 : création du MII (Ministry of Information Industry).
  • 1999 : explosion du nombre de FAI, émergence de débats en ligne ouverts et animés.
  • 2000 : premières réglementations des autorités chinoises sur la surveillance et le filtrage d’Internet.
  • 2001 : création de l’Internet Society of China.

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