La Banque populaire de Chine (BPC, banque nationale) a indiqué dans un communiqué jeudi 8 juillet, qu’elle « poursuivra une politique monétaire relativement souple durant le deuxième semestre de l’année afin d’entretenir la continuité et la stabilité des politiques macroéconomiques« . Cette décision arrive quelques temps après la réévaluation du yuan réalisée le 19 juin dernier, et au lendemain du sommet du G20 de Toronto, le 27 juin. Ce sommet avait eu es conséquences positives sur la politique étrangère chinoise et sur le plan économique.

La BPC promet une série de mesure

Banque populaire de ChineDepuis 2005, la communauté internationale incite Pékin à réévaluer sa monnaie. Une demande rejetée par le gouvernement qui a assuré qu’il n’interférait pas volontairement sur sa monnaie, et que son économie devait aussi faire face à d’importantes difficultés : hausse démographique, hausse du chômage, corruption, inégalités sociales et économiques, concurrence …

La BPC a d’ailleurs expliqué qu’elle appliquera « plusieurs outils monétaires pour maintenir une croissance appropriée concernant l’approvisionnement, et (réglera) la structure du crédit afin de diminuer les risques ». Elle a ainsi assuré qu’elle mettra en place différentes mesures comme l’amélioration du mécanisme du taux de change du Yuan RMB, le réajustement de sa valeur sur un panel de monnaies étrangères.

La BPC « s’est aussi engagée à intensifier ses efforts pour faire avancer le développement du système financier du pays de manière saine, stable et sans risque », indique le communiqué de presse, publié par le ministère du commerce.

Des mesures qui rassurent les économistes chinois, affirmant une relance de l’économie pour cette année. Toutefois, la croissance devra également être relancer par la consommation intérieure (voir analyse de Patrick Artus et Jacques Mistral), les investissements et les exportations, qui restent les principaux stimulateurs de l’économie chinoise.

Stabiliser la croissance du pays

Cependant, il existe des risques d’inflation pouvant remettre en question la restructuration et transformation de l’économie du pays. D’autant que la Chine doit conserver une croissance stable de plus de 8%, pour ne pas creuser encore plus les inégalités. Le but est de parvenir à donner un emploi aux jeunes de plus en plus nombreux à entrer sur le marché du travail.

Raison pour laquelle, afin de maintenir une croissance stable et souple, l’administration d’état des devises étrangères (AEDE) de Chine a déclaré le 8 juillet également, qu’elle maintiendrait le taux de change du Yuan RenMinBi, à peu près stable, et à un niveau raisonnable et équilibré.

Celle-ci s’appuie sur la législation qui précise, selon le China Daily, que « le prix d’échange journalier du renminbi en dollar sur le marché du change inter-bancaire est autorisé à fluctuer dans une amplitude de 0,5% autour du taux de parité intermédiaire, annoncé chaque jour par le système de transaction de devise de Chine ».

Cependant l’AEDE a indiqué que « la différence de prix entre les prix de vente et d’achat du dollar coté offerts par les banques ne doit pas dépasser 1% de la parité intermédiaire pour les échanges hors espèce, et 4% de la parité intermédiaire si l’échange se fait en liquidités ».

Un taux de change record Yuan=Dollar

Yuan China DAilyLe taux de parité intermédiaire du Yuan s’est établi à 6,7896 contre 1 dollar, vendredi dernier, selon les statistiques publiées par le système de transaction de devise de Chine, le taux le plus fort depuis juillet 2005. En mi-journée, le yuan faiblissait toutefois à 6,7923 pour un dollar sur le marché interbancaire.

La BPC avait d’ailleurs annoncé le 19 juin qu’elle approfondirait la réforme de la fixation du système du taux de change du Yuan pour accroître sa flexibilité. D’autant que la pression en matière d’afflux du capital s’est améliorée depuis le mois de mai, en raison de l’affaiblissement des prévisions concernant l’appréciation du Yuan. Cet afflux net de devises étrangères a ainsi diminué de 56% en mai par rapport à avril.

Ces annonces devraient rassurer Washington, qui tente de faire pression sur la Chine, pour qu’elle ré-évalue sa monnaie, et surtout qu’elle cesse de « bloquer le marché américain ». En effet, cette réévaluation devrait permettre au marché américain de rééquilibrer sa balance commerciale, en réduisant le déficit dû aux importations de biens chinois.

Cependant, les experts admettent qu’il faudra voir sur le long terme, si la BPC continue d’apprécier le yuan, car pour des raisons de compétitivité de ses exportations, elle pourrait revoir sa politique monétaire.

Éviter les pressions publiques

A la veille du sommet du G20 à Toronto, Pékin ne veut pas subir de pressions publiques en faveur d’une appréciation de sa monnaie, que ses partenaires américains et européens l’accusent de maintenir sous-évaluée. Raison pour laquelle, le gouvernement chinois avait signalé son intention de renouer avec un système de taux de change plus souple, d’où l’annonce de la BPC.

Dans son communiqué, la BPC a affirmé vouloir garder le yuan « stable », ce qui montre sa volonté d’éviter tout mouvement brusque de la monnaie. D’ailleurs, le cours pivot représente le seuil autour duquel la monnaie chinoise fluctue quotidiennement, dans une limite de plus ou moins 0,5 % vis-à-vis du dollar américain.

Avant l’éclatement de la crise économique et financière internationale, Pékin avait pressenti à l’été 2008, les conséquences sur son économie et avait donc associé le yuan au dollar, aux alentours de 6,8 pour un dollar, privilégiant avant tout la stabilité.

Mais avec la reprise économique, les principaux partenaires commerciaux font pression pour un yuan plus fort, en particulier les États-Unis. Le 24 juin, le président américain Barack Obama a jugé « positive » la décision de la Chine d’accroître la fluctuation de sa monnaie. Cependant pour ce dernier, il est encore trop tôt pour savoir si cette mesure suffirait. D’après certains économistes le yuan serait sous-évalué de 40 % par rapport au dollar.