Plus connue sous le nom de Madame Chiang Kai-shek, Song Meiling est née à Shanghai le 5 mars 1898, elle décède à l’âge de 106 ans, le 23 octobre 2003, à New York. Elle épouse Chiang Kai-shek, le 1er décembre 1927, et devint sa secrétaire, sa conseillère et son interprète tout au long de sa carrière politique.

Song Meiling et Chiang Kai Shek

Song Meiling et Chiang Kai Shek

Éduquée aux États-Unis de 1907 à 1917, elle parle l’anglais couramment et en connaît toutes les particularités, elle parle également le français, étudié à Wellesley. Fille de Ni Guizhen et Charles Soong, missionnaire méthodiste, devenu riche entrepreneur. Son père n’est autre qu’un des partisans et amis de Sun Yat-sen. La famille de Song Meiling a de l’influence dans la vie politique chinoise : sa sœur ainée, Song Qingling est l’épouse Sun Yat-sen.

Song Meiling est une célébrité internationale durant quarante ans, entre 1930 et 1970. « Cette femme extraordinaire est passée à la postérité, mais cette association étroite au Généralissime ne saurait faire oublier que Mayling Song, issue d’une famille prestigieuse avait sa propre personnalité, menait sa propre existence et mérite sa propre place dans les livres d’Histoire« , a expliqué Philippe Paquet, auteur de « Madame Chiang Kai-shek. Un siècle d’histoire de la Chine« , cité par Taïwan Infos.

Un étudiante parfaite

Avant d’intégrer le collège, Meiling est logée chez W. N. Ainsworth, le président du Wesleyan College de Macon, en Géorgie, où elle reçoit des cours particuliers. Elle reste une année au Wesleyan College, puis s’inscrit en 1913 au Wellesley College, dans le Massachusetts. Diplômée de littérature anglaise et d’une mineure de philosophie, elle reçoit la distinction Durant (du nom du fondateur du collège) réservée aux meilleurs étudiants. Diplômée le 18 juin 1917, elle retourne en Chine.

Meiling rencontre Chiang Kai-shek en 1920, deux ans après son arrivée à Shanghai. Il est alors un militaire et partisan de Sun Yat-sen. Plus âgé qu’elle d’onze ans, non chrétien, il est alors marié et possède deux concubines. Ils se marient à Shanghai le 1er décembre 1927, sept ans après leur rencontre et la preuve qu’il a bien divorcé de ses épouses précédentes.

Song Meiling expliquera plus tard qu’entre elle et lui, il s’agissait surtout d’une grande histoire d’amour, bien que des historiens et biographes attestent de liens intéressés entre un futur homme politique et une famille renommée, évoluant dans le monde de la finance.

La mère et la sœur de Meiling, Qingling s’opposent au mariage, en raison de la confession du prétendant. Cependant Ailing, sa soeur aînée, mariée au banquier Kong Xiangxi, aurait été la principale instigatrice de ce mariage. Kong Xiangxi est alors considéré à l’époque comme « l’homme le plus riche de Chine. »

Une fois mariée, Meiling se lance dans la politique et devient membre du Yuan législatif, de 1930 à 1932. En 1932, elle devient secrétaire générale de la Commission aéronautique chinoise et deux ans plus tard, elle lance avec Chiang Kai-shek, le Mouvement de la vie nouvelle.

Anticapitaliste, ce mouvement est basé sur le confucianisme et vise à réformer la société notamment dans les domaines de la corruption, l’opium, des crimes … Ce mouvement prendra fin, en raison du désintérêt des chinois pour ce type de revendications, très éloignées de leurs besoins quotidiens.

Une femme de responsabilité

En décembre 1936, Chiang est capturé par le seigneur de la guerre Zhang Xueliang, lors de l’incident de Xi’an. Sans l’avis de la commission constituée par le KuoMinTang, chargé de s’occuper de cette affaire, Meiling se rend à Xi’an avec son frère Song Ziwen et un conseiller australien, qui connaît Zhang Xueliang, pour négocier sa libération. Un accord avec les communistes est alors signé pour lutter contre le Japon.

Meiling se voit alors confier par son époux en 1937, les forces aériennes. Elle confie l’organisation au général Claire Lee Chennault, chef des Tigres volants. Le rôle de Meiling auprès de l’aviation se justifie par ses connaissances en anglais, nécessaire pour développer l’armée, avec l’aide des États-Unis. En 1938, dans le cadre du Mouvement de la Vie nouvelle, elle crée la Commission d’assistance au travail féminin.

En 1949, Song Meiling suit son mari à Taïwan en Chine, alors que ses frères, Song Ailing et son mari Kong Xiangxi se rendent aux États-Unis. Durant vingt-cinq ans, elle continue de soutenir son mari sur le plan national et de le représenter sur le plan international.

Soong MailingEn dehors de son rôle au sein du Kuomintang, elle est nommée, en 1950, présidente du conseil de l’Université catholique Fu-Jen. Elle est également mécène du Comité international de la Croix-Rouge, présidente honoraire du Fonds britannique uni d’aide à la Chine et premier membre honoraire de la Société de commémoration de la Constitution.

Elle marque les esprits des plus grands 

D’après Philippe Paquet, citant Richard Nixon, vice-président des États-Unis, ayant rencontré Meiling en novembre 1953. Ce dernier aurait été frappé par « l’intelligence et la détermination de Chiang Kai-shek, mais c’est Madame Chiang, qui traduisit la majeure partie des sept heures d’entretiens, qui l’impressionna surtout. »

Richard Nixon note dans son livre de souvenirs, « Leaders », que Madame Chiang « était bien plus que l’interprète de son mari. (…) Je crois que l’intelligence, la force persuasive et l’énergie morale de Madame Chiang auraient pu faire d’elle un grand dirigeant à part entière. »

A l’occasion d’un voyage médiatisé aux États-Unis en 1943, Song Meiling en profite pour sensibiliser la classe politique américaine et l’opinion publique des besoins de la Chine en guerre contre le Japon (1937-1945). Venue se faire soigner, elle put échanger avec Franklin Roosevelt, ses conseillers et les membres de son cabinet.

Le 18 février 1943, elle prononce un discours historique devant le Congrès qui sera par la suite encensé par la presse. Elle se rend à New York, Boston, Chicago, San Francisco, Los Angeles, Ottawa et Atlanta, à Los Angeles, où tout Hollywood « l’honora en montant un spectacle célébrant les mérites de la Chine nationaliste« , indique Philippe Paquet. Elle devient alors une célébrité, elle fait la Une des magazines, dont Time sous le titre de « Madame Dragon. »

Les historiens expliquent qu’elle était douée, car elle parvenait à séduire les médias et fédérer autour de ses idées. Son image contraste de beaucoup avec celle de son mari, Chiang Kai-shek, qui est vivement critiqué pour son autoritarisme et la corruption de son régime.

Diplomate et propagandiste, Song Meiling aura marqué la Conférence du Caire de novembre 1943, pour avoir été la seule première Dame présente. Song Meiling échange avec les dirigeants du monde et pose aux côtés de Winston Churchill, Franklin Roosevelt et de son mari sur une photo devenue célèbre.

Deux après cette conférence, elle devient membre du Comité central exécutif du Kuomintang. En 1948, devant la montée irrépressible des communistes, Chiang Kaï-chek se force à prendre des sanctions contre les plus corrompus du KMT et du gouvernement. Il s’agit en majeure partie des membres des familles Song et Kong. Cette année-là, elle part de nouveau en mission aux États-Unis pour solliciter de l’aide, mais la nature corrompue du gouvernement nationaliste est désormais connue et Harry Truman se montre très froid envers elle.

A suivre : Song Meiling, une diplomate hors-pair