Les Ouïghours de 14 pays du monde sont descendus dans les rues pour relayer les protestations contre le placement de nombreux ouïghours dans des « camps de concentration », sous prétexte de leur faire « apprendre les lois chinoises et la langue chinoise ».

L’ONU appelé au secours contre les « camps de concentration de rééducation »

Pour la communauté, il s’agit surtout d’un «lavage de cerveau», a révélé le site chinois Boxun. Raisons pour lesquelles, ils ont demandé aux Nations Unies d’enquêter et de faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il ferme ces « camps de concentration de rééducation ».

Rebiya Kadeer, militante ouïghoure

A proximité du siège des Nations Unies à New York, près de 400 Ouïghours venant tout les pays du monde ont participé à la manifestation. La militante des droits de l’homme de l’ethnie ouïgoure Rebiya Kadeer, a prononcé un discours, aux côtés de plusieurs personnes qui ont témoigné de leur situation.

Sur Voice of America en chinois, Nizzamuddin, un Ouïghour australien, a indiqué avoir vu sa femme pour la dernière fois en 2017, à l’occasion de la Saint-Valentin. Ce jour-là, voulant lui faire une surprise, il avait effectué le trajet Sydney-Ürümqi en avion. Un mois après son départ de Chine, sa femme, nouvellement enceinte, a été arrête puis condamné à sept ans de détention.

Une autre personne, d’origine pakistanaise, a indiqué rechercher son épouse ouïghoure, depuis le 22 décembre 2017. «Selon les autorités, ma femme va en cours, où elle étudie le chinois et le droit», a témoigné ce dernier. «Les gens vont à l’école le matin et rentrent à la maison le soir. Un lieu qui empêche quelqu’un de rentrer chez lui des mois durant, j’appelle cela une prison, pas une école», a souligné ce dernier, dans le journal britannique The Guardian.

Selon la chaîne américaine CNN, des Ouïghours sont enfermés dans des «camps de rééducation politique», où ils sont contraints de faire l’éloge du parti, de scander des chants révolutionnaires et d’apprendre le mandarin. D’après  des informateurs sur place à la radio américaine Radio Free Asia, les enfants ouïghours, dont les parents ont été arrêtés, sont livrés à eux-mêmes, et beaucoup sont entassés dans des orphelinats aux conditions de vie désastreuses.

Une initiative citoyenne internationale

Face à la presse grandissante, les ouïghours vivant l’étranger ont décidé de fouler le pavé, le 15 mars aux quatre coins de la planète. De l’Australie au Japon, de la Turquie à la Norvège, de l’Angleterre à la Belgique et des États-Unis au Canada, les manifestations ont eu lieu durant 22 heures.

Le président de la Uyghur American Association (association américaine des Ouïghours), Ilshat Hassan, a déclaré à la radio Voice of America que cette action est à l’initiative d’un groupe de femmes ouïghours aux États-Unis. «Les tristes nouvelles qui nous parviennent chaque jour du Turkestan oriental (le  Xinjiang) ont donné à ces femmes la volonté de protester pacifiquement», a expliqué ce dernier, ajoutant qu’elles ont décidé d’organiser un sit-in devant l’ONU, lors de la conférence sur les droits des femmes.

Cette initiative s’est répandue aux communautés ouïghours du monde entier sous le slogan «d’un même pas, d’une même voix », pour protester contre la détention illégale des ouïghours, par les autorités chinoises, dans des « camps de rééducation politique».

Des vidéos de manifestants ont été publiées sur le net sur lesquels ils scandent des slogans tels que «Pas de justice, pas de paix», agitant des drapeaux bleus, symboles du Xinjiang, et brandissant des pancartes, où était notamment écrit «Libérez les prisonniers ouïghours».

«Nous demandons à l’ONU de mener une enquête»

Fermière dans le Xinjiang

Comme l’a expliqué Ilshat à VOA, en chinois, «nous avons transmis une pétition à l’ONU pour exiger de la Chine qu’elle rende public le nombre de détenus ouïghours dans les camps de rééducation politique. Nous estimons qu’ils sont un million à l’heure actuelle, soit une à deux personnes par famille».

Selon lui, ils sont plus d’une dizaine à y être morts : «nous demandons à l’ONU de mener une enquête, de faire pression sur la Chine, de faire éclater la vérité, et, enfin, de permettre la fermeture de ces camps». De son côté, le gouvernement chinois a nié toute discrimination et violence de sa part envers la communauté ouïghour, assurant que ses lois, sa culture et sa religion étaient protégées.

Toutefois, des organisations telles que Human Rights Watch et Amnesty International ont affirmé que les politiques répressives de l’État chinois au Xinjiang, menées au nom de «l’anti-séparatisme» et de «l’antiterrorisme», faisaient de cette région l’une des plus contrôlées au monde.

En collaboration avec Julia Peillon stagiaire de Chine-Magazine.Com