Héros légendaire du IIIème siècle après Jésus Christ, Guandi (160-220 ap. J.C.) est honoré chaque année à La Réunion (département français). Durant plusieurs jours, la communauté chinoise met toute l’île à la fête entre gastronomie, histoire et traditions.

Guan DiLes « royaumes » de Guandi

Appelé Guan Yu, (关羽, Guān Yǔ), il est également connu sous les noms de Kouan Yu, Yunchang, 云长, Les Japonais le nomment AKan’u Unchō et les Coréens, Gwanu Unjang.

Célèbre en Asie et à La Réunion, Guandi est l’un des personnages du roman historique de Luo Guanzhong, « Histoire des Trois Royaumes« , écrit au 14ème siècle. Ce roman est basé sur l’œuvre de Chen Shou (陈寿; Chén Shòu) intitulé « Chroniques des Trois Royaumes ».

Il s’agit du récit de la chute de la dynastie Han, de l’ascension de Cao Cao et des batailles qui s’ensuivent. Le roman retrace l’histoire de la Chine entre 220 et 265 après Jésus Christ.

Le succès de Guan Di ou Guan Yu apparaît lorsqu’il combat les Turbans Jaunes, mouvement de révolte du peuple chinois contre la dynastie Han, en l’an 184.

Sa biographie complète est présentée dans le Chapitre 36 du livre de Sanguo Zhi, « Les Chroniques historiques des Trois Royaumes ». D’après la légende, il aurait été l’un des « Cinq généraux tigres ».

Il a été loyal jusqu’à la fin au seigneur Liu Bei, fondateur du royaume de Shu (221-265 ap. J.-C.) et puissant seigneur de la fin de la dynastie Han, au début des Trois Royaumes.

Un héros devenu un culte

Vénéré en tant qu’héros, dieu taoïste puis comme Bodhisattva, Guandi était avant tout, un général appelé par ses soldats, Guan Gong ou Guan Yo. Admiré pour son courage et sa loyauté, de nombreuses histoires racontent ses exploits.

L’une d’elles relatent la fois où il sauva une jeune femme des mains d’un dignitaire corrompu. Ce dernier l’enleva pour faire d’elle sa maîtresse, mais Guandi couru à son secours et tua le dignitaire. Alors qu’ils se réfugient dans un temple, des soldats les rattrapent. Le général doit alors les abattre pour survivre. Lors de ce combat des flammes le brûlent au visage, lui permettant de fuir sans être reconnu.

Un autre événement explique pourquoi Guandi est si vénéré. A la fin de sa vie, il fut prisonnier, mais par allégeance à son seigneur, il refusa de s’incliner devant le seigneur Sun Quan. Il est alors exécuté, son honneur est sauf et sa mort crée le mythe.

Tous ces récits font de ce fin stratège, un dieu à la fin du 16ème siècle, sous le nom de Guanshengdijun, ou Guandi qui signifie « Saint empereur Guan ». Considéré comme un « modèle de vertu par le confucianisme », il est élevé au rang de Bodhisattva (saint homme dans la religion bouddhiste, il a franchi les degrés de la perfection mais n’est pas encore un Bouddha).

Les disciples de Confucius voient en lui le « saint guerrier » (wusheng), ressemblant au « saint lettré » qu’était le maître (wensheng). Dieu de la guerre, protecteur de la littérature, protecteur des soldats et policiers, protecteur du royaume et des fonctionnaires, Guandi possède de nombreuses qualités et fonction dans la société chinoise.

Divinité taoïste, il est également considéré comme le gardien de la droiture et le protecteur des hommes en situation de conflits et face au mal. Le culte va jusqu’à donner à Guandi, la capacité de chasser les démons, de prédire l’avenir et informer les vivants de ce qui se passe dans l’au-delà.

La Réunion honore son dieu

Représenté sous les traits d’un géant de neuf pieds de haut, avec une barbe longue de deux pieds, ses yeux ressemblent à ceux d’un phénix à cause de leur couleur rouge cinabre. Il a un visage rouge en souvenir de l’un de ses exploits et des vêtements verts. Vêtu d’une armure, il possède un « guandao », sorte de hampe de taille moyenne de l’époque Song (960-1279), pesant environ 80 jins, soit 40Kg.

Durant quelques jours, La Réunion est à l’heure chinoise. La commémoration dure plusieurs jours, à la fois pour lui faire des offrandes, prier les ancêtres, mais aussi faire connaître la culture chinoise et entre autre, déguster des« mines de longévité ». Lors des repas, les membres de la famille brûlent trois bâtonnets d’encens devant chaque autel.

Loyauté, courage et bonheur sont représentés par la couleur rouge, qui orne chaque maison des réunionnais d’origine chinoise. En plus de l’encens, des papiers de couleurs dorées et argentées représentant des billets de banque que l’on brûle dans de grands fours pour attirer la fortune. Une fête sans pétard est impossible, pour chasser le mauvais sort et éloigner les démons, des pétards sont allumés.