De notre stagiaire Florian Roddier – Depuis le lancement de la réforme économique chinoise en 1978, la Chine s’est progressivement imposée comme un acteur important de la mondialisation.

Dans ce cadre, en tant que deuxième puissance économique mondiale depuis 2010, l’accent a été mis par les autorités chinoises sur le déploiement de canaux de communication et de connexion avec le reste du monde.

Aussi bien à l’échelle nationale, régionale, qu’internationale, le déploiement de plateforme aéroportuaire en Chine a fait l’objet de nombreuses politiques publiques, aspect qui illustre la volonté chinoise de s’imposer comme un acteur influent du secteur aérien. D’ici 2035, le gouvernement chinois souhaite mettre en service 400 aéroports à travers le territoire, contre 241 actuellement.

Récemment, les autorités ont inauguré l’aéroport international Chengdu-Tianfu (成都天府国际机场), situé dans la capitale de la province du Sichuan. Cet édifice devient le plus grand aéroport de transport civil de Chine, construit pendant la période du XIIIème Plan quinquennal (2016-2020).

Cet aéroport illustre la volonté chinoise d’intégration et d’interconnexion de la Chine avec le reste du monde. Avec un flux annuel de passagers estimé à près de 60 millions, cette infrastructure a pour objectif d’aider la ville de Chengdu à devenir une plaque tournante du transport aérien chinois, en reliant l’Empire du Milieu à l’Europe, au Moyen-Orient, à l’Asie Centrale et l’Asie du Sud-Est.

Pour assurer ce développement, le gouvernement municipal s’appuie sur deux leviers : la construction de nouvelles infrastructures aéroportuaires et l’augmentation du nombre de compagnies aériennes locales et nationales.

Ainsi, la Chine entend garder sa première position dans le marché du secteur aérien en Asie-Pacifique. Mais au-delà des considérations purement économiques et commerciales, les attentes autour de cette politique chinoise de développement aéroportuaire à l’échelle nationale sont nombreuses.

En effet, « le projet ‘la Ceinture et la Route’ apporte des opportunités au développement dans l’Est, le Centre et l’Ouest, et notamment dans certaines régions de l’Ouest, qui étaient marginales par le passé et seront des centres de rayonnement qui bénéficieront d’énormes opportunités de développement une fois l’interconnexion avec les pays voisins réalisés », a indiqué le président Xi Jinping, le 9 décembre 2014, à la Conférence centrale sur le travail économique.

Pour cela, le gouvernement chinois a établi des étapes à franchir. Dans un premier temps, ces investissements massifs dans le secteur aéroportuaire accompagnent des politiques publiques globales. Outre l’initiative « la Ceinture et la Route », cette nouvelle inter-connectivité aérienne entraîne aussi le renforcement des échanges et des relations entre la Chine et ses pays partenaires.

D’ailleurs, les années 2000 en Chine ont été marquées par le développement de hubs – ou plate-forme de correspondance aéroportuaire – dans de grandes villes du pays, comme à Hong Kong, Pékin, Shanghai ou Canton.

Ainsi, en avril 2021, un rapport du Conseil international des aéroports (Airports Council International, ACI) place l’aéroport international Canton-Baiyun (广州白云国际机场) en première position dans le classement des aéroports les plus fréquentés au monde, pour l’année 2020.

Ce classement est à relativiser en raison de la pandémie de la COVID-19, mais cela illustre les politiques menées par les autorités chinoises dans ce secteur depuis deux décennies. D’autant plus que les rapporteurs attestent que sept autres aéroports chinois figurent dans le top10 des aéroports les plus fréquentés au monde, là encore pour l’année 2020.

De plus, pour le gouvernement chinois, ces investissements sont aussi l’occasion de jumeler enjeux nationaux et enjeux internationaux. Ainsi, le chantier en cours du nouvel aéroport à Hohhot (région autonome de Mongolie intérieure) ou les projets de construction du premier aéroport de plateau dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (adopté en octobre 2019) et de trois nouveaux aéroports dans la région autonome du Tibet (adopté en avril 2021) reflètent cette volonté nationale et internationale.

D’autant plus que ces futures infrastructures sont perçues par le gouvernement chinois comme le moyen d’insuffler un nouvel élan socio-économique à ces zones, tout en les propulsant comme de futurs carrefours inévitables sur le tracé des nouvelles routes de la soie, en reliant la Chine à la Mongolie, à la Russie, à l’Asie Centrale …

Dans un second temps, cette restructuration du secteur aérien chinois a aussi pour objectif de désenclaver les régions situées à l’Ouest de la Chine, et ainsi amorcer un rééquilibrage entre ces régions et celles de l’Est de la Chine.

Initialement, les hubs aéroportuaires ont vu le jour sur la côte Est de la Chine, avec par exemple la mise en service en septembre 1999 de l’aéroport international de Shanghai-Pudong. Cependant, progressivement, les régions à l’Ouest de la Chine ont elles-aussi été intégrées à ce plan.

A ce titre, entre 2012 et 2017, le nombre d’aéroports de second rang, accueillant des services long-courriers, a quasiment doublé à travers la Chine. Encore aujourd’hui, ce rééquilibrage est visible à travers la mise en fonction de nombreuses infrastructures ou le lancement de nombreux projets de rénovation ou d’agrandissement d’infrastructures déjà existantes.

La mise en service de l’aéroport de Chongqing-Wushan (重庆巫山机场) dans le sud-ouest de la Chine en août 2019, situé à plus de 1770 mètres au-dessus du niveau de la mer, vise à réduire l’écart entre les régions.

Tout comme, le projet d’extension de l’aéroport de Lanzhou (capitale de la province du Gansu) dans le nord-ouest du pays (approuvé en février 2020); ou la mise en service en août 2020 du nouvel aéroport civil à Yulin (région autonome zhuang du Guangxi). Désormais, le Guangxi abrite huit aéroports civils, selon le rapport préliminaire proposé par le Conseil international des aéroports (ACI), publié en avril 2021.

Par conséquent, au-delà d’une simple amélioration des flux de circulation à l’échelle nationale, le financement d’infrastructures aéroportuaires par le gouvernement répond à un désir de revalorisation économique, sociale et politique de nombreuses zones du pays.

Les retombées attendues, à l’échelle nationale et internationale, sont économiques, avec l’aide au développement du tourisme dans des régions jusqu’ici peu accessibles, mais aussi politiques.

Les connexions interrégionales opérées par ces aéroports dans toute la Chine et à travers le monde sont une priorité pour le gouvernement chinois, afin de renforcer sa position sur la scène diplomatique et économique dans un contexte de mondialisation.

De plus, sur la base de cette politique de développement aéroportuaire, la Chine entend raccorder son initiative « la Ceinture et la Route » avec l’Est, le Centre et l’Ouest de la Chine. Il reste que ce développement infrastructurel doit être compatible avec un des enjeux fondamentaux de notre époque, le « développement vert », selon le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping.