Un groupe d’avocats et experts des droits de l’Homme enquête sur le traitement infligé à la minorité musulmane ouïghoure, ils entendent depuis le 11 juin des témoins. La Chine a accusé ce tribunal de « machine à mensonges ».

Les neuf membres du « Tribunal ouïghour », ainsi nommé malgré l’absence de toute autorité judiciaire recueillent des témoignages sur les crimes présumés à l’encontre des Ouïghours dans la région autonome du Xinjiang.

Le « Tribunal ouïghour » entend à l’issue de ses auditions établir dans un rapport qui sera publié à la fin de l’année 2021, si il estime que la Chine s’est rendue coupable de « génocide » et de « crime contre l’Humanité » contre les Ouïghours et d’autres minorités musulmanes en Chine.

Les témoins et participants souhaitent ainsi attirer l’attention internationale et entraîner de possibles actions contre la Chine.

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Qelbinur Sidik, professeure et membre de l’ethnie ouzbèke de la capitale du Xinjiang, Urumqi, a expliqué que les dirigeants du PCC dans la région l’avaient forcée à enseigner le chinois dans deux camps de « rééducation » pour les Ouïghours. Enchaînés, ils doivent y subir des heures d’enseignements, a-t-elle témoigné.

« La police, les gardiens du camps ne voyaient pas les prisonniers hommes comme des être humains », a-t-elle expliqué, « ils prenaient plaisir à voir leurs humiliations et leur souffrance ».

Concernant les femmes, « elles étaient non seulement torturées, mais subissaient aussi des viols, parfois collectifs », a-t-elle poursuivi. Les stérilisations étaient courantes, a-t-elle raconté, évoquant le cas d’une prisonnière qui en est morte.

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Qelbinur Sidik a elle-même été stérilisée de force, a-t-elle raconté, avant d’obtenir un visa pour rendre visite à sa fille aux Pays-Bas, qui lui a permis de fuir la Chine.

« Les choses auxquelles j’ai assisté, que j’ai subies, je ne peux pas les oublier ne serait-ce qu’un jour », a-t-elle expliqué. « Je ne souhaite à personne de souffrir comme ça ».

Selon des experts étrangers, plus d’un million de Ouïghours, principal groupe ethnique du Xinjiang, sont détenus dans des camps de rééducation et certains sont soumis à du « travail forcé ».

La Chine conteste ces accusions, et affirme qu’il s’agit de centres de formation professionnelle destinés à éloigner les Ouïghours du terrorisme et du séparatisme, après de nombreux attentats meurtriers commis contre des civils par des Ouïghours.

Le « Tribunal ouïghour » n’est affilié à aucun gouvernement et la Chine a refusé toute participation.

Les Ouïgours sont l’une des 56 ethnies recensées en Chine. Principalement musulmans turcophone, parlant pour la plupart une langue apparentée au turc, ils constituent un peu moins de la moitié des 25 millions de personnes vivant au Xinjiang.

La Chine a en revanche pris des sanctions contre l’organisation et son président Geoffrey Nice, qui a dans le passé mené les poursuites devant la justice internationale contre l’ancien dirigeant serbe Slobodan Milosevic pour crime contre l’Humanité.

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« Les allégations portées contre la Chine sont graves » et comportent de nombreuses violations de la déclaration des droits humains de l’ONU, a déclaré Geoffrey Nice à l’ouverture de la première de deux sessions d’auditions, le 4 juin. Cette session s’est clôturée le 8 juin.

Selon l’un des conseillers du tribunal, les gouvernements américain et australien ont proposé de fournir des éléments, qui viendraient s’ajouter aux milliers de pages déjà amassées.

Créé à la demande du Congrès mondial ouïghour, le plus important organisme représentant les exilés ouïghours, le « Tribunal ouïghour » a promis qu’il serait « impartial » et gouverné par les « preuves ».

Alors que le Congrès mondial ouïghour presse la communauté internationale à agir contre la Chine, ce tribunal est une occasion pour lui de mettre en avant les sévisses contre les ouïghours.

« Ce pseudo-tribunal n’a rien à voir avec la loi. C’est détourner le nom de +tribunal+ pour s’engager dans des politiques anti-chinoises et de la manipulation de l’opinion publique », a dénoncé le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Wang Wenbin.

« C’est du blasphème contre la loi », a-t-il ajouté, accusant ce « soi-disant tribunal de fédérer un groupe dont l’opposition à la Chine est la profession et le gagne-pain ».