Le président américain Joe Biden va retrouver ce 15 juin les chefs de l’Union européenne à Bruxelles pour relancer le partenariat dénigré durant plusieurs années par Donald Trump.

A travers ces rencontres, Joe Biden veut mesurer le soutien de l’UE face à la Chine, alors que Paris et Berlin refusent de s’aligner totalement sur la stratégie de Washington.

Contrairement à Donald Trump, qui avait qualifié l’UE d’« ennemi », Joe Biden atteste que «l’Union européenne est une entité extraordinairement forte et dynamique», a-t-il lancé lors du G7 en Cornouailles.

Le président américain rencontrera à la mi-journée du 15 juin le chef du Conseil européen Charles Michel, représentant des Vingt-Sept, et la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

 Cette rencontre UE/Etats-Unis à Bruxelles est la première depuis 2017, et « ne va pas tout régler mais la diplomatie est de retour », a souligné un haut responsable européen à l’Agence France Presse.

Outre la question des contentieux commerciaux avec des taxes punitives de part et d’autre, Joe Biden veut « désamorcer les contentieux afin de se concentrer sur sa priorité, la Chine », a souligné Eric Maurice de la fondation Schuman.

De leurs côtés, les européens «vont chercher à savoir quelle est leur marge de manœuvre dans cette alliance contre la Chine. Il y a un accord entre eux pour ne pas s’aligner totalement, pour des raisons géopolitiques côté français et économiques côté allemand», a ajouté ce dernier.

L’Union européenne veut protéger son marché de la concurrence des entreprises de Chine, mais elle doit aussi ménager une puissance devenue son premier partenaire commercial.

D’ailleurs, Bruxelles n’a pas renoncé à son accord conclu en décembre avec la Chine, afin d’ouvrir aux investisseurs européens des secteurs clés en Chine, dont l’accès est fermé ou restreint.

Cet accord Chine-UE est actuellement gelé après des sanctions de l’UE contre les violations des droits des Ouïghours, suivies de contre-sanctions de la Chine.

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Alors que l’Europe n’est plus la priorité pour les Etats-Unis, qui se sont orientés vers l’Indo-Pacifique sous Barack Obama, Joe Biden veut montrer à la Chine et à Vladimir Poutine «que les Etats-Unis et l’Europe sont soudés».

Ainsi, l’UE et les Etats-Unis s’engagent à « coopérer étroitement » tout en respectant « leurs approches respectives » et expriment leurs « inquiétudes communes » sur les violations des droits, notamment au Xinjiang, les atteintes à la démocratie à Hong Kong et les ambitions de Pékin en mer de Chine.

Les Etats-Unis et l’UE souhaitent faire front commun sur les technologies et le commerce. Face à la Chine, qui menace selon Washington, la suprématie américaine dans l’économie numérique et veulent des nouvelles technologies basées sur leurs « valeurs démocratiques partagées ».

Un Conseil commun du commerce et de la technologie sera créé pour travailler à des normes communes, pour, selon la Maison Blanche, ne « pas laisser la main aux autocraties », dont la Chine fait partie selon Joe Biden.

Cette rencontre UE-USA intervient après la décision de la Chine de contrer les sanctions occidentales, à travers une loi, assurant que « si des pays étrangers violent la loi internationale et les normes fondamentales des relations internationales (…) et prennent des mesures discriminatoires contre des citoyens ou des organisations chinoises et interfèrent dans les affaires intérieures chinoises, la Chine a le droit de prendre des contre-mesures correspondantes ».

Les sanctions prévues sont de ne pas accorder de visa, la résiliation voire d’expulsion d’une personne visée, la saisi des avoirs d’un individu ou d’une organisation à l’intérieur du pays, et l’interdiction à une personne ou à une organisation d’exercer des transactions en Chine.

Enfin, la Chine peut prendre d’«autres mesures nécessaires». De fait, les entreprises européennes en Chine craignent qu’avec la nouvelle loi, elles doivent faire un choix entre se conformer aux sanctions américaines et risquer des représailles de la Chine, ou vice versa.

Joerg Wuttke, président de la Chambre de commerce de l’UE en Chine, a indiqué que les entreprises étrangères se retrouvent «coincées entre le marteau et l’enclume» et vont devoir «naviguer sur ce nouveau champ de mine législatif».