Alors que les pays du Groupe des Sept a appelé à une nouvelle enquête sur l’origine du Covid-19, une virologue chinoise, directrice d’un des laboratoires de l’Institut de virologie de Wuhan, a de nouveau démenti la théorie selon laquelle le virus à l’origine du Covid-19 aurait pu s’échapper de son institution.

Le président américain Joe Biden avait appelé en mai les services de renseignement américains à « redoubler d’efforts » pour expliquer les origines du Covid-19, déplorant le manque de coopération et de transparence de la Chine.

Longtemps balayée d’un revers de main par la plupart des experts, la théorie d’un accident de laboratoire à Wuhan, en Chine, est revenue en force ces dernières semaines dans le débat américain. Et les appels en faveur d’investigations plus approfondies se multiplient au sein de la communauté scientifique.

Lire aussi: L’Institut de virologie de Wuhan nie toute responsabilité

Shi Zhengli, à la tête du laboratoire de haute sécurité P3 (pour « pathogène de classe 3« ) de l’institut de Wuhan qui étudie de nombreux virus dont les coronavirus, a répondu au New York Times par téléphone et e-mail, dans un entretien publié le 14 juin.

« Comment diable puis-je apporter des preuves de quelque chose dont il n’y a aucune preuve?« , a-t-elle déclaré, souhaitant ensuite poursuivre par e-mail, citant les règles de l’institut basé à Wuhan, qui fut le premier épicentre de la pandémie de coronavirus.

Selon le New York Times, Dr Shi a démenti la question attestant que son laboratoire avait eu en sa possession une souche du nouveau coronavirus avant la pandémie.

Elle a aussi démenti les informations, publiées dans la presse américaine, selon lesquelles trois chercheurs de l’institut de Wuhan auraient été hospitalisés en novembre 2019, présentant des symptômes compatibles avec le Covid-19, mais aussi avec ceux d’une « infection saisonnière ».

Lire aussi : Trois chercheurs auraient été infectés fin 2019, la Chine dément

Shi Zhengli a également rejeté les accusations de manipulations génétiques dangereuses, notamment relayées aux Etats-Unis par certains élus républicains. En effet, en février 2021, le New York Times rapportait que le sénateur américain Tom Cotton avait appuyé la rumeur disant que la Chine avait créé le virus dans un laboratoire hautement sécurisé à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie. Il a par la suite changé d’avis, selon le Times.

Laboratoire P4 de l’Institut de Virologie de Wuhan

Or ces recherches, dites de « gain de fonction » (gain-of-function, en anglais), consistent à modifier délibérément le code génétique d’une molécule, en l’occurrence d’un virus, de façon parfois inoffensive, mais parfois visant à accroître la virulence ou la transmissibilité d’un pathogène afin de mieux le comprendre.

Très controversées, des recherches de ce type ont pourtant eu lieu à l’institut de Wuhan, a affirmé le New York Times, qui renvoie à un article publié en 2017 par un groupe de scientifiques du laboratoire de Wuhan, dont Dr Shi, où ils présentent les résultats de recherches au cours desquelles ont été créés de nouveaux coronavirus de chauve-souris.

Interrogée par le New York Times sur la question, Shi Zhengli a affirmé n’avoir jamais conduit d’expériences de gain de fonction « visant à accroître la virulence de virus ». 

En mai 2020, Shi Zhengli avait démenti avoir quitté la Chine. Selon certaines rumeurs venant de Chine, celle qui est surnommée «Bat Woman» serait en France et aurait demandé l’asile politique à l’ambassade américaine à Paris. Selon ces rumeurs, elle serait également partie avec des milliers de documents sensibles pris du laboratoire P4 de Wuhan.

Diplômée de l’Université de Montpellier 2,  et spécialisée dans la recherche sur les chauves-souris porteuses de coronavirus depuis plus de 15 ans, Shi Zhengli était au centre des polémiques et la cible des complotistes.