Purge dans l’armée chinoise : un évènement sans précédent
Selon un reportage de la chaîne de télévision d’État chinoise CCTV diffusé le 24, le ministère chinois de la Défense nationale a annoncé que Zhang Youxia et Liu Zhenli, membre de la Commission militaire centrale et chef d’état-major des armées, ont été inculpés de graves violations disciplinaires et d’activités illégales et font l’objet d’une enquête.
Dennis Wilder, ancien responsable de la CIA, a expliqué dans l’émission Insight présentée par Haslinda Amin sur Bloomberg que la purge par le président Xi Jinping du général Zhang Youxia constitue le bouleversement le plus important au sein de la direction militaire chinoise depuis des décennies. Il a exposé ce que la chute de Zhang laisse entendre sur le contrôle du pouvoir exercé par Xi.
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Dans un éditorial du 25 janvier, le Quotidien de l’Armée populaire de libération a déclaré que les accusations portées contre les deux hommes concernaient « le piétinement et la destruction du système de responsabilité des présidents de la Commission militaire centrale ». Il s’agit non pas d’un simple cas de corruption, mais d’un crime politique qui remet directement en cause l’autorité militaire et l’ordre établi de Xi Jinping.
Le remaniement de la hiérarchie militaire initié par le président Xi Jinping depuis 2023 vise désormais le sommet du pouvoir. La 20ème Commission militaire centrale, créée en octobre 2022 avec sept membres, a été réduite à deux : Xi Jinping et Zhang Shengmin, promu vice-président en octobre dernier, après une série d’épurations. Si le contrôle de Xi Jinping sur l’armée s’est renforcé, certains prévoient que les projets d’expansion militaire pourraient subir des revers.
Avec la chute de cinq des six membres de la Commission militaire centrale, la campagne de rectification de la discipline militaire menée par Xi Jinping dans le cadre de la lutte contre la corruption qui semble avoir pris fin. Christopher Johnson, directeur du China Strategic Group et ancien analyste de la CIA, a estimé auprès du New York Times que « c’est une annihilation sans précédent du commandement militaire chinois ».
De son côté, Lyle Morris, chercheur principal à l’Asia Society Policy Institute (ASPI), un groupe de réflexion américain, a affirmé que « la plus grande purge de l’histoire chinoise depuis 1949 est terminée ».
Une source diplomatique à Pékin a déclaré au The Chosun Daily que « l’armée chinoise sera renforcée par de nouveaux fidèles et se concentrera sur des améliorations systémiques afin de bâtir une armée forte en prévision du centenaire de sa fondation l’année prochaine ».
La concentration du pouvoir militaire entre les mains de son allié de longue date, Zhang Youxia, a suscité des inquiétudes chez Xi Jinping. En effet, Zhang Youxia était le plus haut gradé militaire en activité à avoir été purgé depuis les événements de la place Tiananmen en 1989.
Bien que des précédents existent concernant Guo Boxiong (purgé en 2014) et Xu Caihou (purgé en 2015), qui ont occupé le poste de vice-présidents de la Commission militaire centrale après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, tous deux étaient déjà à la retraite au moment de leur purge.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, plus de 200 000 fonctionnaires ont été sanctionnés sous prétexte de lutte contre la corruption, dont plus de 110 généraux.
L’éviction de Zhang Youxia est perçue comme le résultat d’une purge de grande ampleur initiée par Xi Jinping en 2023, ciblant la Force des fusées et s’étendant à l’industrie de la défense, aux commandements opérationnels et au cœur même de la Commission militaire centrale.
Des fuites des services chinois vers les Etats-Unis
En 2022, suite à un rapport du Centre d’études aérospatiales (CASI) de l’Université de l’Air Force américaine révélant des informations détaillées sur la Force des fusées, responsable des capacités nucléaires chinoises, des soupçons de fuite de secrets militaires chinois vers les États-Unis ont émergé.
La purge menée par Xi Jinping a alors débuté au sein de la Force des fusées en 2023 et s’est étendue au Département du développement des équipements et au Département du travail politique, provoquant une purge en cascade.
Dennis Wilder, professeur à l’Université de Georgetown et ancien analyste de la CIA sur la Chine, a expliqué que « Zhang Youxia était l’architecte de cette purge, mais à mesure que l’enquête s’étendait, il est devenu lui-même la cible ». Ce dernier a ajouté qu’il « est possible que lui ou sa famille aient été impliqués dans des affaires de corruption passées, ou que des adversaires politiques aient divulgué des informations ».
La concentration du pouvoir au sein de l’armée sous l’autorité de Zhang Youxia est présentée comme le contexte de la purge radicale menée par Xi Jinping contre la hiérarchie militaire. Zhang Youxia, qui avait tissé des liens étroits avec Xi Jinping dès son enfance grâce aux relations de son père avec des figures importantes de la révolution, a longtemps été considéré comme un proche collaborateur de Xi Jinping.
Des défis soulevés par ce remaniement
Malgré la règle traditionnelle chinoise des « sept mandats, huit mandats » (rester en fonction jusqu’à 67 ans, prendre sa retraite à 68 ans), le pouvoir réel de Xi Jinping a été consolidé par son double mandat de vice-président de la Commission militaire centrale en 2023.
Certains craignent que ce remaniement militaire n’entrave inévitablement les ambitions militaires de la Chine. Xi Jinping a publiquement affirmé son objectif de se doter d’une armée comparable à celle des États-Unis d’ici les 100 ans de la fondation de l’armée chinoise, des purges successives risquent de saper le moral des troupes et d’exacerber la confusion au sein du commandement.
Le professeur Dennis Wilder a expliqué que « la situation actuelle est comparable à celle où il ne resterait qu’un seul général au sein de l’état-major interarmées américain ».
Un avis partagée par un responsable de la sécurité taïwanaise, qui a affirmé qu’en raison « d’une structure décisionnelle dépendante des dirigeants chinois, l’armée pourrait transformer les tensions internes en conflits externes visant Taïwan ».


