Par Florian Roddier – Assis derrière son bureau de secrétaire général du Parti Communiste Chinois, habitude prise depuis le 31 décembre 2017, le président chinois Xi Jinping a, une nouvelle fois, présenté ses vœux à la Nation Chinoise pour le nouvel an 2021, le 31 décembre 2020 à 19 heures (heure de Pékin).

Souvent cité comme la « nouvelle Cité interdite », le parc de 670 hectares de Zhongnanhai (中南海), en plein centre de Pékin, constitue le siège du pouvoir de l’Empire du Milieu, abritant actuellement le siège du gouvernement central, le bureau du secrétaire général du Parti Communiste Chinois ainsi que l’assemblée générale des représentants.

C’est de ce lieu que le président chinois est venu clôturer « une année toute particulière ». En effet, alors que Xi Jinping affirmait le 31 décembre 2019 « Profitons de l’instant présent et vivons-le pleinement ! », la Chine a été, en 2020, l’un des premiers pays au monde à être durement touché par la pandémie de la COVID-19, mais elle a aussi été la première à se redresser économiquement, avec une croissance à hauteur d’1,9% de son Produit Intérieur Brut (PIB).

Dans ce contexte, l’objectif de ce discours annuel est triple pour le président chinois. Il se doit de remercier les acteurs de la lutte contre l’épidémie de la COVID-19, glorifier les réussites technologiques et économiques de l’Empire du Milieu en 2020, et fournir une feuille de route pour l’année à venir.

Plongé dans cette « guerre » contre un ennemi invisible, Xi Jinping a tenu à réaffirmer sa fierté et sa gratitude aux forces civiles, militaires et politiques, mobilisées face au risque épidémiologique : « Je suis fier de ma grande patrie, de mon grand peuple, animé par la volonté de se dépasser ! ». La mémoire collective chinoise retiendra de cette année 2020 le succès de la Nation toute entière, à l’image de l’exposition d’art présentant la lutte du peuple chinois contre la COVID-19 qui s’est tenu au Musée national de Chine jusqu’en octobre 2020.

L’éloge de cette gestion endogène de la crise sanitaire représente un tiers du discours du chef de l’État le 31 décembre 2020. Qualifié comme « une épopée extraordinaire de lutte anti-épidémique vécue avec détermination et opiniâtreté », cet épisode est décrit et commenté par une constante utilisation du champ lexical de la guerre, du combat ; Xi Jinping n’hésitant pas à faire référence au sacrifice de ces hommes et ces femmes qui se sont livrés corps et âme dans la bataille.

Chaque homme et chaque femme est cité de manière quasi-individuelle, du personnel médical aux soldats, en passant par les scientifiques, les travailleurs manuels, les jeunes ou moins jeunes. Ces « innombrables personnes », « tel un grand fleuve aux flots incessants, (…) ont ensemble érigé une forteresse imprenable face à la maladie. ». Chaque individu a pris conscience de sa responsabilité face à la propagation du virus, Xi Jinping et le Parti assurant la coordination des forces. On peut comparer la présence de deux téléphones rouges et d’un téléphone blanc sur le bureau de Xi Jinping à cet aspect, « Xi Dada » (surnom officiel prêté au chef de l’État par son peuple) s’imposant comme le principal gestionnaire de cette crise. Pourtant, il n’aura de cesse de répéter que « les vrais héros sont au sein du peuple ».

Le second enjeu de ce discours du nouvel an consiste en une glorification des réussites technologiques et socio-économiques de cette année 2020. Xi Jinping assure cette transition par ces mots : « Nous avons su gérer les conséquences de la pandémie et obtenu d’importants succès en termes socio-économiques ».

Grâce à une reprise de l’économie au 3ème trimestre, le président s’est réjoui que le PIB du pays ne cesse de croître, mais l’événement économique majeur de cette nouvelle année est l’annonce du 14ème Plan quinquennal : «Les objectifs fixés dans le 13ème Plan quinquennal ont été atteints, la feuille de route a été donnée pour la période du 14ème Plan quinquennal». Élaboré tous les 5 ans depuis 1953, le 13ème plan quinquennal a été couronné de succès, à en croire les propos du président chinois « notre PIB pourrait atteindre 100 000 milliards de yuans en 2020 », alors que l’objectif était de 92.700 milliards de yuan.

Alors que la grande majorité des puissances mondiales devront en 2021 stopper l’hémorragie économique, la Chine souhaite panser les plaies des cinq années à venir par l’administration de la théorie de la « double circulation ». Dès la sortie du confinement en Chine, les appels se sont multipliés pour relancer la consommation intérieure par l’intermédiaire des ménages qui, dans cette logique de « double circulation », permettrait à long terme (objectifs de développement économique et social pour la période 2021-2025 mais aussi programmés pour l’horizon 2035), de stimuler la reprise économique mondiale, grâce à une ouverture plus large de son marché aux autres pays.

La célébration du 40ème anniversaire de la zone économique spéciale de Shenzhen, et du 30ème anniversaire du développement et de l’ouverture du district de Pudong à Shanghai au monde, sur les rives du fleuve Huangpu (黄浦江, littéralement « fleuve de la rive jaune »), s’inscrivent dans ce cadre. De plus, Xi Jinping affirme que les travaux de la zone franche portuaire de la province de Hainan avancent, travaux qui devraient être terminés à l’horizon 2025, mais déjà le nombre d’entreprises à capitaux étrangers et la croissance des investissements étrangers ont augmenté.

Cette dynamique n’aurait été possible sans un succès dans la lutte contre l’extrême pauvreté en Chine, « En 2020, nous avons enregistré des résultats historiques dans l’édification intégrale d’une société de moyenne aisance. », et sans un financement de plus en plus important dans le secteur de l’innovation technologique. L’incertitude pour les années à venir est totale, au sein même de la deuxième puissance économique mondiale, la direction du Parti Communiste Chinois s’étant d’ailleurs abstenue de fixer un objectif de croissance économique pour les cinq années à venir.

Mais une chose est sûre, le patriotisme chinois n’a pas fléchi pendant cette année 2020. Xi Jinping tend en effet à nous rappeler l’élan patriotique qui a accompagné les succès du « grand rêve spatial de la Chine », comme le succès du programme de recherche Tianwen 1 (天文一号) ou du programme de recherche Chang’E 5 (嫦娥五号 : programme d’exploration lunaire qui parachève toute une série d’essais visant à la collecte d’échantillons lunaires).

Il est souvent proclamé que la souveraineté d’un État s’affirme aux yeux de tous par un contrôle de l’espace, de l’eau, de l’air et de la terre, or Xi Jinping n’a pas manqué à cette occasion de nous remémorer le succès en mer du submersible chinois ‘Fendouzhe’, qui a établi un nouveau record en plongeant dans la fosse des Mariannes, dans l’ouest de l’Océan Pacifique, à une profondeur de 10 909 mètres. On intègre souvent à ces quatre éléments de souveraineté étatique un cinquième élément, le cyberespace, or là encore, Xi Jinping tend à nous rappeler le succès du déploiement du système Beidou (北斗), système de navigation et de positionnement par satellites chinois, couvrant l’ensemble de la Terre.

L’omniprésence des champs lexicaux du travail et de la persévérance dans les discours du nouvel an chinois prononcés par Xi Jinping depuis 2014 (Xi Jinping prononçant d’ailleurs le 31 décembre 2016 : « Il n’y a pas de repas gratuit, et seul le travail acharné permettra de réaliser les rêves »), ne fait qu’alimenter la dynamique de développement du pays, chaque niveau de la société civile se sentant concerné par la demande du chef de l’État, encore plus lorsqu’une catastrophe sanitaire ou climatique survient sur le territoire (nombreuses inondations en 2020).

Enfin, alors que « Les épreuves que nous avons affrontées au cours de l’année écoulée, nous ont fait comprendre plus que jamais la signification d’une communauté de destin pour l’humanité », Xi Jinping souhaite pour l’année 2021, un plus ample dialogue entre les grands de ce monde d’un point de vue économique, politique ou sanitaire. On notera d’ailleurs l’absence d’allusion aux relations extrêmement tendues avec les États-Unis, comme si l’année 2021 et l’arrivée d’un nouveau locataire à la Maison Blanche, tourneront la page de cinq années de confrontation entre les deux grandes puissances mondiales.

Solidarité et coopération sont les mots d’ordre pour l’année à venir côté chinois « Les peuples du monde forment une grande famille. », alors qu’aucune réunion internationale n’a encore porté ses fruits, à l’instar du G20, afin d’assurer une gouvernance économique internationale. La Chine s’apprête à fêter pour cette nouvelle année le centenaire du Parti Communiste Chinois, et à l’occasion, la plupart des regards seront centrés sur le peuple chinois. Alors que « Sur tout le territoire chinois, travailler et produire est une véritable course contre la montre. », la Chine entend bien ne pas en rester là, et réaliser à terme le grand renouveau de la Nation chinoise.

Comme nous le démontre les dernières phrases du discours « Que la prospérité accompagne notre peuple et notre pays. Et que l’harmonie règne dans le monde. », la Chine entend bien montrer au reste du monde, que les épreuves de 2020 n’ont fait que renforcer la poursuite de la longue marche pour « l’édification intégrale d’un pays socialiste moderne », alors que beaucoup ont vu en ce choc épidémique, l’annonce d’une chute prochaine du géant d’Asie.

A l’instar de la célébration en 2019 du 70ème anniversaire de la fondation de la République Populaire de Chine, qui avait poussé le Xi Jinping a affirmé le 31 décembre 2019 « Le patriotisme permet à notre nation de garder la tête haute. », la célébration du centenaire du Parti Communiste Chinois, devrait réveiller encore une fois l’élan patriotique nécessaire à la poursuite des objectifs des « Deux Centenaires » (les objectifs des « Deux centenaires » doivent concrétiser le rêve chinois, dont les deux échéances sont le centenaire de la fondation du Parti Communiste Chinois en 2021 et le centenaire de la fondation de la République Populaire de Chine en 2049).

L’avènement de l’année du buffle devrait définitivement entériner dans l’imaginaire collectif l’image d’une Chine en « état de siège », Xi Jinping préférant insuffler un vent de « renaissance » sur l’Empire du Milieu.

Florian Roddier

Étudiant en Master 1 Géostratégie, Défense et Sécurité internationale à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence.