Les autorités taiwanaise et américaine réfléchissent à la fabrication conjointe d’armes alors que la guerre en Ukraine retarde les livraisons et que Pékin a rappelé son intention de réunifier l’île au continent.

Taïwan et les États-Unis prévoient de fabriquer conjointement des armes pour renforcer les défenses de Taipei contre une éventuelle invasion de la Chine, une décision qui pourrait faire monter les tensions déjà élevées et croissantes autour de l’île autonome.

Le quotidien japonais Nikkei a rapporté que des discussions initiales avaient commencé sur la production conjointe d’armes américano-taïwanaises. Si un accord est signé les entreprises de défense américaines fourniront de la technologie et du savoir-faire à Taïwan ou assembleront des armes aux États-Unis en utilisant des pièces fabriquées à Taïwan. Les négociations devraient se prolonger jusqu’en 2023 sur diverses questions.

Pour l’heure, Taïwan n’a pas co-produit d’armes américaines, ses missiles anti-navires Hsiung Feng II et III sont fabriqués avec la technologie américaine, notamment des gyroscopes de pointe fabriqués aux États-Unis pour un ciblage de précision.

Les administrations américaines précédentes étaient censées être prudentes quant aux transferts de technologies militaires et à double usage vers Taïwan en raison du risque de fuite d’informations classifiées vers la Chine, selon Asia Times.

Lors d’un point presse le porte-parole adjoint du département d’État américain, Vedant Patel, a déclaré que les États-Unis examinaient tous les moyens possibles pour assurer un transfert rapide d’armements à Taïwan. Cette dernière confirme ainsi les détails de la proposition de production conjointe d’armes avec Taïwan.

Les pressions croissantes de la Chine envers Taïwan, la forte demande d’armes américaines dans la guerre d’Ukraine et la montée en flèche des coûts des armes américaines ont peut-être poussé l’administration Biden à envisager la co-production afin d’accélérer les transferts d’armes vers Taiwan. En effet, la durée entre l’approbation par le gouvernement américain des ventes d’armes et la livraison finale à Taiwan peut prendre plusieurs mois, voire années.

D’après l’amiral Michael Gilday, chef des opérations navales américaines, la Chine a tenu toutes les promesses qu’elle avait faites concernant la prise de Taïwan, ce qui signifie selon lui que le calendrier de réunification de Pékin en 2027 pourrait en fait signifier une tentative d’invasion par la force d’ici 2022 ou 2023.

Ce dernier a réagit aux déclarations du président chinoise, Xi Jinping, lors du XXème Congrès national du Parti Communiste Chinois. Le journal Global Times a vivement critiqué le plan d’armement américano-taïwanais, affirmant dans un article que les usines de production conjointes seraient des cibles prioritaires pour les frappes aériennes et de missiles de la Chine.

De plus, le quotidien a assuré que les États-Unis ne partageraient jamais leur dernière technologie militaire avec Taïwan. Il a rejeté les efforts américains pour armer Taïwan comme un « confort psychologique » et a fustigé le plan comme un moyen pour les États-Unis de tirer profit des ventes d’armes.

Cependant, la guerre ukrainienne a mis à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement américaines dans la livraison d’armes à Taipei, augmentant le besoin d’autosuffisance en matière de défense de Taiwan.

En mai, Taïwan a annoncé un retard d’un an pour la livraison de 40 obusiers automoteurs US M109A6 Paladin, repoussant la date de livraison de 2023 à 2026. De plus, le ministère de la Défense de Taïwan a également annoncé que les États-Unis pourraient retarder une livraison de missiles anti-aériens portables Stinger jusqu’en 2026. La forte demande d’armes américaines en Ukraine a certainement relégué Taïwan en bas de la liste des priorités américaines.