« Un rappel d’une alternative »

De China Economic Review – Dans l’histoire fascinante, quoique parfois obscure, de la Chine moderne, Zhu Rongji, décédé cette semaine à l’âge de 97 ans, a joué un rôle central et, avec d’autres personnalités, a incarné une vision alternative de l’orientation actuelle du système chinois et de ses relations avec le reste du monde. Cela ne signifie pas pour autant qu’il aurait préconisé une modification de l’élément fondamental du système : la place du Parti. Il ne l’aurait certainement pas fait. Mais son influence sur la transition de la Chine de l’ère maoïste au XXIe siècle a été cruciale.

Il était numéro deux à Shanghai, sous Jiang Zemin, durant les troubles de la fin des années 1980, et devint Premier ministre de la Chine à la suite du départ à la retraite de Li Peng en 1998, prenant ainsi le contrôle de l’économie. Sous sa direction, la Chine adhéra à l’OMC et connut des transformations profondes, tant sur le plan économique que social. Réformateur, il supervisa une refonte du secteur public, ce qui engendra une corruption généralisée et la perte d’emploi pour des millions de travailleurs. Cependant, cette corruption fut en quelque sorte positive, car elle dynamisa le changement.

Le développement rapide de l’économie à cette époque offrit également de nombreux emplois aux nouveaux chômeurs, notamment dans le bâtiment et l’industrie. La corruption était présente car le boom économique avait généré d’importants flux financiers, tandis que la transparence et la responsabilité restaient inchangées. L’idée fondamentale promue par Zhu et son supérieur Jiang dans les années 1990 et au début du XXIe siècle était que la Chine pouvait s’intégrer au monde et accueillir une nouvelle classe moyenne sans pour autant menacer fondamentalement la position du Parti. C’est là, et cela demeure, la question fondamentale. Après une analyse approfondie de la chute du Parti communiste soviétique, l’autre camp estimait que cette position était erronée, qu’elle menacerait à terme le système. Ils refusaient de l’admettre. Qui avait raison ? L’histoire le dira.

Il sera intéressant d’observer comment les dirigeants aborderont la question du souvenir et quelles conclusions seront tirées et commentées dans les médias d’État quant au rôle joué par M. Zhu et, par extension, à la méthode qu’il a employée. Quoi qu’il en soit, son parcours révolutionnaire était irréprochable. Né dans le Hunan, berceau de Mao, il adhéra au Parti en 1949. Il jouissait d’une réputation d’intégrité absolue, et l’on raconte qu’à son entrée en fonction, il aurait déclaré : « J’ai préparé 100 cercueils : 99 pour les fonctionnaires corrompus et un pour moi. » Au début des années 2000, lors de la construction du barrage des Trois-Gorges, il aurait réuni les dirigeants de toutes les entreprises de construction impliquées et leur aurait annoncé que si le barrage cédait, ils seraient tous exécutés. Une telle approche ne passe pas inaperçue.

Il est extrêmement difficile de résumer l’œuvre de M. Zhu dans le contexte du système. Cependant, sa contribution à la construction de la Chine telle qu’on la connaît aujourd’hui, notamment grâce à son dynamisme économique, à l’amélioration du niveau de vie d’une part importante de la population et aux efforts d’intégration de la Chine au monde, le place parmi les plus grands dirigeants chinois des temps modernes.

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