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Africologie chinoise : Etudes africaines d’une perspective chinoise

Par Yoro Diallo – Au cours de mes années d’études en France, j’ai eu à rencontrer d’éminents chercheurs- enseignants qui étaient qualifiés « d’africanistes ». Un africaniste était un chercheur-enseignant spécialisé en matière  « d’études africaines », études portant sur des disciplines universitaires : sciences humaines (histoire, sociologie, archéologie, ethnologie), sciences politiques et économiques etc.

L’Afrique était bel et bien objet d’études intéressant, d’abord du point de vue des anciens colonisateurs et plus tard du point de vue purement académique au regard du système éducatif en place en Europe. Les études africaines relevaient aussi de l’exotisme aux yeux de certains universitaires européens.

Les méthodes et méthodologies de recherche des « africanistes » et leurs productions sur l’Afrique ont souvent fait l’objet de remarques, de critiques et même de désapprobations dans les milieux universitaires sur le continent africains. Nombreux sont les travaux d’africanistes au sujet desquels les Africains ont émis des critiques au regard du fond et même de la forme.

Dès lors Universités et Institutions de recherche en Europe s’attacheront les services d’experts africains afin de renforcer leur capacité de compréhension et approfondir leurs connaissances sur l’Afrique. L’Art africain qui était qualifié d’art mineur (sans signification majeure) fut reconnu « art africain » et « art » tout court, après avoir servi de référence et influencé de grands artistes Européens comme Pablo Picasso.

Lors de sa visite officielle en Afrique, au Sénégal en 2007, le Président Français Nicolas Sarkozy a déclaré dans un discours qui a fait date que « l’Afrique n’était pas suffisamment rentrée dans l’histoire ». Les universitaires africains ont retenu que cette déclaration, résultait de lacunes persistantes dans les études africaines des européens africanistes, mais aussi d’une certaine ignorance des civilisations africaines de la part du Dirigeant Français.

Dans le but de combler lesdites lacunes, des chercheurs et enseignants de plusieurs pays d’Afrique dont Madame Adam Ba Konaré, historienne, épouse d’Alpha Oumar Konaré ancien Président de la République du Mali, ont rédigé un livre en commun à l’attention du Président français. Ce livre écrit par des Africains présente le continent dans tous les domaines des sciences ayant jusqu’ici fait l’objet d’études multidisciplinaires.

Comme le disait l’écrivain Nigérian Chinua Achebe en reprenant un adage populaire en Afrique dans son roman intitulé : « Tant que l’histoire de la chasse sera toujours racontée par le chasseur, le lion n’aura jamais la part belle ». L’Europe a dominé, acculturé, assimilé et exploité l’Afrique pendant des siècles. Malgré une si longue domination, les travaux universitaires des Européens sur l’Afrique sont demeurés émaillés de clichés, de préjugés et de paternalisme débridé déformant souvent les réalités historiques et interprétant de façon erronée des éléments essentiels des cultures africaines.

La littérature négro-africaine, animée par le Martiniquais Aimé Césaire, les Africains Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Jomo Kenyatta (Kenya), Sembene Ousmane (Sénégal)…, à travers « Les Pages Africaines » a tenté d’apporter un éclairage à l’ignorance inconsciente, voulue parfois calculée de la part de nombreux africanistes. L’UNESCO a apporté sa contribution a la vérité historique par la publication de travaux dirigés par l’historien Burkinabé Joseph Ki Zerbo sur l’Histoire générale de l’Afrique. Des Instituts de recherches, des Musées nationaux, des Universités à travers l’Afrique ont conduits des travaux de recherche et des publications interdisciplinaires en empruntant de nouvelles méthodes et méthodologies de recherche exhaustive, spécialisées sur le continent.

Aux Etats Unis, les noirs Américains ont engagé leur propre méthodologie de recherche et d’études africaines. Il s’agit de « Africana studies » ou « Africology » pour mieux comprendre l’Afrique dans son essence et son évolution. « L’africology » à l’américaine est une étude interdisciplinaire complète portant sur les sciences humaines, explorant le processus historique de l’Afrique, son économie politique son développement social, culturel contemporain. Il y a lieu d’éviter la confusion avec « africology » utilisée dans le milieu des produits cosmétiques.

De nos jours, de nombreux chercheurs et spécialistes des sciences de l’éducation œuvrent dans certains pays africains (Sénégal par exemple) pour réviser le système éducatif afin d’y extirper ce qu’il contient comme désidératas des Africanistes, de la méthodologie de recherche et des travaux des anciens colonisateurs. Cette nouvelle école s’appuis sur l’ « africologie » ou «l’africanologie ». En tant que discipline, elle consiste à faire en sorte que les Africains s’approprient les réalités historiques et contemporaines du continent.

Il s’agit d’appréhender les civilisations, les cultures africaines dans toutes leurs dimensions historiques, évolutives, contemporaines et de les enseigner comme telles. Il s’agit pour les africains de réécrire leur propre histoire et de réévaluer les matériels d’éducation en conséquence. Elle prend en compte les langues africaines. A cet égard « l’africologie » englobe toutes les connaissances qui font de l’Afrique objet de recherche et d’études dans les domaines des sciences humaines, sociales, naturelles, politiques et économiques etc.…

L’africologie se réfère au processus de l’évolution des civilisations du continent africain et les questions contemporaines de développement social, culturel, politique et économique. Les deux concepts « africologie » et « études africaines » ne sont pas antinomiques. Elles se rejoignent dans le même corpus. Les « études africaines » étant l’ensemble des activités et des domaines de recherche sur l’Afrique et « l’africologie » mettant en évidence l’objectivité constructive et non négative sur l’Afrique telle que nous pouvons le retrouver dans la méthodologie et la pratique de la recherche des africanistes et des anciens colonisateurs. Le terme « africologie », accorde plus d’attention à l’objet Afrique dans sa réalité historique, singulière et évolutive.

Les universitaires chinois peuvent-ils adoptée l’africologie ? Est-il nécessaire d’établir l’africologie en tant que discipline universitaire en République Populaire de Chine ?

Telles sont les questions que les Institutions chinoises dédiées à l’Afrique devraient examiner de façon exhaustive en rapport avec les africains. Autant la science se nourrie de concepts et de préceptes, de thèses et d’antithèses, la culture se nourrie de néologismes et de débats. Aujourd’hui, la « sinologie » (études de la Chine) est entrain de prendre place en tant que discipline dans de nombreuses institutions universitaires en Afrique et dans le monde.

En 2013, avant de prendre poste en Chine en qualité de Premier Conseiller de l’Ambassade du Mali à Pékin, j’ai participé à un séminaire organisé par le Ministère des Affaires Etrangères de la République Populaire de Chine à l’attention des Diplomates de haut rang d’Afrique Francophone. En visite à Zhejiang Normal University à Jinhua, un membre de la délégation a demandé au Professeur Liu Hongwu JiangCha Scholar, Doyen de l’Institut des Etudes Africaines de ladite Université, pourquoi la Chine s’intéresse tant à l’Afrique ? En réponse, le Professeur Liu a déclaré ceci: « les Chinois doivent aller chercher la science partout où elle pourrait se trouver jusqu’en Afrique s’il le faut».

Il faisait référence au Prophète Mohammed qui, dans le Saint Coran (livre saint des musulmans), a exhorté « les croyants à aller chercher la science partout où elle pourrait se trouver, jusqu’en Chine s’il le faut ». Comment les chinois devraient t-il s’y prendre pour chercher la science en Afrique, connaitre l’Afrique profonde et se projeter sur l’Afrique de demain? Ne devraient-ils pas aborder les études africaines de façon différente des Européens afin de mieux connaitre l’Afrique ? Ils doivent le faire afin d’éviter de voir l’Afrique à travers des lunettes déformant, des stéréotypes méprisants et mensongers de l’Europe civilisatrice. Ils établiront des relations avec des Institutions et universitaires et de recherche africaines basées sur le respect et non sur la condescendance comme souvent observée dans les rapports avec les européens.

Sur la base de mes propres expériences, de ma conviction profonde ainsi que des besoins en matière de connaissances auxquelles font face les Chinois sur l’Afrique, mon opinion est qu’il est nécessaire et diligent de développer une « africologie chinoise » en Chine et une « sinologie africaine » en Afrique en tant que disciplines de recherche et de connaissance. Il est important que la Chine s’ouvre davantage aux connaissances de l’Afrique en rapport avec les Africains afin d’apporter « un plus » au système universitaire chinois contemporain. La construction de la communauté de destin Chine-Afrique en sortira plus renforcée.

L’africologie chinoise réside dans le fait que :

  • les africains œuvrent de plus en plus à se démarquer des méthodes et méthodologies d’ailleurs pour imprimer une nouvelle compréhension des caractéristiques du continent dans tous les domaines ;
  • de nombreux chercheurs, enseignants africains préconisent que le continent africain soit considéré avec respect sur le plan de la connaissance. La Chine doit considérer l’Afrique dans une perspective chinoise et rechercher une connaissance spécialisée de l’Afrique ;
  • les problèmes que connait l’Afrique peuvent être étudiés en tant que questions académiques. Les activités de recherche, les connaissances accumulées dans le cadre des études des pays africains constituent naturellement une base réaliste pour le développement de l’africologie chinoise.
  • – les besoins concrets des connaissances sur l’Afrique sont de plus en plus importants en Chine. Les études africaines sont de plus en plus un domaine en relatif développement. Domaine du savoir et de la pensée, le statut et le rôle desdites études sont progressivement reconnus et valorisés. Sur cette base, les universitaires chinois doivent continuer à étudier et à saisir la diversité du continent africain.

Les universités, les Centres et les Instituts de recherche en Chine et en Afrique devront s’interconnecter, se retrouver dans des mécanismes de coopération liés à la recherche africaine afin de se valoriser. L’africologie deviendra alors un domaine spécialisé de la connaissance, une discipline avec ses objectifs. Cette discipline nous ouvre la voie à la construction d’une « africologie« , telle que pensée par d’illustres universitaires africains comme le Sénégalais Cheick Anta Diop.

La construction de l’africologie chinoise pourrait aujourd’hui suivre le cheminement de la construction de la discipline comme son propre corps, adhérant à la philosophie universitaire des africains, tout en respectant les traditions universitaires chinoises. C’est en cela que nous reconnaitrons l’africologie (études africaines) aux perspectives chinoises.

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