Le ministère allemand de l’économie va examiner les mesures visant à freiner les affaires en Chine, afin de réduire sa dépendance à l’égard de la Chine, ont déclaré à Reuters deux personnes connaissant bien le dossier.

Ces mesures pourraient inclure la réduction, voire la suppression, des garanties d’investissement et d’exportation pour la Chine et la suppression de la promotion des foires commerciales et de la formation des cadres dans ce pays, ont déclaré des sources à l’agence de presse, Reuters.

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Ainsi, les prêts du créancier public KfW pourraient être réorientés vers des projets dans d’autres pays asiatiques, comme l’Indonésie, pour pouvoir diversifier le commerce et l’augmentation des affaires avec les pays jugés démocratiques par Berlin.

Le ministère allemand va examiner les investissements chinois en Allemagne mais aussi les investissements allemands en Chine, a déclaré l’une des sources à Reuters.

D’ailleurs, le gouvernement allemand envisage de déposer une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), concernant ce qu’il considère comme des pratiques commerciales déloyales de la Chine, conjointement avec le Groupe des sept démocraties riches, a déclaré une autre source.

« Nous devrions montrer à Pékin que nous sommes prêts à nous battre pour les principes d’équité », a déclaré la source. Lors d’un point presse, un porte-parole du ministère de l’économie a refusé de commenter ces mesures spécifiques mais a déclaré que le ministère vérifiait des mesures ciblées « pour soutenir la diversification (du commerce et des chaînes d’approvisionnement) et le renforcement de la résilience ».

Le ministère a déjà décidé de ne plus accorder de garanties d’investissement pour des projets dans la région du Xinjiang ou à des entreprises ayant des relations commerciales dans cette région. Berlin avait fait part de ces inquiétudes concernant les violations des droits de l’homme dans cette région et du manque d’informations fiables.

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La Chine, premier partenaire commercial de l’Allemagne

En mai, le ministère de l’économie a refusé à Volkswagen des garanties pour de nouveaux investissements en Chine en raison des inquiétudes concernant le Xinjiang.

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La Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Allemagne en 2016, avec un volume d’échanges de plus de 245 milliards d’euros en 2021. exportations. De plus, les constructeurs automobiles allemands sont particulièrement présents sur le marché chinois, Volkswagen y réalisant environ la moitié de ses bénéfices.

Le ministère chinois des affaires étrangères n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire de la part de l’agence de presse Reuters.

Ces décisions marquent un tournant par rapport aux politiques de Berlin sous l’ancienne mandature d’Angela Merkel. Le nouveau gouvernement a adopté une ligne plus dure à l’égard de la Chine dans son accord de coalition, promettant de réduire les dépendances stratégiques à l’égard de son « rival systémique ».

Berlin a notamment mentionné pour la première fois des sujets sensibles pour Bejing, tels que Taïwan et Hong Kong. Aujourd’hui, Berlin travaille sur une stratégie de sécurité nationale qui devrait faire référence à la Chine, et sur une stratégie spécifique à la Chine qu’elle compte publier en 2023, ont indiqué les sources.

Les avis divergent

Le parti de la coalition des Verts – en charge des ministères de l’économie et des affaires étrangères – se dit préoccupé par les violations des droits de l’homme et les risques d’être redevable à la Chine, prenant la situation avec la Russie en exemple.

« Nous ne pouvons pas … nous permettre de nous comporter en suivant la devise ‘les affaires d’abord’, sans tenir compte des risques et des dépendances à long terme », a déclaré la ministre des affaires étrangères Annalena Baerbock lors du congrès annuel des ambassadeurs.

« En réalité, nous n’avons jamais reçu de gaz bon marché de la Russie », a-t-elle déclaré. « Nous avons payé deux ou trois fois plus cher chaque mètre cube de gaz russe pour notre sécurité nationale. »

Les sociaux-démocrates du chanvelier Olaf Scholz ont mi en avant les conséquences négatives de tout « découplage » avec la Chine et s’est dit confiant que les entreprises se diversifient déjà.

Les entreprises et les associations d’entreprises ont fait part ces dernières années de leurs préoccupations concernant une politique plus stricte à l’égard de la Chine, plaidant pour une aide à la diversification des échanges plutôt que pour des mesures de confrontation sur un marché aussi important.

« Nous ne pouvons pas isoler la Chine », a déclaré Hildegard Mueller, directrice de l’association allemande de l’automobile VDA, au média numérique Table Media. « Ce serait naïf – et fatal, tant sur le plan politique qu’économique ».