En 2006, le gouvernement a lancé la construction de la première ville durable, Dongtan, district de l’ile de Chongming, non loin de Shanghai. Le projet semblait parfait mais quatre ans plus tard, les travaux n’ont pas commencé et la ville écolo a fait un plouf.

La Chine innove en matière de développement durable. La ville de Dongtan est un des exemples de la politique environnementale engagée par Beijing depuis une vingtaine d’année. Auparavant, mauvais élève, le gouvernement chinois a décidé de faire des expériences, parmi elles, Dongtan.

Dongtan

Aperçu du projet d’éco-cité de Dongtan

Une ville totalement autonome en énergie, qui possède son propre système de recyclage des déchets hors pairs, des immeubles de moins de 8 étages, des espaces réservés aux piétons, des réserves écologiques et des couloirs naturels aménagés. Les 500.000 habitants attendus auraient pu profiter d’une alimentation saine dans un environnement écologique basé sur l’éco-quartier londonien BedZED, premier du genre, devenu une vraie réussite.

Bien que sur le papier, le projet semblait parfait. La réalité est toute autre. En premier lieu, le choix de l’emplacement est vivement critiqué car il empiète une réserve ornithologique et faunistique, située sur une île de marais, à l’équilibre écologique déjà extrêmement fragile. Ensuite, l’aspect artificiel de la ville construite sans industries, ce qui ne prend pas en compte le problème de fond de l’urbanisme chinois.

Enfin, cette ville est surtout destinée aux riches citadins, qui sont les seuls à pouvoir payer des loyers élevés. D’ailleurs, les concepteurs du projet avaient laissé entendra que 20% du logement serait social sur le site. Bien que le bilan carbone soit le meilleur de tout le pays, l’empreinte écologique est estimé à 2,2 hectares par personne, soit 0,3 point de plus que la limite soutenable théorique de 1,9.

Une innovation lancée en 2005

Cette cité écologique révolutionnaire devait être construite dans les marais protégés de l’île de Chongming, à l’embouchure du Yangtsé-kiang, à 3km d’une réserve ornithologique, hébergeant des spatules à tête noire, une espèce menacée. Les deux objectifs principaux de cette ville étaient de ne générer aucune émission de CO2, et de limiter sa consommation d’énergie par habitant aux deux tiers de la moyenne nationale.

Interrogé par le quotidien britannique The Guardian, en 2007, Alejandro Gutierrez, architecte en chef pour le projet Dongtan chez Arup Urban Design, un géant du conseil en ingénierie à Londres, a expliqué que la construction de cette ville « était une merveilleuse opportunité (…) à travers son design et sa construction« , car elle « répondrait également à des objectifs plus vastes, comme préserver la qualité de l’air et diminuer la consommation d’énergie« .

Selon la municipalité autonome de Shanghai, l’aménagement de cette zone a été confié à la Shanghai Industrial Investment Corporation (SIIC), société de placement détenue par la ville. La construction devait se faire sur une île vieille de 100 ans, apparue suite à l’accumulation de la vase déversée par le Yangtsé-kiang.

D’ailleurs, le plan de la ville prévoyait un alignement des rues à partir des microclimats créés par l’aménagement urbain. Tout est pensé pour profiter de l’ombre et de l’exposition directe au soleil, afin de réaliser des économies d’énergie. L’énergie est produite sur place et alimente les bâtiments et les différents moyens de transport. Un projet grandiose.

2010, une ville morte

Et pour se faire, le président Hu Jintao avait lancé le projet fin 2005 en présence de Tony Blair, Premier ministre britannique. Depuis c’est le néant. Le site Internet d’Arup montre une page blanche concernant Dongtan, et dans une interview accordée au site TerraEco, Nicolas Samsoen, chargé de mission au cabinet Arep, a confirmé l’abandon du projet en 2007.

« Ce projet était la marque d’une réelle ambition chinoise (…). Il y a visiblement une vraie intention de la part de la Chine d’avancer dans la conception de villes durables. En dehors des raisons peu claires pour lesquelles le projet a été arrêté, Dongtan est un tournant radical par rapport à ce qui se fait ailleurs dans le pays. Il est assez naturel qu’il y ait des résistances dans le système de décision, ce n’est d’ailleurs pas propre à la Chine ». En effet, le projet a sans doute été supprimé lorsque l’ancien secrétaire local du PC, Chen Liangyu a été limogé pour corruption.

Cependant, pour Nicolas Samsoen « nous n’avons pas aujourd’hui le sentiment que cette envie d’évoluer sur la question de la ville durable soit en recul en Chine. Il y a au contraire une prise de conscience que la ville, qui représente environ 50% de la problématique de l’effet de serre, est un facteur important sur lequel il faudra agir. Cette prise de conscience est générale dans le monde et crée une sorte d’émulation positive. »

Désormais, à la place de la cité verte, une réserve ornithologique s’étend toujours à l’extrémité orientale de l’île de Chongming, dans l’estuaire du fleuve Yangzi Jiang. Les défenseurs des espèces protégées sont ravis de voir que la réserve est restée intacte.