Le chef de la diplomatie chinoise a dénoncé les Etats-Unis, et notamment sa réaction « hystérique » au survol d’un ballon et son « protectionnisme » économique.

Devant des dirigeants et experts internationaux réunis à la Conférence sur la sécurité de Munich, Wang Yi a dressé un réquisitoire contre les Etats-Unis, en raison de la réaction jugée « absurde et hystérique » du survol du territoire américain par un ballon chinois.

Cet aéronef, un ballon d’espionnage selon Washington, un objet « civil » selon Pékin, a été abattu le 4 février par un avion de l’armée de l’air américaine. « Il y a beaucoup de ballons dans le ciel, de différents pays. Voulez-vous abattre chacun d’entre eux? Cela ne montre pas que l’Amérique est forte », a indiqué à la tribune Wang Yi.

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Pour le diplomate, « c’est un abus à 100% de l’utilisation de la force (…) ». Il s’agissait d’un simple ballon de recherche météo ayant dérivé involontairement dans l’espace aérien américain, a répété le chef de la diplomatie.

« Nous demandons instamment aux Etats-Unis de ne pas faire de telles choses absurdes simplement pour détourner l’attention de leurs problèmes intérieurs », a mis en garde Wang Yi. « Nous avons demandé aux Etats-Unis de gérer cette situation de manière calme et professionnelle », a-t-il estimé.

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« Malheureusement, les Etats-Unis ne tiennent pas compte de ces faits et utilisent des avions de chasse de pointe pour abattre un ballon avec leurs missiles, ce qui est, selon moi, absurde et hystérique », a déploré Wang Yi.

Ce dernier a présenté son pays comme un champion de la « paix », et redit que Moscou et Kiev devaient « s’asseoir autour de la table et trouver » une issue « politique » au conflit.

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De son côté, la vice-présidente américaine, Kamala Harris, également présente à Munich, a remis en question la neutralité affichée par la Chine. Selon elle, les États-Unis sont « troublés par le fait que Pékin a approfondi ses relations avec Moscou depuis le début de la guerre ».

« Toute démarche de la Chine visant à fournir un soutien létal à la Russie ne ferait que récompenser l’agression, poursuivre les tueries et saper davantage un ordre fondé sur des règles », a prévenu la vice-présidente.

Les Européens de leur côté, notamment l’Allemagne et la France, veulent toujours convaincre la Chine de faire pression sur le président russe Vladimir Poutine afin qu’il mette un terme à la guerre.

D’ailleurs, Paris avait estimé jeudi que « le temps de la reconnexion » avec la Chine était venu, le président français Emmanuel Macron devrait se rendre bientôt en Chine.

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Confrontation entre la Chine et les Etats-Unis

La tension était intense entre le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, et la vice-Présidente, Kamala Harris lors de cette conférence internationale. Signe que les tentions entre les deux puissances économiques mondiales restent vives et s’accentuent, notamment autour du commerce, de la situation à Hong Kong, des relations américaines avec Taïwan, des droits de l’homme ou encore de la concurrence technologique.

Concernant ce dernier aspect que Wang Yi a dénoncé les restrictions américaines aux exportations puces électroniques. Ces restrictions relèvent à « 100% » du « protectionnisme« . Elle sont à « 100% égoïstes, 100% unilatérales » et sont « en grave violation du principe de libre échange », a assuré le chef de la diplomatie chinoise.

Wang Yi a jugé que ces restrictions témoignaient « d’une perception erronée de la Chine » de la part des Etats-Unis. En octobre, les Etats-Unis, au nom de la « sécurité nationale » avaient annoncé de nouveaux contrôles à l’exportation visant à limiter la capacité de Pékin à acheter et fabriquer des puces haut de gamme « utilisées dans des applications militaires ».

En effet, le ministère chinois du Commerce avait dénoncé la loi sur les puces et la science adoptée par le Congrès américain comprend des dispositions qui « restreignent les activités économiques, commerciales et d’investissement normales des entreprises concernées en Chine, ce qui est discriminatoire et perturbera la chaîne d’approvisionnement mondial des semi-conducteurs ainsi que le commerce international ».

Washington veut compliquer le développement par la Chine de sa propre industrie des semi-conducteurs, qui font l’objet d’une féroce bataille entre les deux puissances économiques pour la domination technologique.

Les Etats-Unis accusent régulièrement la Chine d’espionnage industriel et de menaces à sa sécurité nationale. De son côté, la Chine a annoncé en décembre le dépôt d’une procédure auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre les Etats-Unis.