La société Evergrande en pleine débâcle

par | Sep 8, 2021 | ECONOMIE

La valeur des obligations et des actions du promoteur immobilier China Evergrande Group continue sa chute, après avoir été dégradé par deux agences de notation, ce qui met en doute sa capacité à restructurer sa dette.

Xu Jiayin, patron d’Evergrande

Le numéro deux du marché chinois de l’immobilier, Evergrande, affiche un endettement de 1.970 milliards de yuans (près de 260 milliards d’euros), suscitant ces derniers mois des avertissements répétés de la Chine sur le risque d’une propagation du risque financier, au secteur bancaire notamment.

Moody’s Investors Service a annoncé avoir abaissé la note de China Evergrande Group et de ses filiales, dans le sillage de la dégradation décidée par l’agence de notation chinoise China Chengxin International.

«La dégradation (par Moody’s) reflète la montée des risques de liquidité et de défaut d’Evergrande au vu du montant important de dettes arrivant à échéance sur les six à 12 prochains mois», a expliqué Cedric Lai, vice-président et analyste senior de Moody’s, dans un communiqué.

Ce dernier a indiqué que «la dégradation reflète aussi la faiblesse des perspectives d’indemnisation des créanciers d’Evergrande en cas de défaut».

En Bourse, l’action Evergrande a perdu jusqu’à près de 9% le 7 septembre pour tomber à son plus bas niveau depuis juillet 2015. De plus, l’obligation émise par le groupe qui arrivera en échéance en mai 2023 a cédé jusqu’à 20,45% de sa valeur nominale, après une chute de 35% le 6 septembre.

La dégradation annoncée par China Chengxin International a rendu les obligations Evergrande émises en Chine inéligibles, en raison des opérations de refinancement exigées, ce qui a déclenché un important mouvement de vente.

Des traders expliquent que le manque de liquidité des obligations « onshore » signifie qu’un seul ordre peut avoir un impact massif sur la valeur des titres. Cependant, les obligations « offshore » d’Evergrande sont restées cotées mais à environ 25% de leur valeur d’émission selon le fournisseur de données de marché Duration Finance.

Cotée à la Bourse de Hong Kong, l’action Evergrande a fini la journée du 7 septembre en baisse de 7,75% après l’abaissement par Goldman Sachs de sa recommandation à « vendre » contre « neutre ». La banque américaine a ramené son objectif de cours de 15,60 à 3,0 dollars de Hong Kong.

«Nous nous attendons à ce que le processus de réduction de l’endettement de la société soit agité, ce qui pourrait conduire à d’importantes décotes lors des ventes de biens immobiliers ou d’éventuelles cessions d’actifs», ont indiqué les analystes de Goldman Sachs.

Depuis le début de l’année, la capitalisation boursière d’Evergrande a chuté de 76%. D’ailleurs, Evergrande a reconnu être face à de nombreux risques, s’il ne parvient pas à relancer ses activités de construction, à céder davantage d’actifs et à reconduire certains emprunts.

D’autant plus qu’Evergrande est poussé par deux créanciers à rembourser immédiatement ses dettes, selon l’agence Bloomberg News. Le groupe fait face à de fortes pressions, après s’être lancé dans une diversification tous azimuts de ses activités, allant des parcs de loisirs à l’automobile.

Evergrande avait déjà reconnu se battre pour maintenir ses activités à flot. Mais le montant des remboursements réclamés sans délai pourrait le faire chavirer rapidement. Ainsi, les deux sociétés fiduciaires figurent parmi les principaux créanciers non bancaires d’Evergrande. Or, l’endettement du promoteur immobilier a atteint en juin 75 milliards d’euros.

Le 152e groupe mondial, en termes de chiffre d’affaires selon le Fortune 500, a indiqué qu’il présentait «des risques de défaut de paiement sur des emprunts». Une inquiétude affichée par les agences de notation et par les autorités chinoises.

Beijing a publiquement pressé Evergrande de régler «activement» ses problèmes, car une éventuelle liquidation aurait des conséquences considérables. D’un point de vue économique, Evergrande dit employer 200 000 personnes et générer indirectement 3,8 millions d’emplois. D’un point de vue social, certains propriétaires, qui auraient déjà payé leur logement, pourraient ne jamais en bénéficier.

La Chine craint une surchauffe du secteur immobilier, et a donc décidé de durcir les conditions d’accès au crédit pour les promoteurs. Evergrande ne peut désormais plus vendre de biens avant d’en avoir formellement fini la construction, notamment.

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